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10 ans après la tragédie du Joola, Youba Sambou se rappelle

Comme si c’était hier, le ministre des Forces armées à l’époque du naufrage du bateau le Joola, Youba Sambou se rappelle la catastrophe comme si c’était hier. Pour cet homme,marqué à jamais par le souvenir du naufrage du Joola, l’accident relève du ”surnaturel”.
Coïncidences troublantes

«(Emu). Le drame du Joola s’est bien in­crusté dans ma mémoire. C’est difficile à oublier parce qu’il est l’un des drames les plus intenses de ma vie. Et ça été un double drame. Parce que la nuit du mercredi au jeudi, mon petit frère Salif Sambou, qui est installé à Bona, venait d’être assassiné par des éléments armés supposés appartenir au Mfdc. Ce jour là, il y eu trois morts. Il y avait l’infirmier, Salif Sambou et une petite fille qui a été atteinte par une balle perdue. Quand on m’a annoncé le drame, j’ai saisi les différentes autorités avant de me rendre sur place. A 18h, je quitte Bona. J’arrive à Ziguinchor entre 18h et 19h avant de rallier Dakar. Pour certains, je devais prendre le bateau pour rentrer. Je ne l’ai pas pris parce que je suis reparti avec l’avion. Depuis le 11 septembre, je n’ai plus pris le bateau. On a dit qu’on a aperçu Youba Sambou à Ziguinchor, il savait que le bateau allait couler. C’est faux. C’est grave ! C’est grave ! Et il n’était plus dans ma gestion parce que le Ms Le Joola est une structure autonome. Même si l’Etat à travers ses administrateurs a un droit de regard parce que l’Etat y met ses moyens. Et quand un accident intervient dans ces sociétés là, on doit interpeller d’abord celui qui est chargé de la gestion de cette société.

Organisations des secours

Pour moi, le bateau a quitté Ziguinchor normalement. Mais, le vendredi, après 8 heures, le chef d’Etat major général (Babacar Gaye) m’appelle. Il me demande : «M. le ministre vous êtes où ?» Je lui dis que je m’apprête à aller au bureau. Finalement, il me dit que le bateau a coulé. Il me dit que des instructions ont été données. Et que l’aéronef a quitté Ziguinchor pour suivre le trajet du bateau. Le bateau a coulé. Effective­ment, le ministre de la Pêche a été saisi dans la nuit. Ensuite, il s’est rabattu sur le ministre de l’Intérieur qui a informé le Premier ministre (Mame Madior Boye). Le président de la République était absent.

Arrivé au ministère, j’ai appelé immédiatement le Premier ministre. Je lui dis que j’ai une information à lui livrer : «Le Joola a fait naufrage au large des côtes gambiennes.» Elle m’a dit qu’elle-même était déjà informée. Ensuite, j’appelle immédiatement le ministre de l’Inté­rieur. Parce qu’en cas de catastrophe et de sinistre, c’est le ministre de l’Intérieur qui organise les secours. C’est lui qui déclenche le plan Orsec. J’appelle le ministre de l’Intérieur pour l’informer. Lui aussi était déjà informé depuis 4h du matin. Il me dit que je suis le dernier à être informé de la tragédie : «Moi, je suis déjà informé depuis 4 heures du matin», dit-il.

Après, j’ai rappelé le Cemga pour lui demander l’organisation des secours, ce qui a été fait. Il m’a dit qu’il a transmis les dispositions au niveau de la marine nationale. Il faut dire aussi que l’Armée est structurée et fonctionne suivant ce mode de structuration. Dans cette affaire, l’armée de l’air et la marine nationale étaient les principaux concernés. L’Armée tient effectivement à cette hiérarchie. A mon niveau, les messages ont été transmis. Certains ont constaté que les bateaux de la marine sont arrivés sur les lieux très tard. D’autres ont constaté que le chef d’Etat major général des Armées, au lieu de rester pour superviser les secours, est allé installer un commandant de zone au niveau de Saint-Louis. C’est à lui d’apprécier. Parce que le ministre ne commande pas l’Armée.

Effectivement, les premiers secours sont donc arrivés sur le lieu du naufrage très tardivement. C’est dû au fait qu’à l’époque, les bâtiments de la marine n’étaient pas en mesure de mener une intervention rapide. Parce qu’on avait de vieux bateaux. Alors qu’il fallait près de 200km pour arriver au lieu du naufrage. Pour éviter aussi que les bateaux qui devaient porter secours ne sombrent pas, il fallait une certaine remise en l’état avant qu’ils ne puissent aller au secours. C’est en début d’après-midi que les bateaux ont quitté Dakar. Alors qu’il fallait faire entre 7 heures et 8 heures pour arriver sur les lieux. La dernière position du bateau a été connue à 23h. On devait rappeler vers minuit, mais il n’y a pas eu d’appel. C’est après une heure d’attente que les gens ont commencé à s’inquiéter. Il n y avait pas de liaison radio. On ne pouvait joindre le bateau à partir de Dakar. Et du bateau on ne pouvait pas joindre Dakar. Ça s’est passé tellement vite qu’aucune explication rationnelle ne pouvait être donnée. Tous ceux qui ont l’habitude de faire cette voie savent que la traversée du canal qui débouche de Banjul est très risquée. Par la suite, j’ai rencontré quelqu’un qui m’a dit qu’il y a un périmètre dans lequel les navigateurs n’entrent pas dans la nuit du jeudi à vendredi à partir de minuit. On peut dire que le naufrage est surnaturel. Ou c’est l’observation empirique. Très souvent, des pêcheurs sont passés par là. Mais, à pareille heure, leurs pirogues ont sombré. L’observation empirique a fait que tous les pêcheurs connaissent bien la zone. Elle est bien circonscrite. On la contourne de deux manières : Soit par la droite ou par la gauche. Par conséquent, vous allongez votre chemin. Mais si vous suivez le chemin droit à pareille heure, généralement vous vous retrouvez avec une catastrophe. Et il ne faut pas dire que j’ai un grand bateau que ça ne peut absolument rien contre moi. C’est pour cela que le naufrage du bateau Le Joola a été quel­que chose d’atypique. En géné­ral, un bateau sombre en quelques heures. En moins d’une minute, Le Joola s’est retrouvé sens dessus-dessous.

