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35 milliards de BNP à la Raffinerie de Dakar

Pour assurer ses achats de brut, la Société africaine de raffinage(Sar) a obtenu de la part d’un pool bancaire piloté par Bnp Paribas, un financement de 70 millions de dollars soit 35 milliards de FCfa. Ce financement sous forme de crédit revolving n’est cependant qu’une perfusion qui n’est pas de nature à régler les problèmes de la Sar qui appellent de manière urgente de l’argent frais dans le capital de l’entreprise et une restructuration incontournable à travers des investissements.

Source : Sudonline
Le redémarrage de l’activité industrielle de la Sar(Société africaine de raffinage) il y a quelques mois a été rendu possible grace à un contrat de processing avec la société Trafigura qui a fait venir du Nigéria une cargaison de 130 000, puis de 900 000 barils de brut dont une partie a déjà été raffinée dans les installations de la Sar alors qu’une troisième cargaison de 800 000 barils appartenant toujous à Trafigura serait attendue prochainement. Le processing, rappelons-le, est un contrat de façonnage dans lequel le façonneur (ici la Sar) va raffiner du brut fourni par son client moyennant une certaine somme d’argent (frais de façonnage ou processing fees en anglais). En d’autres termes, le façonneur n’est rien d’autre qu’un prestataire à qui le produit n’appartient pas. Si ce type d’activité offre à la Sar les moyens de supporter ses coûts de fonctionnement, il n’est cependant pas conforme à la vocation de la raffinerie qui est d’acheter son propre brut pour le raffiner avant de commercialiser ses produits finis (gasoil, essence et kérosène notament) au Sénégal et dans la sous-région. Aussi, pour assurer ses achats de brut, la Sar a obtenu, au milieu du mois d’avril dernier, de la part d’un pool bancaire piloté par Bnp Paribas un financement d’un montant de 70 millions de dollars soit 35 milliards de FCfa environ. Ce financement sous forme de crédit revolving sur deux années est destiné à acquérir une cargaison de plus de 900 000 barils de brut par mois pour la Sar. Si ce cas de figure est intéressant pour l’entreprise en lui permettant de reprendre son activité normale, il signifie cependant le gel des produits de la Sar puisque celle-ci est tenue, tous les mois, avec une partie du produit de ses ventes, de rembourser le financement obtenu, l’autre partie devant servir à couvrir ses frais fixes.

Dans ce contexte le passif de la Sar tournant autour d’une centaine de milliards, bien évidemment, il a tout de même fallu calmer les créanciers de la Sar dont les principaux sont Trafigura, Total, Shell, Mobil et Eoando -Nigéria- à travers un accord dans lequel ils se sont engagés à mettre la pédale douce. Le problème reste cependant entier car il n’est pas sûr que la Sar soit encore aujourd’hui en mesure de raffiner 1,2 million de tonnes encore moins de couvrir les besoins de 1,8 million de tonnes du marché local. C’est une question de capacités de raffinage, sujet récurrent que seuls des investissements de taille pourraient régler. Encore faut-il d’abord recapitaliser l’entreprise désormais publique, l’Etat étant passé actionnaire majoritaire à 57% dans le capital, mais sans argent frais et surtout une vision claire en matière de politique d’approvisionement et de raffinage…

Cette recapitalisation est d’autant plus nécessaire que le capital social de la Sar qui est de 1 milliard de FCfa a été largement entamé avec un exercice 2006 qui se serait terminé avec une perte de 20 milliards de FCfa.

Vision antinomique

Une vision, tout court. Le secteur énergétique en a bien besoin or, il est difficile de s’y retrouver tellement les discours et autres annonces sont déroutants. D’un côté l’Etat annonce, enseptembre 2006 lors de la visite présidentielle à Téhéran, son intention de se doter d’une raffinerie de pétrole pour un coût de 250 milliards de francs CFA, avec au départ une capacité de production de 5 millions de tonnes, de l’autre il augmente ses parts dans le capital de la Sar.

Le signal est plutôt trouble et troublant et ne permet pas d’avoir une vision claire sur l’avanir du secteur. Pendant ce temps, un an après « Saly », qu’en est-il de la mise en place des solutions de nature durable pour la Sar qui étaient dégagées avec tous les acteurs du secteur ?

Certes, outre l’augmentation des parts de l’Etat dans le capital, des décisions fortes ont été prises depuis, avec Maître Madické Niang, alors ministre de l’Energie, notamment la modification du choix du marché de référence pour l’approvisionnement de la Sar avec ses implications sur les structures des prix, la prise en compte et le règlement par l’Etat des pertes commerciales dela Sar. Un fonds de sécurisation des produits avait même été annoncé à travers un mécanisme devant permettre à l’Etat de recevoir des marketteurs (pétroliers) un différentiel. Mais restons un peu sur ce fonds pour rappeler l’idée que son produit pourrait servir à la modernisation de la raffinerie. Dans cette même nécessité de modernisation, il ne serait pas inutile d’interpeller les actionnaires de la Sar sur le montant collecté à travers un autre mécanisme antécédent qui devait permettre d’ajouter 2,30 dollars par baril…

Déficitaire

Toujours est-il que la Sar est une des rares raffineries dans la région africaine à afficher des déficits à la différence de la Société ivoirienne de raffinage(Sir), ou encore la Fpa en Angola et de celle du Cameroun. Alors que la Sir affiche un excédent annuel de production de 1,8 million de tonnes, le Cameroun 880 000 tonnes, la Sogara 420 000 tonnes et la Fpa 450 000 tonnes, la Sar, avec une production en temps normal de 1,2 million de tonnes importe ses déficits de 600 000 tonnes représentant le gap pour couvrir le marché intérieur estimé à 1,8 million de tonnes et qui est suscepible d’évoluer en cas de croissance économique. Forcément, avec des installations qui n’occupent que 45% d’une superficie de 70 ha, un schéma de raffinage sans conversion, une absence d’unité Hds(Hydrodésufuration) qui fait que la raffinerie ne peut traiter que des bruts Bts(Basse teneur en soufre) comme le bony light et cela depuis 1961, date de sa création, la Sar est aujourd’hui obsolète, déficitaire à tous points de vue et nécessite une remise à plat.

La relance passe par là mais aussi sur la base d’une gestion plus orthodoxe notamment dans la transparence dans les appels d’offres. La question du « Code des marchés publics » désormais effectif n’est pas pour autant réglée si dans son application l’inéquité et le manque de transparence dans l’octroi des marchés demeurent.

Toutes ces questions importantes interpellent ainsi le nouveau ministre de l’Energie pour des actions rapides, cohérentes et bien programmées.


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