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2017, année de la clarification (Par Thierno Alassane Sall)

Il est révélateur de l’Etat du Sénégal en cette fin d’année que le débat en cours porte exclusivement sur les deux cents milliards supposés recouvrés par la traque aux biens mal acquis et la perception de la corruption par les citoyens. Il l’est d’autant plus que sur le montant prétendument recouvré, les principaux protagonistes, pourtant des autorités de premier rang, ne s’accordent sur presque rien dans un domaine où la transparence devrait être de rigueur s’agissant de finances publiques.

C’est dire que le mandat qui s’achève, naguère placé sous les auspices de la transparence ainsi que de la gestion sobre et vertueuse, n’a pas sous ce rapport, tenu les promesses maintes fois réitérées tant on retrouve les mêmes controverses vives qui ont agité le Pays à la fin de la décennie 2000.

Il serait faux d’en conclure pour autant que le Sénégal a perdu du temps, ayant fait du surplace. Non ! Le Sénégal a régressé autant que l’opacité, la loi du plus fort et le déni du droit ont fait des progrès fulgurants.

Lorsqu’il a plu au régime de Abdoulaye Wade de distraire de la gestion publique le futur Aéroport de Diass, il a organisé un appel d’offres et convenu d’une concession qui soulève présentement des questions en Allemagne. Après le retrait de Fraport dans des circonstances qui devraient être précisées, transparence oblige, la concession a été transférée sans appel d’offres à des opérateurs qui n’ont pas les compétences et encore moins l’expérience requises dans une totale opacité. En effet les lois et règlements présidant en la concession d’infrastructures et de services publics ont été totalement ignorés.

Au demeurant, dans cette maison de verre qu’est l’Aéroport de Diass, toutes les concessions ont été passées dans les mêmes circonstances : absence d’appel d’offres, retour au monopole, abus de position dominante qui induit des coûts des services prohibitifs pour une infrastructure déjà largement payée par la Redevance de Développement des infrastructures Aéronautiques ! On arrête pas le progrès, je vous dis !

Le plus sidérant est la loi du plus fort qui dicte toutes ces opérations : quand la société d’assistance Sénégal Handling Services s’est vue imposée des conditions inadmissibles pour continuer à opérer, nul recours si ce n’est vers l’international, tout comme hier Yawuz Sélim a subi une exécution extrajudiciaire froidement et implacablement menée.

L’absence d’une Justice forte et indépendante n’installe donc pas l’insécurité que pour le Citoyen Sénégalais, particulièrement lorsqu’il se pique d’ambitions présidentielles. La loi du plus fort aboutit à mettre des pans entiers de notre Economie entre les mains de quelques rentiers.

L’année 2017 marque également une régression incontestable de notre système démocratique en ce qu’il avait de plus vivace et équilibré : le processus électoral. Les élections législatives, cela a été démontré à satiété, ont révélé force de manœuvres honteuses, conçues par des mentalités de putschistes pour imposer une Assemblée non conforme aux rapports des forces politiques.Pour tardif et sans secours pour l’issue des élections législatives qu’il soit, le rapport de la Commission Electorale Nationale dresse un inventaire assez précieux des coups tordus portés à notre Démocratie.

Les enquêtes savantes sur la corruption n’ont aucun sens si on continue de fermer les yeux sur l’utilisation massive, ouverte, agressive de l’argent à l’occasion des joutes électorales.

En cette période de bilan, le débat qui importerait eût été de dire les transformations structurelles que notre société aurait réalisées dans sa marche vers le progrès économique et sociale. Les Sénégalais auraient aimé être entretenus sur les prouesses réalisées dans l’accès à des services sanitaires de qualité, dans la réduction de la fracture numérique voire l’amorce d’une Révolution numérique à notre portée, dans l’accroissement de part de marché d’entreprises contrôlées par des Nationaux, dans la sécurité publique. En 2012, il n’y a guère si longtemps, nous étions largement majoritaires à croire que le Yoonu Yokkute, la Voie du Progrès, était dégagée devant nous, et certainement même les électeurs qui n’avaient pas donné leur onction au candidat Macky Sall, le souhaitaient.

A l’heure du bilan, nous voilà dans une impasse telle que l’on parle de dialogue national pour tenter de recoller les morceaux d’un Pays déchiré, de justice sélective, d’endettement excessif, de pauvreté exacerbée et de bourses de sécurité généralisées. Notre système éducatif, la matrice de notre Progrès, reste un grand corps malade. Le chômage massif des jeunes menace la cohésion de notre Société. Il pousse les cris les plus désespérés sur le chemin du Maghreb où les guette plutôt l’Apocalypse que l’Eldorado. L’insécurité est si endémique que le chef de l’Etat n’arrête pas de promettre la fin imminente du vol de bétail, une des sept plaies du Sénégal.

On comprend alors qu’il est plus aisé de nous servir le débat sur des milliards recouvrés mais bien peu arrivent à le digérer! Heureusement cette indigestion-là ne risque pas de perturber les festivités de fin d’année de ceux qui ont le cœur aux réjouissances.

Bonne année à eux, ainsi qu’à tous les autres !

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