Le lancement du Festival, qui s’est fait hier à Rufisque, a permis à certains professionnels du cinéma sénégalais de poser certaines difficultés du cinéma sénégalais. Des professionnels comme Moussa Sène Absa et Clarence Delgado étaient à côté de l’auteur de « TGV », dans une conférence de presse pour parler des maux qui assaillent leur secteur. Fraichement revenu de Cannes où son long métrage « Les Pirogues » vient d’être sélectionné, Moussa Touré, même s’il refuse de « parler de crise mais de demi-crise », a demandé aux pouvoirs publics de revoir les films étrangers, diffusés par notre télévision nationale au détriment des productions locales. Il faut, a-t-il fait remarquer, que « l’Etat encourage l’expertise locale en diffusant les films locaux ». Pour son collègue Moussa Sène Absa, « on ne peut pas faire du cinéma quand il n’y a pas de salles de cinéma. La deuxième chose, on ne peut pas faire du cinéma s’il n’y a pas des fonds d’accompagnement pour le cinéma. Troisièmement, on ne peut pas faire du cinéma s’il n’y a pas de formation. Ce sont les trois écueils de notre cinéma ». Outre ces griefs, Moussa Sène se désole du fait que : « nos télévisions africaines privilégient les télés novelas, au grand dam des productions locales, tout simplement, parce que ces épisodes se vendent à bas prix ». La solution, selon lui, c’est de dire : « nos télévisions ont une responsabilité sociale et qu’elles peuvent montrer une autre société beaucoup plus regardante sur les valeurs fondamentales de notre culture, si elles produisent une série qui parle de Aline Sitoé Diatta, ou de Lat Dior ou de Maba Diakhou Ba, ou de Batling Siki par exemple, elles réussiraient à ramener nos valeurs traditionnelles dans la modernité, et pousser la jeunesse à un autre regard, à une autre forme de fierté. Cela n’a pas de prix ». Même remarque pour le cinéaste Carence Delgado, qui dira : « les films qui passent à notre télévision nationale, souffrent plutôt d’un manque de rigueur et de professionnalisme ». Le festival « Moussa Invite », qui se tient, grâce à la coopération espagnole, a lieu cette année encore, au village de Mbao. Le thème de cette année qui est « le baobab », va permettre à des jeunes, formés durant les précédents festivals, de faire découvrir au grand public, leurs productions basées sur cet arbre totémique de notre pays. Et pendant une dizaine de jours, le village de Mbao sera le lieu de convergence de jeunes cinéastes, comédiens et musiciens du Sénégal. Le Ministre de la Culture et du Tourisme, Youssou Ndour, parrain de cette édition, est d’ailleurs attendu durant ce festival.
Djiby GUISSE
REWMI QUOTIDIEN