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3 QUESTIONS AU PR IBRAHIMA THIOUB PRESIDENT DU COMITE SCIENTIFIQUE ‘’Pourquoi il faut garder le qualificatif noir…’’

 Que peut-on retenir concrètement de cette conférence, après 3 jours de conclave ?

On peut d’abord retenir la mobilisation des experts de tous horizons et représentatifs de l’Afrique, de ses diasporas, de ses amis. L’ouverture, qui est l’une des dimensions retenues pour ce musée, s’est déjà réalisée dans la participation. Dans les plénières, ce qui apparaît clairement, c’est que le musée ne doit être la copie d’aucun autre musée qui existe dans le monde. Nous allons le construire ensemble avec les Africains, les diasporas africaines, les amis de l’Afrique pour en faire un musée dynamique, ouvert à tous les alizés. Nous allons en faire un musée qui mobilise l’ensemble des composantes de nos sociétés en prenant en compte les préoccupations de toutes les communautés. Nous allons l’inscrire également dans le temps long de l’histoire, mais l’ouvrir dans une prospective très large, évolutive. Ce n’est pas un musée de la fixité qui nous a été recommandé, mais plutôt un musée qui se crée tous les jours, où il n’y aura pas d’exposition permanente quasiment.

Ce sera un musée de la recherche, de la documentation. Ce sera également un musée connecté très fortement à l’économie qui va être un lieu de production de revenus, parce que connecté au tourisme. Nous allons lui donner un business plan. Nous allons développer le marketing. Ce sera aussi un musée au service de l’éducation, ouvert aux écoles, à ceux qui veulent apprendre et s’imprégner de toutes les dimensions des civilisations africaines. Cela ne se réduit pas à la culture. Cela englobe les technologies dans lesquelles l’Afrique a contribué, les savoirs auxquels elle a contribué. C’est tout cela qui sera brassé par ce musée qui couvrira cette vaste dimension géographique, mais aussi cette vaste perspective historique  et prospective. Ce sont là les recommandations qui nous ont été faites.

Qu’en est-il des concepts ?

Nous avons également réfléchi sur les concepts, c’est vrai. Le concept de civilisations sera réexaminé dans son historicité, mais aussi dans son actualité. Parce que nous sommes dans le temps du monde qui est celui de la globalisation. Et c’est le temps aussi des nouvelles technologies. De l’animation, qui va produire des outils didactiques, des outils de formation, qui va participer à faire sens à une culture africaine qui se diffuse au sein de notre jeunesse sous la forme de bandes dessinées, de films d’animation qui l’imprégnera pour l’ancrer davantage sur le sol africain, tout en le laissant ouvert et en dialogue avec le reste du monde. Toutes ces dimensions ont été soulignées par les préfigurateurs. Les conclusions auxquelles ils sont arrivés ont été développées dans les trois rapports qui sont issus des ateliers autour des trois notes conceptuelles, mais également dans le rapport général.

C’est cela qui permettra d’élaborer la feuille de route qui sera confiée au directeur général qui, en rapport avec les autorités étatiques, donnera la figure du musée. Une idée qui me semble également importante à retenir, c’est de faire en sorte que ce musée ne soit pas répliqué par chaque pays africain. Ce serait du gâchis. Une recommandation forte a été donnée à la séance de clôture. C’est qu’on en fasse une institution de l’Union africaine et des institutions régionales d’intégration. Pour cela, le Sénégal a une tâche qui est de ne pas nationaliser le musée, de ne pas en faire un musée sénégalais. Mais d’en faire un musée où se reconnaîtront tous les Africains, tous les pays africains au point qu’ils n’éprouveront pas le désir ou le besoin de le répliquer parce que nous aurons pris en compte leurs besoins de façon consensuelle à l’issue d’échanges avec eux. Cela ne s’arrêtera pas à ces derniers.  Nous allons l’ouvrir à toutes les diasporas des afros descendants.

Certains ont émis des réserves par rapport au qualificatif noir attribué au musée des civilisations. En tant que président du comité scientifique de cette conférence, que leur répondez-vous ?

Je n’ai pas la charge de leur répondre. J’ai participé aux discussions et je leur ai donné mon point de vue. Cette anecdote qui est arrivée à Aimé Césaire se promenant dans une ville canadienne où il rencontre des ouvriers en grève qui mettent sur leurs pancartes ‘’nous sommes des nègres blancs’’. Et Césaire de commenter : ‘’Ce sont véritablement eux qui ont compris la négritude’’. Césaire a fait ce commentaire pour historiciser le qualificatif de noir ou le concept de nègre. Cela veut dire qu’en un moment donné de l’histoire, le mot nègre ou noir a eu un contenu dans le contexte de la traite qui a dévalorisé le Noir, qui a identifié les captifs, les esclaves à la couleur noire.

Même si tous les Noirs n’étaient pas des esclaves, dans l’Atlantique, tous les esclaves étaient des Noirs. On a eu cette identification qui a servi à construire une dévalorisation du Noir pour pouvoir asseoir une hégémonie de la domination dont avait besoin la traite des esclaves pour être légitimé. Qu’il est de la nature du Noir d’être esclave. C’est cela qu’on a voulu inculquer aux esclaves qui ont repris cette idéologie pour l’inverser et revendiquer cette identité qu’on leur a construite.

Ils l’ont inversé pour se battre, pour être reconnus dans toute leur dignité humaine. Cette contextualisation est très importante au point que dans cette période, toute personne qui souffrait ou se sentait dévalorisée, toute culture minimisée a été identifiée à une culture noire indépendamment de sa couleur. Le vocable ‘’noir’’ n’est pas seulement une couleur, une essence, c’est un phénomène qui a des sens historiquement définis et suivant les contextes dans lesquels on les emploie. Il fait sens. C’est cette longue durée que nous avons voulu prendre en compte pour dire que ce musée doit être nommé musée des civilisations noires, ‘’noir’’ ayant ici ce sens historique que je viens de décliner.

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