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Harouna Dia : L'homme fort du régimele Vendredi 31 Août 2012 à 18:05 | Lu 3082 fois
Il n’est ni Premier ministre, ni président de l’Assemblée nationale, encore moins ministre-conseiller ou conseiller spécial. Pourtant Harouna Dia est véritablement l’homme fort du régime, après Macky Sall, bien sûr. De l’influence, du pouvoir et du fric à revendre. Le Pays au quotidien a suivi à la trace cet homme coffre-fort, du fond de son Fouta natal (Windou Bosséabé) à Dakar en passant par Ouagadougou la capitale Burkinabè.
A Windou Bosséabé, hameau perdu et anonyme dans le Nord du Sénégal, sur le point d’être rendu célèbre par la montée en puissance de Harouna Dia, ils ont en commun la conscience de s’inscrire dans une filiation de pasteurs et de paysans pauvres mais entreprenants, têtus mais capable de diplomatie, secrets mais ouverts. Chez eux, la grandeur, c’est la simplicité. Harouna Dia est exactement cela. Visage vaguement familier, apparitions éphémères, silhouette entraperçue et vite estompée. Cet ingénieur hydraulicien de 58 ans, sorti major de sa promotion à l’Université Polytechnique de Toulouse, a vendu du sel, de l’eau, des plantes et du poisson pour devenir, aujourd’hui, mieux disant-financier. Fiscalement domicilié à Ouagadougou, capitale « des hommes intègres », son parcours est celui d'un homme qui n’a jamais raté un rendez-vous avec lui-même. Riche et prospère, connu et respecté par les autorités burkinabè, sa devise comme affirme ses employés est : « bien faire ce qu’il a à faire », comme disent de lui les burkinabè. Ce mécène qui cherche toujours un projet porteur, une affaire florissante a jalousement gardé sa sensibilité du milieu malgré sa trajectoire (française, américaine, tchadienne et burkinabè) qui le tient éloigné du pays natal. Ces actions sociales lui ont valu le pseudo de Baba Copré [monsieur argent, en Hal pulaar] dans son village natal. Parfaitement aussi bien à l’aise dans un hôtel cinq étoiles que dans une case en bois, il cultive la discrétion mais laisse dire et faire. On aurait déjà pu le sortir de l’anonymat quand il a participé à la réélection de Wade en 2007. Cinq ans plus tard, les Sénégalais découvriront auprès de Macky Sall. Baba Copré est resté fidèle à ses vieilles habitudes, taiseux et généreux. Dans son Fouta natal, son nom est évoqué dans tous les débats.
Tête ovale A Windou Bosséabé, bourgade située au fond de Ourossogui, Baba Copré passe son temps sur les terrains de chasse. Dans sa prime jeunesse, déjà, il apprend à choisir son angle de tir et à ne pas rater sa cible. On dit de lui, d’ailleurs, qu’il n’a jamais raté un rendez-vous avec la chance. Lutin, gai luron, Harouna Dia a toujours mené des activités différentes de celles de sa génération. Au moment où ses camarades de promotion prenaient le thé et jouaient sur les terrains vagues, lui partait à la chasse et à la cueillette avec les chiens du quartier. Il passait toute la journée dans la brousse à la recherche d’écureuils. «Je le battais souvent pour ses bêtises, fait savoir son père, El Hadji Moussa Dia. Il se présentait très sale à la maison, il ressemblait toujours à un petit vagabond». Amadou Ganguel, son ami d’enfance, poursuit: «La chasse, c’était son activité préférée. Il venait prendre mes chiens pour aller en brousse. A part les études, il s’adonnait peu aux jeux et loisirs des enfants de son âge». Son défaut : caractériel, égoïste et maladivement susceptible. C’est donc naturellement que ses amis savaient par où le titiller : les moqueries, le bizutage et les coups fourrés. Résultat, il retroussait ses manches et invitait les forts en gueule à un pugilat où tous les coups sont permis. Dans leurs discussions, Gankel ne ratait pas une occasion pour railler son ami. «On l’appelait selle de vélo, se souvient-il, parce qu’il avait la tête ovale.» Seydou Bâ rappelle le nom en hal pulaar, avant d’éclater de rire. Harouna Dia se battait quotidiennement avec ses camarades. «Il s’énervait très vite, mais il oubliait aussi très vite ces histoires, parce qu’il avait un bon cœur», minimise Gankel. Dans leur histoire de jeunesse, Gankel se souvient aussi d’un incident qui leur est arrivé dans la brousse de Windou. «Un jour, on s’est entêté à suivre un de ses oncles. Un truc bizarre et brillant, dont je ne sais pas le nom en Wolof, est sorti de nulle part et pour enduire tout le corps de Harouna. Il pleurait et je me moquais de lui. Il s’est fâché et m’a transmis la chose. On a rebroussé chemin en courant et en pleurant. Nos cris ont attiré l’attention de la mère de Seydou (leur ami d’enfance, Ndlr) qui est venue à notre secours. Tout le monde se moquait de nous», sourit l’ami. Un bélier à l’instit’ pour qu’il quitte l’école En 1960, l’école française ouvre ses portes dans les pas perdus de Windou Bosséabé. La même année, Harouna, alors âgé de six ans, est inscrit à l’école des Blancs. Dès son premier cours, le môme montre de bonnes prédispositions. Ce qui est plutôt flatteur. Alassane Ndom, qui a partagé la même classe, se souvient de ces moments. «Harouna n’était pas un élève comme les autres. Au premier cours, il savait déjà lire et écrire ce que le maître écrivait au tableau. C’était lui et un certain Doumel, aujourd’hui rappelé à Dieu, qui savaient