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Dj Arafat est mort

C’était l’une des stars les plus influentes de la musique africaine. Fier, sans compromission et qui cassait les codes comme aucun autre artiste de sa trempe. Dj Arafat est décédé ce lundi 12 août à Abidjan, la terre ivoirienne qui l’a façonné à l’image de ce pays bouillonnant.

La veille au soir, alors qu’Houeon Ange Didier, de son vrai nom, rentrait d’une date de sa tournée « Moto, Moto », il a perdu le contrôle de son deux-roues dans le quartier de Cocody, percutant une voiture. Le choc a été si violent qu’il a perdu aussitôt connaissance. Quelques secondes après l’impact, une foule anxieuse se pressait autour de son corps à terre… Cette scène de panique a été relayée largement sur les réseaux sociaux.

« Admis aux urgences dans un état végétatif, il souffrait notamment d’une fracture du crâne et d’un œdème », a précisé un médecin. Il a succombé à ses blessures au petit matin. Dès l’annonce de sa mort, ce jeune papa de deux enfants âgé de seulement 33 ans, est devenu l’un des sujets les plus discutés en France sur les réseaux sociaux. À la mesure de l’immense popularité de ce beau gosse tatoué, né dans le quartier populaire de Youpougon.

Un cocktail entre l’afro et le hip-hop

« C’est la deuxième génération du style coupé-décalé né après le coup d’Etat de 1999. Le pays était séparé en deux par la guerre civile et politiquement cette musique vient nourrir une génération qui rêve de vivre mieux dans une Côte d’Ivoire réunifiée, explique Claudy Siar, présentateur et producteur de l’émission « Couleurs Tropicales » sur RFI. Dans ce mouvement, DJ Arafat est la locomotive ».

Le fruit ne tombe jamais loin de l’arbre, dit le proverbe qui va comme un gant au jeune artiste. Yorobo, l’un de ses nombreux surnoms, est le fils de deux artistes, « pas forcément phares, mais qui avaient des personnalités très fortes dans la culture ivoirienne, Houon Pierre et Tina Glamour, chanteuse un peu sulfureuse », précise Claudy Siar.

Son credo : un savoureux cocktail entre l’afro au sens large et le hip-hop, au sens large aussi. « Il n’a jamais eu peur d’être à contre-courant et a inspiré et décomplexé toute la jeune scène africaine francophone, car il leur a montré jusqu’où on pouvait aller. C’est une star qui symbolise cette Afrique francophone qui a soif d’émancipation. C’est terminé, on ne plagie plus la variété française, ni ce qui vient des Etats-Unis », prolonge l’expert.

«Un modèle pour ceux qui s’inspirent de la musique afro»

« C’est une immense star sur le continent grâce à une musique incroyablement créative et il a inspiré beaucoup d’artistes bien au-delà de l’Afrique », explique un cadre d’Universal France. En France, son influence est énorme. « C’est un modèle pour toutes les stars qui s’inspirent de la musique afro en France, comme Maître Gims, avec qui il a beaucoup collaboré, MHD, Naza et même Dadju », précise ce spécialiste de musique urbaine.

« Beaucoup d’artistes français afros avaient besoin d’une légitimité en Afrique et d’enregistrer coûte que coûte avec lui, c’était l’artiste le plus courtisé », confirme Claudy Siar.

Il y a quelques années, DJ Arafat avait rejoint le label de Maître Gims, Monstre Marin, ce qui lui avait permis de mettre un pied chez Universal, maison de disques qui y voyait une opportunité de développer l’afro, une musique particulièrement à la mode en Europe. Son dernier album, « Renaissance », était sorti en France en décembre dernier.

Mort de DJ Arafat : « Il a décomplexé la scène musicale d’Afrique francophone »

Un certain goût pour les clashs et la mise en scène

Sans avoir jamais fait de titre avec lui, l’artiste était un proche du rappeur Booba. Bad boy et play-boy, le côté sulfureux de DJ Arafat lui a d’ailleurs valu d’être qualifié par les médias locaux de « Booba ivoirien ». Comme lui, d’ailleurs, il n’hésitait pas à rentrer dans des clashs avec ses collègues, avec un certain goût pour la mise en scène à grands coups de vidéos en direct sur les réseaux sociaux, qu’il maniait à merveille.

Pour preuve, son compte Facebook est suivi par quelque… 2,3 millions d’abonnés. « Les scandales, les déclarations, tout cela pour lui, c’était artistique, le fait de s’en prendre à d’autres artistes, c’est très culture hip-hop », rappelle Claudy Siar. « Nous venons de perdre un frère, une icône de la musique africaine », confirme le rappeur Mokobe, qui avait régulièrement collaboré avec lui.

« Il se faisait appeler le président de la Chine, car il avait énormément de fans, un clin d’œil au nombre de Chinois, sourit A’Salfo, le leader du groupe Magic System qui l’avait programmé lors de la quatrième édition de son festival le FEMUA. C’était une idole incontestable de la jeunesse africaine, de la jeunesse ivoirienne qui va beaucoup nous manquer ».

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