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Alioune Badiane , Directeur regional ONU/HABITAT pour l’Afrique : « Le pire, ce serait d’attendre »le Dimanche 19 Octobre 2008 à 15:48 | Lu 1465 fois
Du 3 au 6 octobre, se tient à Nanjing en Chine, le quatrième Forum urbain mondial. Sous l’égide des Nations Unies, ce forum qui vient après celui de Vancouver au Canada en juin 2006, devrait être l’occasion les maires de ses grandes villes africaines comme le Caire, le Cap, Dakar ou Abidjan, de faire le bilan de leurs réalisations. L’occasion aussi de se pencher sur l’avenir difficile des villes d’aujourd’hui et encore du leadership municipal. Au moment où se tient à Abuja, le forum africain qui prépare une plate-forme pour le continent, Alioune Badiane, Directeur régional de Onu/Habitat pour l’Afrique, revient sur les conditions préalables pour bâtir la ville africaine de demain, et campe les enjeux de ce forum mondial.
Source : Sud Quotidien M. Badiane, vous parlez souvent de villes et d’économie urbaine. Est-ce que la lutte contre la pauvreté n’a pas abouti à noyer les autres problèmes que vous venez de soulever en enfermant la pensée urbaine sur une question résiduelle ? Alioune Badiane : Oui ! Je suis d’accord avec cela. Parce qu’il n’y a pas aujourd’hui dans la comptabilité macroéconomique, des priorités dégagées pour les villes. On parle de régions, de secteur agricole et primaire, secondaire et tertiaire. Et pourtant, les gens ne peuvent dire ce que représente Dakar comme secteur économique. Tout est là . Quand on parle de la contribution de Dakar à l’économie, on l’estime à 80%. Abidjan c’est la même chose. Ouaga aussi. On ne sait pas réellement ce qu’apporte la grande ville africaine à nos économies. Et, ceci s’explique par deux raisons : la première est que les gouvernements n’aiment pas les villes. Pour des raisons politiques d’abord, les politiques sont informés. Les villes sont dynamiques et l’on y voit ce qui se passe et leurs habitants sont des citoyens responsables qui veulent savoir où vont leurs impôts. L’Etat africain comme les pouvoirs publics en général se détournent des villes et les prennent comme étant des lieux de contestation. Et c’est là le problème politique parce que la ville manque d’intérêt pour eux. Or dans un pays comme le Sénégal cela ne devrait pas être le cas ; s’il y a eu une alternance politique dans ce pays, c’est dans les villes que cela s’est construit parce qu’il y a eu une contestation de masse, les médias et tout ce qui peut entretenir la contestation. Quels peuvent être aujourd’hui les facteurs de changements ? AB : Pour moi, il y aujourd’hui un espoir qui matérialise de plus en plus par l’intérêt que les partenaires financiers accordent au secteur urbain. Et avec la croissance du Pib qui se fait fortement, il y a des signes d’espoir. Il y a aussi des possibilités de libérer le sol rural pour avoir les rendements économiques intéressants dans chaque zone. Même dans cette crise alimentaire, ce sont les villes qui produisent le plus parce qu’il y a moins de populations dans le secteur rural. En Suède ils sont moins de 2% en Angleterre et aux Etats-Unis moins de 3% et pourtant, ce sont les grands bassins de production agricole. Pour dire que c’est une question d’organisation de la production avec la mécanisation par exemple et que ce n’est pas le nombre de bras qui comptent pour faire cela. « 60% des villes africaines sont effectivement concernées par les changements climatiques parce qu’elles sont situées sur la côte. » Il y a la dimension économique des villes, mais aussi vous avez évoqué la responsabilité des élus. Je pense que pour construire la ville, on sait maintenant comment faire et depuis quelques années, les Nations Unies comme d’autres partenaires accompagnent cette dynamique. Comment peut-on expliquer les échecs permanents ? AB : C’est question difficile. Il y a une théorie qui dit que dès la population d’un pays passe à 50% dans les villes, il y a changement constitutionnel. C’est une question de masse mais aussi d’élite. Et quand il y a des gens dans un pays qui pensent et qui poussent, ça permet d’avancer. J’ai bien aimé la méthode de Seydou Sy Sall, quand il était ministre de l’Urbanisme et de l’Aménagement du territoire. Il y avait tous les programmes dont on discute aujourd’hui, et c’est lui qui a lancé certains travaux. C’est un leadership fort. Aujourd’hui, vous avez un ministre en place qui a tout le département avec lui et qui s’en occupe très peu. On