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Corruption à l’Iaaf: Lamine Diack enfonce Pape Massata

Lamine Diack, l’ancien président de l’IAAF, entendu en juin par le juge Van Ruymbeke, a affirmé découvrir, à la lecture du dossier, les pratiques supposées de son fils Papa Massata, consultant en marketing auprès de la Fédération internationale.

Il n’avait plus répondu à la justice française depuis près de trois ans et sa mise en examen dans la première affaire de corruption mise au jour au sein de la Fédération internationale d’athlétisme (IAAF), en lien avec la dissimulation de cas de dopage d’athlètes russes. Lamine Diack, 86 ans, ex-patron de l’IAAF (jusqu’à l’été 2015), a été interrogé, le 19 juin dernier, par le juge d’instruction parisien Renaud Van Ruymbeke.

D’emblée, le magistrat rappelle que Papa Massata Diack (PMD), fils de Lamine Diack, avait reçu d’importantes sommes d’argent à l’occasion de votes du CIO pour les Jeux Olympiques et de l’IAAF pour les Championnats du monde, « sans réaliser la moindre prestation », au titre de consultant de l’IAAF. Selon un décompte du magistrat instructeur, PMD a ainsi perçu « entre 2009 et 2013, via ses sociétés près de 11 M$ (environ 6,5 milliards F CFA) ». Pour l’ancien président de l’IAAF, cette somme correspond à du « lobbying ».

MON FILS FAISAIT DU LOBBYING

« Je savais qu’il faisait du lobbying, comme Sebastian Coe, explique Lamine Diack. Mon fils était un des meilleurs au monde en matière de marketing. » Un consultant dont l’attitude a « choqué » dès 2004 Helmut Digel, alors vice-président de l’IAAF, en charge des commissions du marketing et des droits télévisés. Entendu comme témoin, en mars dernier, par le juge Van Ruymbeke, ce professeur de sociologie à la retraite lui raconte un épisode lié à la candidature de Stuttgart (Allemagne) pour l’organisation de la Coupe du monde des nations d’athlétisme en 2006 (attribuée à Athènes, Stuttgart se contentant de feue la finale mondiale).

A l’époque, PMD demande une « série de paiements », pour un total de 370 000 euros (environ 243 millions F CFA), pour soutenir la candidature de la ville allemande. Face à ces demandes, le maire de la ville avait répondu que c’était « de la folie ». Helmut Digel a remis à la justice française des documents dans lesquels le fils de Lamine Diack détaille ses demandes financières. L’ancien vice-président de l’IAAF alerte alors Diack père sur le « comportement » de son fils. Il évoque la tenue d’une réunion, en février ou mars 2005, dans un hôtel de Monaco afin de mettre un terme à ces agissements.

« Le président Lamine Diack était choqué et énervé et a dit à son fils que si un tel documnt était rendu public, c’en serait fini de lui comme président, relate Digel dans son audition devant Renaud Van Ruymbeke. Il lui a interdit à l’avenir d’entreprendre une telle action tout seul. Nous avons convenu que l’agence Pamodzi (une des sociétés de Papa Massata Diack) ne pourrait intervenir que si elle était missionnée pour cela. »

« J’AURAIS DÛ SURVEILLER MON FILS ET D’AUTRES… »

Pour autant, Papa Massata va poursuivre son travail pour le compte de l’IAAF. Interrogé sur cette demande d’argent ardressée par son fils à la ville de Stuttgart, son père prendre sa défense en arguant que « M. Digel raconte des histoires ». « C’est lui qui avait tout pouvoir, détaille-t-il. On a eu cette réunion. Cela m’a choqué, mais c’était Digel qui était entièrement responsable. […] Mon fils dépendait de M. Digel. […] Digel aurait pu mettre fin à toute collaboration avec lui, il ne l’a pas fait […] J’ai dit à mon fils que c’était une connerie […] Après coup, je me dis que j’aurais dû plus surveiller mon fils et d’autres. En lisant le dossier, je découvre certaines choses, je tombe des nues. »

Renaud Van Ruymbeke questionne Diack sur l’attribution des Mondiaux 2017 et 2019. « Le Qatar disait qu’il apporterait un sponsor, la Qatar National Bank, qu’il allait faire des pistes d’athlétisme dans plusieurs pays et payer des primes aux athlètes à la place de l’IAAF, détaille Lamine Diack. Moi, j’étais pour Londres. J’ai donc demandé à Sebastian Coe d’appeler le ministre britannique pour qu’ils prennent en charge les primes des athlètes pour gagner. […] Doha était persuadé qu’ils allaient gagner puisqu’ils apportaient la Qatar National Bank, 30 millions d’euros (environ 20 milliards F CFA), payaient les athlètes 7,5 millions (environ 5 milliards F CFA) et créaient 12 pistes. Avant le vote, le Qatar ne s’est pas proposé pour 2019, ils voulaient 2017. J’aurais pu dire au moment du vote qu’on réservait 2019 au perdant, mais le Qatar n’en voulait pas. »

L’ÉMIR DU QATAR, LES MONDIAUX D’ATHLÉTISME ET LE VIREMENT DE 2 MILLIARDS F CFA

Il explique encore qu’il entretenait une relation privilégiée avec l’ancien émir du Qatar. « C’était un ami et un mordu d’athlétisme. Mon fils, du temps d’ISL (une société suisse de marketing sportif, était allé à Doha où il s’était occupé du premier tournoi de tennis et il a découvert que l’émir était passionné d’athlétisme. Il le connaissait. Un jour, l’émir m’a invité à passer une journée en famille dans le désert. Lui, j’aurais pu lui demander de payer des pistes, etc. C’était bien avant, il y a longtemps. Avant son abdication. L’émir était malade. » Avant de préciser que plus tard, son interlocuteur « était le secrétaire du Comité national olympique du Qatar, le cheikh Saoud bin Muhammad al-Thani ».

« C’est lui qui dirigeait la délégation et qui est venu au moment du vote. Je ne lui ai pas dit que je soutenais Londres, mais ils tentaient leur chance. Le lendemain [du vote], il est venu me voir pour qu’on prévoie 2019. Mais je lui ai répondu les membres du conseil de l’IAAF étaient partis et que c’était trop tard. »

A la question de savoir pourquoi son fils avait perçu, via la société Oryx QSI, 3,5 millions de dollars (environ 2 milliards F CFA) du Qatar avant le vote de désignation de la ville hôte, Lamine Diack répond qu’il ne « sait pas ». « Trouvez-vous cela normal ? » questionne encore le juge Van Ruymbeke. « Non, je ne trouve pas cela normal. Je tombe des nues. » De son côté, Helmut Digel a conclu son audition du mois de mars en relatant avoir été « surpris par le vote prématuré de 2015 » accordant les Mondiaux 2021 à Eugene (Etats-Unis), qui ne disposait que « d’un stade ancien et n’avait pas de structures hôtelières. Ce vote était surprenant. »

Source L’EQUIPE

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