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24E JOUR DU PROCES DE HISSEIN HABRE : Hélène Jaffé revient sur les tortures dans les prisons du régime de Habré

  • Date: 13 octobre 2015

 Après le passage des experts argentins, la semaine dernière, le défilé des témoins a repris à la barre des Chambres africaines extraordinaires. Hélène Jaffé de l’Association des victimes de répressions en exil (Avre) est revenue sur les tortures dans les prisons du régime de Habré.

Au lendemain de la chute du régime de Hissein Habré, Hélène Jaffé, à la tête de l’Association des victimes de répression en exil (Avre),  a reçu une invitation de venir au Tchad pour faire le même travail qu’elle a eu à faire en Guinée-Conakry à la chute du régime de Sékou Touré. Avec son équipe, elle s’est rendue au Tchad de juillet 1991 à 1996. A la barre des Chambres africaines extraordinaires, hier, Hélène Jaffé a fait le compte rendu de ses travaux.

Au Tchad, Hélène Jaffé et son équipe avaient fait le tour de la ville avant de visiter les bâtiments de la Dds. Dans les couloirs de la prison appelée « la Piscine », dit-elle, il y’avait des traces de sang, des bidons et des boites dans lesquelles il y avait des restes de riz qui donnent une idée des difficiles conditions de détention des détenus. Selon Mme Jaffé, on torturait les prisonniers dans le bâtiment annexe de la Dds. A l’en croire, au lendemain de la chute du régime répressif de Habré, elle a fait un communiqué à la radio dans lequel elle invitait les victimes du régime de Habré à venir se faire consulter. Environ 581 personnes ont été consultées par les médecins de ladite association composés, entre autres, par des médecins généralistes, pédiatres, etc.  En effet, les médecins ont constaté des séquelles, des cicatrices sur toutes les parties des corps des victimes.

« 90% des patients étaient des victimes directes »

« On voyait à cette époque des personnes affamées qui attendaient de l’aide. Parce qu’elles ont subi des manœuvres qui font qu’elles avaient mal partout. Sur ces entrefaites, on a eu à relever des traces de fracture, des articulations touchées, des cicatrices et l’Arbatachar (une des formes de torture : ndlr) avait laissé des traces sur les colonnes vertébrales, épaules et chevilles des victimes », a-t-elle indiqué avant de poursuivre : « des traces ont été aussi notées sur les crânes des différentes personnes consultées par ladite association. La plupart des séquelles notés chez les patients ont été causés, entre autres, par l’Arbatachar; la baguette, le tabassage, etc ». Devant les juges, le témoin a révélé qu’il y avait des consultations parallèles, car par pudeur, les victimes ne passaient pas tout le temps par la commission d’enquête. Hélène Jaffé a, lors de sa déposition devant les Chambres, indiqué aussi bien des hommes que des femmes ont été victimes de violences sexuelles. Par ailleurs, le témoin a soutenu que 90% des consultations dont elle avait la charge concernaient les victimes directes notamment les anciens prisonniers sous le régime de Habré. Tandis que les autres étaient des enfants et des veuves dont les maris ou les pères ont été soit tués en prison soit disparus après leur arrestation. Des victimes, il y en avait également en France où des victimes de torture du régime Hissein Habré, notamment une femme, nous dit Hélène Jaffé, a raconté les horreurs dans les geôles tchadiennes. Il faut dire qu’avant de venir au Tchad, le témoin avait déclaré à l’ambassade qu’elle relèvera toutes les formes de tortures une fois au Tchad. Cependant lorsqu’ils ont rencontré le président, ils lui ont également indiqué de faire montre de tous les cas de tortures qu’ils auront à noter. Sans dire mot, explique-t-elle à la barre, Deby donnait un coup de pied sur une table en verre comme pour montrer sa frustration.

Madina Fadoul Kitir : « Je suis restée une semaine sans manger »

A la suite de Hélène Jaffé, un autre témoin a entamé, hier, sa déposition. Il s’agit de Madina Fadoul Kitir par ailleurs victime dans cette affaire. En effet, elle a été arrêtée lors de la répression des Zaghawas. « Des gens étaient venus m’arrêter, tôt le matin, alors que j’avais dans mes bras un bébé âgé seulement de 3 mois. Ils ont arraché le bébé qu’ils ont remis aux membres de ma famille avant de m’engouffrer dans un véhicule à l’intérieur duquel j’ai reconnu mon frère Souleymane », a indiqué Madina Fadoul Kitir. Face aux juges, elle a renseigné que son frère a été déposé à la Brigade d’intervention rapide (Bsir) non sans savoir le sort qui lui a été réservé. Quant à elle, elle a été conduite au bureau de Mohamed Djibril dit El Jonto.

« A l’intérieur de son bureau, El Jonto m’a informé que j’ai été arrêtée parce que j’ai aidé mon mari à s’échapper de prison. Ce qui était totalement faux », a dit la dame selon qui, elle a été immédiatement libérée. Cependant, cela ne durera pas longtemps parce que ces mêmes éléments se sont présentés le lendemain pour la cueillir. « J’ai fait 3 mois et quelques en prison lors de ma deuxième arrestation. Dans la prison des locaux, j’ai été chicotée par 3 éléments. Je suis restée une semaine sans manger parce que j’avais mal. Je saignais partout », a-t-elle encore dit. Lors de son séjour carcéral, Madina Fadoul Kitir a fait la connaissance d’une autre détenue qui lui fera une confidence. « J’ai accouché en prison et mon bébé est mort après seulement 7 mois », a dit Fatima à Madina. Toutefois, le témoin sera libéré à l’occasion du Nouvel an. Mais, elle doit d’abord jurer de dire qu’elle n’a jamais rien vu ni rien entendu en prison. Madina Fadoul Kitir n’a pas encore fini sa déposition et elle repassera, aujourd’hui, pour la suite de son témoignage.

Cheikh Moussa SARR

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