Accueil / ECONOMIE / Hadnan Houdrouge, un libano-sénégalais qui pèse 450 millions d’euros par an

Hadnan Houdrouge, un libano-sénégalais qui pèse 450 millions d’euros par an

Score est devenu Casino en se payant au passage un nouveau look qui le rend flambant neuf. Le nouveau magasin sera inauguré aujourd’hui, jeudi 24 mai. Cependant quels sont les Sénégalais qui savent que le géant de la distribution sénégalaise est la propriété du groupe Mercure international basé à Monaco et propriété d’un… Sénégalais d’origine libanaise, citoyen monégasque, Adnan Houdrouge ? Très peu assurément, tant l’homme est discret. Pourtant c’est en 1995, tout juste après la dévaluation qu’il a racheté des mains de Scoa, tous les Scores d’Afrique. Mercure international, son groupe pèse un chiffre d’affaires annuel de 450 millions d’euros. A la veille de l’inauguration du relookage de ses magasins qui sont aujourd’hui en partenarial avec le grouve Ravi qui a le label Casino entre autres, Adnan Houdrouge qui dit investir dans son pays d’adoption, le Sénégal par amour de la patrie, compte y développer plusieurs autres affaires. Il s’est prêté à nos questions.

Source : Sudonline
Pourquoi le Sénégal ?

Le Sénégal c’est d’abord mon pays d’adoption. Ma famille est installée au Sénégal depuis 1904, donc elle est devenue sénégalaise. J’ai vu le jour ici, j’y ai fait mes études primaires et secondaires. Je suis un Sénégalais de cœur et de nationalité. Il est vrai que j’ai quitté le Sénégal depuis 1986 pour m’installer à Monaco où j’ai créé mon entreprise. J’y ai démarré à zéro pour arriver à bâtir aujourd’hui ce groupe : « Mercure international » né le 4 février 1986. Comme beaucoup de Sénégalais, j’ai immigré tout simplement pour réussir. Nous sommes les ambassadeurs de notre pays à l’étranger. C’est notre pays et nous en portons l’amour de façon indélébile. Donc tout ce que je fais dans ce pays n’est pas forcément pour de l’argent, mais plutôt parce que je l’aime. Je suis installé donc à Monaco, il y a de cela maintenant 21 ans, j’y ai créé toute pièce mon entreprise. Celle-ci rayonne aujourd’hui sur une quinzaine de pays dans le monde, notamment en Afrique, sur l’Europe, sur l’Océan Indien et dans les Caraïbes.

Mercure international s’installe donc au Sénégal par le biais des magasins Scores qui deviennent Casino. Pourquoi et depuis quand avez-vous racheté les magasins Score ? Combien pèse en outre Mercure international ?

Mon groupe a racheté les magasins Score en 1995, juste après la dévaluation du Franc Cfa du 4 janvier1994, quand tout le monde craignait de voire l’Afrique de la zone Cfa déstabilisée. Cela remonte déjà à 12 ans. Oui, je suis un homme très discret. Donc, ramant à contre courrant, j’ai racheté et investi en Afrique. C’est après ma tournée Africaine qui m’a conduit en Côte d’Ivoire et au Sénégal pour ne citer que ces deux pays, que je me suis lancé à fond. Certes, il faut le préciser : j’y avais auparavant des affaires, mais elles de moindres importances. Donc je me suis dit après la dévaluation que c’était le moment de revenir en Afrique quand tout le monde a peur. J’ai donc racheté les magasins Score, la grande distribution alimentaire au groupe Scoa. Tous les Scores d’Afrique. Mercure international a un chiffre d’affaire entre 450 à 480 millions d’euros. Faites la conversion en Fcfa ! Il rayonne sur plus de 15 pays dans le monde et emploie plus de 4500 personnes.

Pourquoi Score devient aujourd’hui Casino pour un investissement de combien ?

Simplement parce que nous avons opéré un rapprochement avec le groupe Ravi qui gère les « Casinos », « Leader-price » etc. Nous avons donc avec ce groupe un partenariat qui nous permet d’être un « Master franchise ». C’est –à-dire même si nous restons une enseigne indépendante, nous avons la possibilité de jouir de son savoir-faire. Il s’y ajoute aujourd’hui qu’il est difficile si l’on veut s’étendre de ne pas s’attacher les services d’un grand groupe. Si nous restons donc « capitalistiquement » et à 100% un groupe indépendant, nous bénéficions de son savoir-faire commercial. Maintenant en ce qui concerne votre seconde question, à pied levé il m’est certes difficile de vous donner comme ça un chiffre, mais je puis vous assurer que c’est beaucoup d’argent. Un magasin comme celui dont les travaux d’agrandissements et de restauration vont être inaugurés le jeudi 24 mai prochain (l’entretien a eu lieu le mardi dernier Ndlr), va chercher dans les 700 millions de Fcfa d’investissement. Nos investissements à Dakar se chiffrent à des milliards de Fcfa. Nous avons remis à plat l’entreprise de sorte à offrir une meilleure qualité de service et des emplois tout en suscitant de la création de richesse avec les effets induits pour l’Etat avec la Tva et les charges sociales entre autres. Il faut dire aussi que nous voulons moderniser la distribution au Sénégal. Le fait que, nous sommes passé Casino a également comme effet immédiat, une tarification compétitive. Tous nos prix ont baissé et les clients s’en rendent compte.