est là , on n’arrive même pas à le voir. Je crois que ce sont des moments forts (M. Badiane fait référence à la Rencontre sous-régionale des villes d’Afrique et de leurs partenaires qui a eu lieu à Dakar du 4 au 6 juin 2008) qui permettent à un Etat fort de réaliser un saut qualitatif. Et pour arriver à cet objectif, il faut éviter deux choses : vous avez une pollution urbaine ou des catastrophes naturelles. Ainsi, à la suite des inondations de l’année 2005 et de tout ce qui s’est passé à Dakar et sa banlieue, ont voit que la ville centralise l’action des gouvernements parce qu’il y a des risques qui sont là . Est-ce nous sommes obligés de jouer sur ces deux situations, sans faire les oiseaux de mauvaises augures, de faire ce qu’il faut pour les résoudre. Pour moi, je crois que l’Afrique est à 37-38% d’urbanisation et c’est vrai que les 2/3 de la population sont encore des ruraux. Mais, il va falloir progresser, surtout développer le sens de l’anticipation par rapport à des enjeux. Le pire, ce serait d’attendre. C’est la raison pour laquelle nous sommes assez contents des efforts en cours dans la ville de Dakar et la région de Dakar. Mais, il ne faut pas seulement s’arrêter ici à Dakar. J’aurais souhaité que les investissements en infrastructures, soient plus présents sur tout l’axe ouest du pays à Saint-Louis, Dakar, Kaolack, Ziguinchor. Ce qui permettrait d’avoir un étalement du tissu urbain et qu’on ait la possibilité d’éviter une grande concentration autour de la capitale. Aujourd’hui, sur Dakar, on eu un très grand espoir sur la plate-forme de Diamniadio. Nous avions dit « ça y est, ça va permettre à Dakar de respirer avec la multiplication des pôles qui vont diffuser les flux du trafic et d’avoir une urbanisation un peu plus réfléchie. » Malheureusement, il y a eu un couac. Mais, nous espérons encore que les gens vont tenir le cap. Et que les bonnes idées seront bien gardées. Parce que par exemple l’idée d’un nouvel aéroport à Diass, elle restera toujours bonne et d’actualité. Tout comme le déplacement de certaines casernes de l’armée, de certains lycées et hôpitaux hors du centre ville de Dakar. Toutes ces décisions auront le mérite de réduire le flux sur la ville de Dakar et de le réorienter ailleurs. Vous avez parlé tantôt de Maputo (Mozambique). L’un des grands problèmes des villes africaines, est que toutes les grandes agglomérations sont implantées sur le littoral en bordure de mer. Quel peut être l’avenir de ces espaces ? AB : 60% des villes africaines sont effectivement concernées par les changements climatiques parce qu’elles sont situées sur la côte. Cela risque de poser des problèmes graves si des mesures énergiques ne sont pas prises. Mais pourquoi, il n’y a pas encore une concertation africaine sur la question ? AB : On y pense. On a d’ailleurs, mis en place un réseau qui s’appelle International cities on climate change (ICCC) qui est spécialement ouverte sur cette problématique environnementale. Nous sommes en train de préparer un rapport à ce propos un document destiné à faire l’état des villes en Afrique. Le rapport va sortir au mois de septembre prochain (l’interview a été réalisée le 5 juin 2008). Et cet aspect des changements climatiques sera abordé très fortement. Nous allons aborder aussi la question des régions en terme de conurbation surtout. C’est-à -dire toute la région de Lagos jusqu’à Accra et Abidjan. Aussi, nous nous pencherons sur les grands réseaux avec des exemples comme le Caire et Alexandrie en Egypte ; encore avec Johannesburg et Pretoria qui sont de grands espaces (Mega apple regions) qui portent sur 10 millions d’habitants qu’il faut gérer aujourd’hui. Pour dire que le changement climatique et la ville reste une question importante même si on parle de 50 à 100 ans. Donc, toutes ces zones au niveau Dakar et sa région (Rufisque), si elles ne changent pas de situation, soient emportées. « L’idée d’un nouvel aéroport à Diass, elle restera toujours bonne et d’actualité » On parle de gouvernance urbaine de plus en plus, mais qui gouverne aujourd’hui les villes et les citoyens ? Surtout quand on prend l’exemple du Sénégal et de Dakar. Finalement, est-ce que tout cela ne finit pas par vous traumatiser avec les échecs répétés des maires ? AB : ça me traumatise et ça me hante dans la mesure où nous avons très peu d’élus locaux, d’hommes et de femmes capables de donner des réponses satisfaisantes à la question que vous posez. On dirait que c’est un jeu politique seulement pour avoir