Diagnostiquant les sept mois de pouvoir de Macky, Ousmane Kane dira : « je suis un peu sur ma faim. On a parlé de rupture et cela ne se sent trop encore. Au niveau de Kanel où j’évolue, il y a encore beaucoup d’actes à poser. Nous attendons encore. Je vais juste donner, en guise d’illustration, les phosphates de Ndindory qui sont exploitées par des personnes étrangères. Mon avis, aussi humble soit-il, est que les populations locales devaient en bénéficier. A cela, s’ajoutent les problèmes d’eau, de santé et d’éducation. Pourtant, cela pouvait émaner de l’exploitation des phosphates, si, naturellement, nous étions impliqués dans la gestion. Il y a aussi que la jeunesse du pays mérite une certaine confiance du Président. Elle a sa place dans le gouvernement ». M. Kane pense que c’est la région de Matam qui a reçu un coup dur dans l’élection de Macky Sall.
« Nous avons voté à plus de 80% pour Macky Sall. On nous taxait de vote ethnique et je pense que c’est cette raison précise qui fait peur à Macky. Il a peur, je pèse bien mes mots, de nommer un de ses parents peuls que nous sommes, pour ne pas subir la même chose. Il y a un lobbying au niveau du palais qui s’oppose à notre nomination, du fait de notre appartenance à la même ethnie que le président de la République », regrette-t-il, reprochant à Abdoulaye Saly Sall d’être au cœur de cette cabale. « Abdoulaye Sally Sall est derrière tout ça. Il ne représente absolument rien. Avec Kalidou Kébé, il est allé jusqu’ en Afrique centrale pour faire des choses, mais ils savent qu’à Matam, ils ne valent absolument rien. A part Arona Dia, Il n’y a pas quelqu’un qui puisse nous égaler dans ce secteur. Macky doit faire attention. Ceux qui pèsent à Matam sont lésés et je lui demande de recadrer Abdoulaye Sall qui est en train de diviser le parti », a-t-il précisé.
Wade avait-il raison ?
De 5 ministres et des Dg sous Wade, cette partie nord du pays se retrouve, sous Macky, avec un seul ministre. Le natif de Ndindory, dans le département de Kanel, informe qu’ils avaient affronté quatre à six parlementaires et deux directeurs de société, sans compter les ministres. « C’est pourquoi, nous ne méritons pas ce qui arrive actuellement. La tradition à Matam était de ne pas voter contre le pouvoir et nous l’avons ôté de l’esprit de la population. Juste pour dire que nous avons fait un travail colossal et ce, avec nos propres moyens. Nous sommes, pour la plupart, des cadres qui ne comptons pas vivre simplement de la politique et j’avoue que c’est précisément pour ça qu’on a gagné chez nous avec la manière », a-t-il tenu à rappeler, restant convaincu que Matam ne doit pas être lésé, par crainte d’accusation de nomination ethniciste. « La route Linguère Matam mérite d’être réhabilitée. Les phosphates doivent nous profiter. Wade avait pris une décision ferme avec Hydro-Québec, qu’il en fasse autant. Nous sommes de tout cœur avec les autres régions du pays mais, Matam a ses ressources qui doivent lui profiter », arguera Ousmane Kane, appelant le Président à poser des actes en tenant compte des gens qui ont eu confiance en lui. Dans toutes les régions, il y a des frustrations et cela risque de se généraliser. Aussi, M. Kane plaide-t-il les hommes qu’il faut à la place qu’il faut, pour que la rupture tant chantée soit une réalité et non un vain mot.
Yandé Diop et Sambou Biagui
REWMI QUOTIDIEN