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«Les maladies du cœur sont la première cause de mortalité au Sénégal» 

 Au Sénégal, les maladies cardio-vasculaires représentent la première cause de mortalité. Ces maladies peuvent être classées sous différentes catégories, à savoir les maladies valvulaires (pathologies touchant les valves cardiaques du cœur gauche), les maladies vasculaires (atteinte des artères coronaires du cœur, des artères du cerveau, des artères périphériques…), l’hypertension artérielle et les maladies cardiaques congénitales. Dans cet entretien, Serigne Modou Ngom, malade de cœur, et par ailleurs, président de l’Association «Cœurs solidaires», dont la structure est logée à l’hôpital Fann, nous plonge au cœur de l’univers des malades du cœur. Entretien Exclusif !

 C’est quoi l’association «Cœurs solidaires ?

C’est une association qui regroupe les malades opérés et non opérés du cœur. Elle a été créée en 1995 et la plupart de ses membres sont soit en voyage, soit décédés. De 2016 à 2018, nous étions 538 membres. Mais entretemps, on a enregistré des décédés. Depuis 2016 jusqu’à nos jours, notre association a fait opérer 8 personnes grâce à mes partenaires.

 Quelle est la situation des malades du cœur au Sénégal ?

La prise en charge est notre combat depuis 23 ans. Pour cause, les coûts liés à la chirurgie cardiaque ne sont pas à leur portée. Le coût  de la valve s’élève à 1.200.000 francs. Si la personne est atteinte d’une valvulopathie, on change la valve à 1.200.000 francs plus le coût de l’opération et l’ordonnance qui s’élève à 650.000 francs. Le coût global s’élève à 1.850.000 francs. Si on doit changer les deux valves (poly valvulopathie), on va dépenser 3.050.000 francs. Non sans compter la phase préopératoire et postopératoire. Avant l’opération, le malade du cœur doit faire le bilan, l’échographie, l’électrocardiogramme. Certains patients restent des années sans être opérés à cause de manque de moyens. Il n’y a pas de gratuité des soins. C’est la raison pour laquelle nous demandons à l’Etat de subventionner le prix de la valve. Si les valves étaient à notre disposition, le coût de l’opération pourrait connaître une baisse, c’est-à-dire 300 ou 500.000 F. Malheureusement au Sénégal, quand on a atteint de maladie du cœur, on te donne des tamarins. C’est ce qui attaque le cœur pour la plupart.

Qu’est-ce que les autorités ont fait pour la prise en charge de cette pathologie ?

Il faut dire qu’on a beau essayer de voir le ministre pour discuter de ces questions, mais en vain. A l’époque, on avait rencontré le ministre de la Santé, Eva Marie Coll, qui nous a clairement fait savoir que la solution ne peut pas venir de l’Etat. Car, c’est le privé qui vend la valve à 1.200.000 francs. Par la suite, nous avons adressé plusieurs lettres au Chef de l’Etat pour une audience, mais en vain. Chaque année, nous déposons des correspondances à la présidence de la république, et c’est toujours sans réponse. Nous voulons que l’Etat subventionne le prix de la valve et les revende moins cher aux patients. Nous recevons plusieurs demandes d’aide. Nous en recevons 400 chaque année, et seuls 4 ou 5 sont acceptées par les bonnes volontés. Et dès fois, l’attente est trop longue. C’est pourquoi,  sur 10 malades,  seuls les 5 survivent. Le moment est venu pour que l’État du Sénégal qui s’est inscrit dans la couverture maladie universelle, mette l’accent sur la prise en charge des adultes malades du cœur. La plupart des malades meurent avant l’intervention chirurgicale du fait qu’ils ne peuvent pas se prendre en charge. Malheureusement, les partenaires financiers investissent plus d’argent sur les maladies contagieuses que les maladies du cœur.

Il y a combien de malades du cœur au Sénégal ?

On n’a pas le nombre exact de malades du cœur au Sénégal, mais on peut les estimer jusqu’à 10.000. Cette maladie est la première cause de mortalité au Sénégal. Chaque semaine, il y a un décès dû à la maladie du cœur. Même si ça ne tue pas,  il y a l’AVC.

Combien de malades sont en attente d’être opérés?

A l’hôpital Fann, il y a 189 malades du cœur qui sont sur la liste d’attente. Depuis janvier, il n’y a pas eu d’opération du cœur parce que la machine est en panne. Toutefois, selon les responsables de la clinique de chirurgie thoracique et cardiovasculaire, la machine a été changée mais il y a un problème d’anesthésistes qui se pose. Ceux qui étaient là sont des professeurs et le temps qu’ils forment des personnes,  il y a les malades qui tombent. La semaine dernière, il y avait un malade qui était en licence 3 à l’Université virtuelle du Sénégal, option sciences économiques, qui devait faire une opération. Ce dernier est venu me voir et m’a dit qu’il ne peut pas faire l’opération parce que le médecin lui a dit de ne pas faire la visite pré-anesthésie (VPA). Et d’attendre la reprise des opérations. C’est sur ces entrefaites qu’il est décédé. Et il y a beaucoup de cas similaires. Il faut aussi mettre l’accent sur la prévention. Beaucoup de personnes pensent que le problème du cœur est l’arrêt cardiaque. Ce n’est pas la même chose parce que pour un malade du cœur, on peut lui changer la valve. Après, il peut faire du sport. Seulement il faut qu’il surveille son alimentation en évitant de manger les aliments gras, les efforts physiques intenses, certaines boissons gazeuses, le foie, etc.

Rewmi

 

 

 

 

 

 

 

 

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