Moteurs déficents et surcharge

On parle de ça lorsque les gens veulent introduire la rationalité dans un problème qui n’est pas rationnel. Quand Le Joola est allé chercher nos rapatriés du Liberia, il avait à son bord entre 2 000 et 3 000 personnes. Il était tellement chargé, mais il est arrivé à Dakar. Maintenant, on n’aura jamais une explication rationnelle. C’est le commandant de bord qui pouvait la donner. Encore une fois, le seul responsable est le commandant de bord. Et le commandant a reçu un commandement. Mais, un ministre ne peut dire au commandant de lever l’ancre. L’argument du problème de moteur est fallacieux. Certes, il peut y avoir un problème de moteur. Ça aussi dépend de l’appréciation du commandant du bateau qui est le seul à décider. Chacun a une responsabilité. Ici, c’est le commandant du bateau qui est responsable de ses actes. Donc, la question de la surcharge ne tient pas aussi parce que c’est le commandant qui décide. Moi, ministre des Forces armées, je ne peux pas avoir de responsabilités dans cette affaire. C’est le seul habilité à éclairer les gens sur tel ou tel aspect. Mais, on peut épiloguer sur la lenteur des secours qui ne sont pas arrivés à temps. Mais, si un bateau doit aller secourir un autre bateau, il faut qu’il soit dans les conditions de pouvoir remplir sa mission. Alors que les bâtiments qu’on avait sur place n’étaient pas immédiatement opérationnels. Certains étaient à l’arrêt depuis quelques jours voire quelques semaines. Le Peuple veut toujours trouver un bouc émissaire ou un responsable à tout. Beaucoup de choses étaient en préparation. Je m’en tiens à ces explications. Quand on est aux affaires, on ne dit pas tout.

Poursuites judiciaires

Par rapport à cette question, l’appel du gouvernement sur le mandat d’arrêt contre moi a été levé. En invoquant certaines con­ventions, notamment la convention qui innocente les plénipotentiaires des Etats, la France ne peut pas intenter une action judiciaire contre le Premier ministre en exercice du Sénégal et un ministre de souveraineté comme la Défense (équivalent des Forces armées au Sénégal). En fin de compte, la Cour d’appel a éteint l’action publique contre ces deux personnalités sénégalaises. Officiellement, je ne suis plus dans le coup. Mais, je me méfie de me trouver dans ces zones. Depuis lors, je n’ai plus voyagé en direction de Paris. Ensuite, je n’avais plus les moyens de le faire. Car dans le cadre du travail, je n’avais plus d’opportunités vers ces zones. En principe, je suis libéré totalement de toutes poursuites. En France, ce sont des citoyens qui ont porté plainte contre nous. Donc, la justice française s’est saisie du dossier.

Dans ce dossier, tout n’est pas à dire. Il faut laisser aussi le temps au temps. Ce drame est atypique. Un bateau qui, en moins de quel­ques secondes, se retourne complètement. On ne retrouve ça que dans le triangle des Bermudes où des bateaux ont disparu mystérieusement. Dans ce triangle, des reportages ont montré des ai­guilles de bateau qui s’affolent pendant quelques minutes. Ou bien un avion qui ne bouge pas pendant 30 minutes avec tous ses moteurs allumés à la vitesse maximale.

Conscience tranquille

Je n’ai rien à me reprocher. On a fait ce que l’on devait faire. Mais, quand il y a mort d’homme, c’est toujours douloureux. J’ai vécu très mal le naufrage du bateau Le Joola. Dans ce bateau Dieu seul sait que j’avais mon unique petite sœur et mon neveu admis au baccalauréat. Ce dernier venait vivre chez moi. Ils sont tous restés dans le bateau. Ça été un choc dur. Il fallait avoir un cœur solide pour tenir jusqu’ici. Dieu soit loué. Je suis encore là. Nous pleurons nos morts dans le silence et dans la dignité. Le naufrage du bateau Le Joola m’a enseigné aussi une chose : le moment où on a besoin de plus d’affection, beaucoup de gens vous fuient. Si j’étais au courant que le bateau allait sombrer, vous croyez que j’allais laisser ma sœur et mon neveu le prendre ? Nous restons de bons croyants et nous nous en remettrons à Dieu. Mais, cela ne veut pas dire qu’il faut innocenter des coupables. Le bateau était à l’arrêt plus d’un an pour des réparations. On aurait pu trouver d’autres solutions, mais on n’en avait pas. (Emu) Je m’en tiens là parce que je ne peux pas tout dire.»

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