lire une lettre, dès la première année. Il était un élève très concentré dans ses cahiers. L’enseignant l’aimait beaucoup.» Mais, ses signes révélateurs ont failli être brisés par ses parents qui étaient contre l’éducation française. Issu d’une ethnie hal Pulaar très attachée à leur tradition et à l’éducation coranique, Harouna avait pris le contre-pied de sa famille pour aller à l’école française. Sa mère Dieynaba Daouda Sow explique : «On avait confié Harouna à mon père pour qu’il lui enseigne le Coran. Un jour, mon père m’a demandé de l’envoyer à l’école française, parce qu’il croyait qu’il pouvait réussir en étudiant. J’ai refusé parce qu’en ce moment, on croyait que l’école française était un lieu de déperdition. Finalement, c’est le Sous-préfet de l’arrondissement qui a pris le registre des impôts pour inscrire tous les enfants en âge d’aller à l’école. » Une décision qui suscite l’ire de ses parents. Ces derniers ne restent pas les bras croisés. Ils usent de toutes les voies possibles pour récupérer leur enfant et l’envoyer au Daara. A 87 ans, El Hadji Moussa Dia, le père d’Harouna, se rappelle de ses démarches pour exfiltrer son fils de l’école. «Quand il a commencé les études, j’étais en Casamance à Thionkésyl. J’étais commerçant, dit-il. Je suis revenu et j’ai été voir son instituteur, un certain monsieur Ly. Il était tellement attaché à Harouna qu’il a voulu me donner 2000 f cfa pour que je le laisse continuer ses études. J’ai dit non. Il m’a demandé ce que je faisais dans ma vie, je lui ai dit que je suis paysan et commerçant. Il m’a dit que Harouna deviendra un homme important. Je l’ai laissé continuer ses études.» Toujours premier de sa classe, les brillants résultats font d’Harouna, l’orgueil de l’école. Après l’affectation de ce pédagogue, ses parents tentent encore de le faire sortir de l’école française. Mais cette fois, c’est sa mère qui s’en mêle. «Quand Ly fut affecté, je croyais que j’avais une chance pour convaincre son remplaçant, un certain Ndoye. Je suis venu à trois reprises et la dernière fois, j’ai amené un grand bélier pour le corrompre. Monsieur Ndoye m’a menacé de m’amener à la sous-préfecture. C’est ce jour-là que je me suis résolu à le laisser continuer ses études. Mais avant, je cachais ses fournitures pour qu’il n’aille pas à l’école. Un jour, l’instituteur est venu à la maison pour voir pourquoi Harouna était absent. Je lui ai dit qu’il était malade et Harouna a réagi en disant : ‘’je ne suis pas malade monsieur, je me porte bien’’», fait savoir Dieynaba Sow. Sa réussite dans les études fait aujourd’hui la fierté de ses parents qui avaient une aversion de l’école. «Si c’était à refaire aujourd’hui, c’est moi qui allais récompenser son instituteur, pour qu’il le garde à l’école, car il a pu allier les études coranique et française», s’émeut El hadj Moussa Dia. Esprit créatif et révolutionnaire Dans sa vie, Harouna Dia a toujours aimé se démarquer de Dans son village natal, ses amis d’enfance se souviennent toujours de ses pensées originales. L’idée d’investir dans sa petite bourgade l’a animé dès son plus jeune âge. Etant un jeune étudiant, il crée une association de jeunes nommée Union fait la force pour participer au développement de Windou Bosséabé. «Quand il a créé l’association, il a acheté un tissu vert qu’il a coupé en petits morceaux qui servaient de cartes de membre. Il a appelé tout le monde pour aller chercher des piquets pour entourer le cimetière qui était nu en ce moment», lance Ounaré Coumé, une amie d’enfance. Des propos confirmés par Hamidou Gankel Ndiaye. « Harouna a toujours eu un esprit créatif, il est très malin, remarque-t-il. Quand on était petit, lorsqu’on allait dans la brousse pour chercher du bois, il trouvait les moyens pour avoir le meilleur tas pour sa mère. Beaucoup de choses ont été réalisées dans ce village sous sa houlette, alors qu’il était très jeune.» Même si Harouna est ouvert et humble, il n’est pas homme qui se laisse faire. «Il est très sympathique, mais si tu dépasses les bornes, il réagit», lance son père. Il n’est pas belliqueux, mais il n’aime pas l’injustice. Au village, il se battait toujours avec les gens beaucoup plus âgés que lui. «C’est la raison qui me poussait à le corriger, parce que je ne voulais pas le voir pleurer, il aimait faire justice même devant ses aînés», informe sa mère. L’aîné de la famille Dia a très tôt eu l’esprit révolutionnaire, ce qui l’a toujours poussé à prendre le chemin opposé au politicien avant qu’il entre dans les affaires. «Il a toujours détesté l’injuste. Harouna n’est pas un politicien, c’est un révolutionnaire, lâche Seydou Bâ. Je suis même surpris de le voir s’activer dans ce milieu. Quand il créait l’association, c’était pour affronter les politiciens de notre localité qui mettaient à leur compte les aides qu’on leur donnait pour le village.» Marié d’abord avec une burkinabè décédée, il épouse en seconde noce, Fatou Bâ avec qui, il a deux enfants. Baba Copré est lui-même l’aîné d’une fratrie de huit enfants. Son épouse, « véritable tête chercheuse » ne voit pas d’un bon œil, ses fréquents départs de Ouagadougou pour Dakar. En tant que femme, elle a des réactions de femme… Le Pays au Quotidien Vendredi 31 Août 2012 - 18:05
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