Peut-on s’attendre à voir Casino rayonner sur l’étendue du territoire national ?

C’est là notre deuxième objectif. Il s’y ajoute le fait que comme nous sommes « Master franchise », nous avons la possibilité de fournir à des commerçants indépendants ou à des Sénégalais qui veulent ouvrir leurs épiceries en respectant la charte de l’enseigne, par exemple à Kaolack, à Ziguinchor le label de sorte à offrir aux consommateurs le label, le savoir faire du Casino que ce soit Géant ou petit Casino.

Avez-vous d’autres projets au Sénégal ?

Absolument. J’ai deux autres projets dont je peux vous parler de l’un qui est un projet d’un centre commercial aux Almadies sous peu, dans les quinze jours à venir. Ce sera un gros investissement. Le Sénégal est un trait d’union à jouer entre l’Afrique et le reste du monde. Il a un capital humain important.

On apprend par ailleurs, que vous êtes devenu citoyen monégasque. Comment conciliez-vous vos deux nationalités ?

Oui. Je suis devenu citoyen monégasque tout comme je suis citoyen sénégalais. Il n’y a aucun problème là-dessus. Je suis sénégalais parce que ce pays m’a adopté, a adopté ma famille. Je suis devenu citoyen monégasque parce que le Prince Rainier m’a décoré de la Croix Saint Charles pour service rendu à Monaco, dans la foulée il m’a donné la nationalité monégasque. Je suis donc un Sénégalais qui a réussi à Monaco. C’est à l’honneur de mon pays.

Vous n’êtes pas seulement dans l’agro-alimentaire, on parle également de l’équipement sportif avec les magasins City-sport. Qu’en est-il ?

Oui, notre groupe s’occupe également d’équipement sportif. Il faut dire que déjà quand j’étais ici au Sénégal, je m’activais dans le sport. Cela remonte à 1970. Beaucoup de Sénégalais me connaissent dans cette activité. J’y compte plusieurs amis, notamment, le président Lamine Diack, Malick Sy Souris… Dans les milieux du football, notamment à la Jeanne d’Arc, au Jaraaf, l’Us Gorée etc., ainsi que dans les semaines régionaux. J’ai grandi dans les milieux du sport sénégalais. C’est un ami d’enfance, Alfred Diatta pour ne pas le nommer, que j’ai perdu de vue depuis longtemps qui m’a aiguillonné dans le milieu sportif sénégalais. J’ai eu la chance de rencontrer un jour en ces temps-là, le patron d’Adidas qui m’a eu à la bonne. J’ai organisé pour lui l’accueil des délégations africaines et leur participation aux Jeux olympiques de Munich de 1974. J’ai travaillé beaucoup avec sa marque Adidas. En 1980, j’ai créé mon premier magasin sportif à Nice en France en 1986, je me suis installé à Monaco. J’ai aujourd’hui un partenariat avec toutes les grandes marques du sport que ce soit Adidas, Nike, Pumas etc.

Restons dans l’air de jeu : on parle d’une professionnalisation du football sénégalais. Peut-on voir dans ce cadre, M. Houdrouge être le patron d’un club sénégalais et lequel vous intéresserait ?

Cela est du domaine du possible. Il se trouve simplement que mes obligations professionnelles aujourd’hui me laissent très peu de temps. Je suis entre deux avions quasiment tout le temps, visitant le monde. Ma dernière visite à Dakar remonte à un an et demi, non pas parce que je n’ai pas envie de venir, mais tout simplement parce que les activités de mon groupe qui sont planétaires m’en empêchent le plus souvent. Participer dans la vie d’un club sénégalais pourquoi pas ? Mais avec des gens actifs autour forcément. Car j’ai toute une autre idée de la fonction d’un président d’un club. Pour moi, il n’est là que pour donner les grandes orientations, il faut qu’il dispose d’une équipe fonctionnelle qui travaille au quotidien et qui est dévouée au club tout en étant composée de salariés.

Que pensez-vous de l’idée en soi ?

Pourquoi pas ? Mais je pense que l’on ne pourra pas faire l’économie dans ce domaine d’une table ronde qui regrouperait les dirigeants et les partenaires stratégiques ciblés. Il faut que l’on sache où ils veulent mener le football sénégalais. Il n’est pas facile aujourd’hui de gérer les clubs de foot. On s’en rend compte en voyant ce qui se passe dans des clubs européens comme Chelsea, Madrid ou Barça. En France, il est difficile pour un grand club d’y être bénéficiaire, excepté certainement Lyon avec mon ami Holas, qui lui est arrivé à faire de sorte que Lyon soit rentable et a une bonne cotation boursière.


À voir aussi

Budget 2019: Amadou Ba pèse 245 milliards

Le  budget du Ministère de l’Economie et des Finances et du Plan pour l’année 2019 …

Douane: Le Sénégal et la Gambie unissent leurs forces

La neuvième rencontre bilatérale entre les administrations des Douanes du Sénégal et de la Gambie …