une position et non pas pour être des leaders politiques engagés qui comprennent ces enjeux et qui se battent. Ce n’est peut-être pas encore l’excellence, mais vous avez une dame comme Ngoné Ndoye (maire de Rufisque ouest), très engagée et qui sait ce qu’elle veut. Nous sommes entrain de travailler avec elle pour l’encadrer et la porter encore plus haut. Elle est absolument pointue et elle sait là où elle veut aller. Et nous avons mis des programmes de formation qui, pour moi, sur le plan de la maîtrise des concepts du travail foncier et dans le but de faire comprendre ce que c’est le business local, constitue des ressources importantes à mobiliser. Je crois que les leaders politiques au Sénégal sont restés au stade de la politique politicienne. Et ça c’est un problème. Or au sein d’Onu-Habitat, nous avons développé des modules de formation destinés aux élus locaux, de même que des stratégies qui permettent de gérer le développement économique local. Toutes choses qu’on pense pouvoir partager avec les nouveaux élus pour améliorer la gouvernance urbaine. Nous travaillons aussi avec des partenaires au niveau des Nations Unies d’ailleurs, pour développer des outils sur le plan de la gestion de l’environnement, les finances locales etc. Tout cela, nous le faisons pour permettre aux élus d’aujourd’hui et de demain, d’être mieux armés et de devenir des capitaines d’industries solides. En Afrique du sud par exemple, les élus municipaux recrutent des gens qui ont une capacité managériale et leur signent des contrats pour permettre de fixer des objectifs et d’orienter le dialogue municipal avec les populations. Mais, pour le Sénégal, on note qu’il y a un certain repli et nous espérons que le maire de Dakar, Pape Diop, qui a fait beaucoup d’efforts sur le plan de l’éclairage public, a pour mission de mieux se concentrer sur l’économie locale. Il nous dira, j’ai fait le nouveau marché « Les quatre C », mais ce n’est pas cela la base économique. C’est autour d’une dynamique de développement qu’il faut agir. Nous voici arrivés à la question inévitable du leadership municipal. Quel est le profil du bon maire pour les grandes villes africaines ? AB : Il faut avant tout des gens qui ont une envie, qui sont jeunes ou plus ou moins jeunes, et capables de « driver » l’économie locale. Tout cela en s’appuyant sur les groupes du business, les chambres de commerce, les réseaux entre villes (Dakar, Bamako, Abidjan etc.) et travailler ensemble. Aujourd’hui, autant au plan mondial, il est difficile de travailler et de se bonifier seul au plan local. Vous dites cela, mais je me rappelle lors du dernier Forum mondial urbain mondial (Fum III) qui s’est tenu en juin 2006 à Vancouver, les villes africaines ont presque brillé par leur manque de projet urbain d’envergure. On a entendu que les Ong et la Société civile. Que va dire l’Afrique au quatrième forum de Nanjing en Chine ? AB : Nous sommes entrain pour l’Afrique de nous préparer cette fois. Mansour Tall du bureau d’Onu Habitat au Sénégal et au Cap-vert, m’a fait part de la réunion de Dakar qui devrait lancer le Forum urbain sénégalais qui devrait être un levier local. Nous sommes entrain aussi de proposer la réunion des ministres africains de l’habitat et du développement urbain qui tiendra à Abuja et qui devrait être aussi une plate-forme de proposition le message de l’Afrique à Nanjing. On n’a pu le faire à Vancouver. Mais, ici, il faudra le faire parce qu’il s’agira d’un message fort de l’Afrique et surtout de l’Afrique des villes qui devrait aussi s’organiser parce que les municipalités sont les moteurs du développement urbain et les Etats ne devraient pas être que des facilitateurs. Malheureusement, comme on l’a dit, tout à l’heure, les municipalités ne sont pas encore prêtes à accompagner. Et je crois que le forum de Dakar permettra de préparer le sommet de Nanjing avec les partenaires privés, les autorités locales, les organisations de la société civile, les médias pour trouver une structure bien organisée qui va à Nanjing avec les propositions claires, des idées qui rencontrent le point de vue des uns et des autres et qui revient pour dire voilà ce qui est sorti de Nanjing et voilà comment nous pouvons en profiter en tant que Sénégalais. Et, sachez aujourd’hui que la Chine est un partenaire africain très fort. Je suis sûr qu’à la sortie de Nanjing, on pourrait développer des actions avec ce pays. Dimanche 19 Octobre 2008 - 15:48
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