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Jeanne d’Arc: Ce règlement intérieur qui divise les Sénégalais

L’école Sainte Jeanne d’Arc de Dakar fait l’objet, depuis quelques jours, d’une polémique avec, en toile de fond, l’exclusion d’élèves voilées que la Direction de l’établissement justifie par le respect du règlement intérieur.

Ces derniers jours, le Ministère de l’Education nationale a entamé un dialogue avec la Direction de l’Etablissement pour trouver une véritable issue alors que l’école campe sur sa position, évoquant une question de principe.

La polémique enfle au niveau de l’opinion publique. Et beaucoup de Sénégalais se demandent comment un établissement installé dans un pays souverain peut ériger un règlement intérieur, c’est-à-dire une loi interne en porte à faux avec les lois de la république d’accueil, notamment celles qui portent sur la laïcité ?

Cette question semble être la même que pose le Khalife Général des Tidianes, Serigne Mbaye Sy Mansour, qui n’a pas hésité à s’insurger contre cette attitude de l’école, mais surtout contre le silence des autorités, notamment des députés de l’Assemblée nationale.

Une question qui devient d’autant plus sérieuse que l’UNAPECS (L’Union nationale des associations des parents d’élèves de l’enseignement catholique du Sénégal), selon l’Aps, a appelé mardi les différents acteurs à ‘’plus de discernement et plus de lucidité’’, évoquant le fait que l’Institution Sainte Jeanne d’Arc fait référence à un nouveau règlement intérieur de la « Congrégation des Sœurs de Saint-Joseph de Cluny », dont dépend l’école, pour justifier l’interdiction du voile à l’école. Et voilà ce que stipule le règlement : La « tenue autorisée (…) se composera à partir de la rentrée de septembre 2019 de l’uniforme habituel, avec une tête découverte, aussi bien pour les filles que les garçons ». 

L’UNAPECS qui soutient la Direction de l’Institution, ne fait qu’en rajouter à la confusion : Car, voilà les Sénégalais divisés sur une question qui devrait relever de la simple loi. Car, même des musulmans pensent que ces parents d’élèves n’ont qu’à retirer leurs enfants et les réinscrire ailleurs.

Pour nous, la question est simple : Soit Jeanne d’Arc s’est conformée aux lois de la République sur l’enseignement privé et a respecté son cahier de charges et, dans ce cas, on doit la laisser tranquille. Soit elle a violé les  lois et règlements en la matière et dans ce cas, elle doit en payer les conséquences.

Pour moins que cela, les écoles Yavuz Selim avaient été fermées du fait du prince, c’est-à-dire manu militari par l’Etat du Sénégal. Parce que simplement, le Président turc Erdogan l’avait voulu. Des raisons géopolitiques qui ont poussé à faire priver, au Sénégal, d’une école d’excellence.

Et nous osons espérer que ce ne sont pas les mêmes raisons géopolitiques qui poussent l’Etat du Sénégal à être réconciliant. Avons-nous besoin de rappeler qu’une loi instaurée par la « Congrégation des Sœurs de Saint-Joseph de Cluny » ne saurait avoir un caractère supranational. Elle ne s’applique au Sénégal que si elle est conforme à nos lois. A défaut, elle s’écarte de jure et de facto.

Le débat sur le voile s’est certes posé en France, mais pas au Sénégal. Nous n’en voyons pas la pertinence. Ici, les signes distinctifs d’appartenance religieuse sont visibles partout sans que cela ne soit attentatoire à l’unité nationale ou à la sécurité publique.

Nous sommes dans tous les cas pour le dialogue, mais dans le respect des principes qui guident cette jeune Nation. Il y a quelques jours, on interdisait à des Sénégalais de prier dans leurs lieux de travail, maintenant, on exclut des jeunes parce que simplement ils sont voilés.

Nous avons le sentiment que subitement, des forces obscures se sont réveillées pour diviser des gens qui vivaient jusqu’ici en concorde et harmonie. C’est dire que nous ne sommes pas à l’abri du ko.

Et il est du devoir de chacun de rester vigilant.

Assane Samb

 

 

 

 

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