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70ÈME ANNIVERSAIRE DU F CFA La monnaie, la langue et la coopération, ces 3 instruments de néocolonialisme

  • Date: 29 décembre 2015

Le F CFA (Franc des colonies françaises d’Afrique) fête ses 70 ans, ce mois de décembre. Monnaie commune à 14 pays africains dont le nôtre, le F CFA comporte dans son sigle, la lettre C qui signifie colonie. Sommes-nous encore des colonies françaises ? Évidemment, non. C’est la raison pour laquelle nous ne lui souhaiterons pas « joyeux anniversaire ». Non pas par manque de courtoisie, mais par aspiration à la nécessité historique de parachèvement du processus sinon de décolonisation du moins de mise sous tutelle effective de l’Afrique.

Un discours que l’on croyait  à jamais révolu dans le jardon politique des Africains car voilà au moins 50 ans que la plupart de nos pays sont indépendants. Mais d’une indépendance formelle. Par le drapeau, l’hymne national, un pouvoir politique l’exerçant sur des populations, sur un espace de terre.

Une souveraineté certes importante en soi, mais rendue encore factice par le fait que notre monnaie commune avec beaucoup d’États africains est arrimée à l’Euro, notre langue officielle est étrangère et nous dépendons encore de l’argent de l’assistanat international maquillé sous le vocable de « coopération » pour ménager notre susceptibilité.

En effet, c’est un truisme de dire que le fait de battre monnaie, est un gage de souveraineté nationale. C’est une question de principe, d’indépendance. La Mauritanie, la Gambie, le Nigeria et bien d’autres États africains l’ont compris très tôt. Même si les efforts du Mali et de la Guinée-Bissau ont été des catastrophes.

Or, le F CFA est garanti d’abord par le Franc français et maintenant par l’Euro avec un taux de change qui nous a été imposé. Il s’y ajoute que 50 % de nos réserves de changes sont logées à la Banque centrale européenne à Frankfort, ce qui représente des centaines de millions en devises qui auraient pu servir à des opérations d’investissement.

Au demeurant, ils sont nombreux les spécialistes à soutenir qu’aucun pays émergent ne l’a été en dépendant d’une monnaie étrangère. La preuve, se faisant, il est difficile d’agir sur les taux directeurs, de change pour booster par exemple les exportations. Bref, nous ne sommes pas maîtres de notre monnaie donc de notre économie.

La preuve, en 1994, la dévaluation nous a été imposée portant la hausse des prix des denrées à 25% contre l’avis publiquement exprimé par le président Abdou Diouf qui disait « qu’il n’y aura pas de dévaluation ».

Aujourd’hui, des experts au rang desquels Demba Moussa Dembélé du « Forum africain des Alternatives » soutiennent que le destin économique de nos États dépend beaucoup plus de ce qui se passe au niveau de l’Union européenne (Ue) que de notre situation économique réelle que ne traduit pas notre monnaie qualifiée de trop « forte ».

En plus de la monnaie, nous avons une langue étrangère comme « langue officielle ». Avec la conséquence directe et paradoxale que la majeure partie des Sénégalais ne la parle pas et que ceux qui se targuent de la maîtriser sont de plus en plus rares du fait d’un système d’enseignement au rabais. Il s’en suit une tiers-mondialisation de nos diplômes qui sentent de plus en plus le sous-développement comme nous le disait avec humour le Professeur de droit Joseph Issac-Sayeg déjà dans les années 90. L’anarchie dans l’installation des universités privées a parachevé le processus.

Pourtant, nombre de réflexions et d’initiatives avaient été prises pour obvier ce phénomène et inverser la tendance par l’alphabétisation dans nos langues nationales. Les mathématiques et autres sciences devraient être traduites dans nos langues et à ce propos, les spécialistes comme le Professeur Sakhir Thiam ne manquent pas.

Or, comme pour la monnaie, tout le monde s’accorde à dire qu’aucun État n’est parvenu à se développer avec une langue étrangère. Car, faudrait-il le rappeler, une langue est beaucoup plus qu’un simple instrument de communication. Elle véhicule une charge culturelle très forte qui charrie une manière de penser, d’être, en somme de vivre.

Malheureusement, tous les efforts qui avaient été faits jusqu’ici pour alphabétiser les populations semblent avoir été abandonnés. Même si par ailleurs, le Gouvernement a consenti d’intégrer l’enseignement arabe dans le système officiel.

En tout état de cause, convenons qu’avec  une monnaie et une langue étrangère, il est difficile d’aspirer à l’émergence. La preuve, c’est qu’aucun pays ne l’a encore réussi, jusqu’ici. Il s’y ajoute que 11 des 14 pays de la zone franc sont classés parmi les plus pauvres dans le monde. Et le nôtre en fait malheureusement partie.

Nous survivons alors grâce à une coopération étrangère notamment de l’ancien pays colonisateur qui a ses particularités. Il s’agit notamment d’une forme de coopération qui accentue notre situation de dépendance économique et politique. Il s’agit ni plus ni moins que d’une forme d’assistanat parce que c’est la France qui injecte son argent pour aider à équilibrer les budgets et financer des projets de développement. Et ce pays « ami » développe avec les nôtres une forme de partenariat qualifié de « privilégié » parce qu’ayant toutes les caractéristiques d’une tutelle. Elle injecte ses fonds et en retour, elle attend des marchés pour ses entreprises comme Total, Bolloré, Orange, etc. Mais aussi une certaine complicité politique sur les dossiers internationaux en cours. Certes, la France-Afrique, ce système de tutelle officielle sur nos États, n’est plus ce qu’elle était au temps du président Bokassa directement demis de ses fonctions par les militaires français, mais elle a encore des formes insidieuses. Durant toutes les années Faucard, ce fameux « Monsieur Afrique » de nombre de présidents français, la diplomatie de ce pays a fonctionné avec la conviction que « la France tient son rôle dans le monde grâce à l’Afrique ».  Aujourd’hui, elle s’agite encore au Mali et ailleurs non seulement pour ses intérêts de toutes sortes, mais aussi pour démontrer qu’elle mérite encore son poste de siège permanent au Conseil de sécurité des Nations-Unies face à la menace de pays émergents.

Pourtant, la France n’est pas la seule responsable de ce maintien du statu quo. Si nous n’avons pas le courage de battre monnaie, de valoriser nos langues nationales, nous devons nous en prendre qu’à nous-mêmes. Même si, à la décharge de nos dirigeants, tous les chefs d’États africains qui ont défendu cette cause ont étonnement perdu le pouvoir parfois d’une façon tragique, de Sankara à Kadhafi.

Pourtant, les efforts de diversification de nos partenariats avec la Chine par exemple nous avaient convaincu d’une forme de partenariat « win win » c’est-à-dire gagnant-gagnant. Mais l’on se rend compte, chemin faisant, que de gros marchés de gré à gré sont attribués sans appels d’offres, dans des conditions de gré à gré, qui renvoient à des ententes qui pourraient être en porte à faux avec l’intérêt national. Le dernier en date, c’est l’autoroute Ila Touba.

Comme quoi, pour qu’il y ait émergence, il faudrait des préalables au premier rang desquels, un bon système d’éducation, une monnaie nationale compétitive un partenariat décomplexé avec le reste du monde.

 

Abdoulaye Diop

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