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Affaires Xaragne Lô et Adama Gaye: Ces mensonges qui peuplent notre quotidien

Adama Gaye en grève ‘’totale’’ de la faim, tout le monde y croyait. Parce que si la presse a relayé l’information, c’est que des voix autorisées, notamment venant sa défense, se sont inscrites dans sa confirmation. D’ailleurs, on nous a même informés, hier, par le même canal de ses avocats, qu’il a renoncé à sa grève de la faim et que ces derniers l’ont convaincu en introduisant une demande d’annulation du rejet de sa demande de mise en liberté provisoire.

Or, l’administration pénitentiaire vient de nous signaler, par le biais d’un communiqué, que le journaliste s’alimenter depuis le mardi 10 septembre et qu’il se porte bien. Une précision qui a des allures de démenti. Et qui mérite que ses avocats reviennent sur cette grève de la faim.

Au même moment, le Synpics, le syndicat des journalistes, vient de rendre public un communiqué pour protester contre le fait que Niang Xaragne Lô a été invité au Parlement de la Cedeao en qualité de…journaliste.

C’est vrai que la profession a été galvaudée, y compris par ceux qui souhaitent la faire rationnaliser, par de là à ‘’introniser’’ Niang Xaragne Lô ‘’journaliste’’, c’est franchir le comble du ridicule.

Curieusement, nous sommes dans une société qui condamne la violence sur toutes ses formes, mais qui admet et encourage même le mensonge. La manipulation qui a pour talon d’Achille le mensonge, est devenue monnaie courante dans presque tous les corps de métier. Elle est même devenue un excellent instrument de performance pour faire des résultats en instrumentalisant l’opinion, en faisant pression sur les autorités, etc.

Personne n’échappe aux fake-news et tous sont coupables. Les autorités l’utilisent au même titre que les citoyens. Il suffit ‘’de convaincre sans avoir raison’’.

Notre société de communication est devenue une société de manipulation où les médias classiques, les vrais journalistes, sont concurrencés par des informateurs de type nouveau, qui n’hésitent jamais devant une image, une vidéo, un ‘’scoop’’, fussent-ils abjects. Et la presse classique, pour ne pas se faire devancer, s’adapte, à sa façon, avec ses tares à elles qui sont la recherche de l’audimat avec, en toile de fond, une bataille commerciale.

Aujourd’hui, la presse est prise en tenailles entre les agents de publicité et les chargés de communication. Elle en adopte les règles, les techniques et oublie les siennes pour survivre.

En donnant une information, le public ne sait pas toujours si le journaliste fait de la publicité ou du publireportage. Tout est devenu confus et ceci d’autant plus que lors des émissions, les professionnels des médias vous disent la marque de téléphone à acheter, le bonbon à manger, le parfum à mettre, etc.

Et dans cette confusion générale, tout le monde est suspect. Si vous invitez quelqu’un pour un entretien, vous pouvez facilement apparaître comme son chargé de communication occasionnel.

Tout ceci est tellement préoccupant qu’une race de soi-disant journalistes, constitués en collectifs officieux, sillonnent les séminaires et autres activités pour juste arracher des perdiem.

Si chacun verse dans la manipulation et que les journalistes relaient des mensonges au moment où ils sont eux-mêmes envahis par de faux-professionnels, le public aura de plus en plus mal à avoir la bonne information.

Par exemple, dans le cas d’Adama Gaye, la grève n’aurait alors duré que quelques heures malgré le grand tapage médiatique.

C’est dire que c’est le moment d’être vigilant. Surtout de la part des professionnels des médias qui, dans une situation de confusion telle que nous la vivons dans cette époque des réseaux sociaux, doivent plus que jamais mettre en avant toutes les règles d’éthique et de déontologie.

Mais, comme dans beaucoup d’autres secteurs, la presse a besoin d’un appui conséquent des pouvoirs publics par une législation adaptée et un appui économique conséquent afin de lui permettre de davantage assumer sa mission de service public.

Assane Samb

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