L’Afrique au-delà du miroir de Boubacar Boris Diop : Feu sur la négrophobie !

le Lundi 25 Juin 2007 à 15:35 | Lu 1673 fois


«L’image que les médias donnent de l’Afrique ne correspond en aucune façon à la réalité. Elle vise surtout à faire honte à chaque Nègre de sa mémoire et de son identité. Ce n’est pas acceptable et la prise de parole est un impératif moral pour tous ceux qui ont la possibilité de se faire entendre (...)

Source: Le Quotidien


L’Afrique au-delà du miroir de Boubacar Boris Diop : Feu sur la négrophobie !
On a parfois l’impression, en lisant et en écoutant les racistes - nombre d’entre eux ne sont même plus conscients de l’être -, que le monde n’a jamais été aussi paisible, que toutes les nations de la terre sont aujourd’hui dirigées par des hommes justes et purs, et que notre continent est le seul où sévissent la corruption et la misère. Chacun en oublie la poutre qu’il a dans l’œil pour gloser doctement sur la brindille qu’il croit avoir aperçue dans le vôtre (...).»

Ces quelques lignes, tirées de l’introduction au nouvel essai de l’écrivain sénégalais Boubacar Boris Diop - l’Afrique au-delà du miroir -, ont le mérite d’être limpides et de poser, sans ambages, le problème. Celui de l’image spéculaire biaisée que les médias occidentaux, essentiellement, reflètent du continent africain, pour le compte d’une certaine négrophobie aujourd’hui triomphante.

Ainsi, guerres ethniques ou civiles, famines, Sida ou paludisme, putsches interminables etc., constituent, si souvent, l’actualité dans les grands médias internationaux, à chaque fois que l’Afrique y est évoquée.

Et par dessus le marché, le continent africain y est présenté indistinctement, dans son ensemble, comme s’il n’était qu’une seule et même entité, or «la seule République démocratique du Congo est plus grande que toute l’Europe de l’Ouest», fait remarquer Boris Diop.

Est-ce tout cet amalgame innocent ? «Evidemment, non ! répond l’écrivain sénégalais Diop. On espère ainsi faire honte à chaque Nègre de sa mémoire et de son identité, ce qui n’est pas acceptable.»

Aussi, l’auteur de Kaveena (2006), s’emploie-t-il à projeter son regard au-delà du miroir et tente de déconstruire les mensonges et caricatures systématiquement identifiés à l’image de l’Afrique, au service d’un projet politique dont l’avatar le plus visible est la négrophobie triomphante.

Donc après le livre-réplique, Négrophobie, paru en juin 2005 et écrit en compagnie du regretté Verschave de l’Association Survie et Odile Tobner, veuve de l’écrivain camerounais Mongo Béti, qui répondait à Négrologie : Pourquoi l’Afrique se meurt, du journaliste franco-américain, Stephen Smith, Boubacar Boris Diop s’attaque, à nouveau, aux suppôts de cette vision dantesque que l’on aime donner de l’Afrique.

Composé de nombreux essais publiés entre 1992 et 2006, sous forme de conférences prononcées dans les universités américaines ou de contributions dans des journaux étrangers comme Le Monde diplomatique, Courrier international ou nationaux tel que, Le Quotidien, L’Afrique au-delà du miroir traite, en une deux centaines de pages, de thèmes variés.

Parmi ceux-là, le dilemme de l’écrivain coincé entre deux langues, le naufrage du Joola au Sénégal, les nouveaux flux migratoires vers l’Europe ou encore les défis culturels de la mondialisation. Cependant, le génocide des Tutsis au Rwanda par les milices Hutus du Front patriotique rwandais (Fpr) en 1994 et qui fit officiellement 1 million de morts environ en une centaine de jours, y occupe une large place.

Pour l’auteur de Murambi, le livre des ossements (2000), inspiré de la même tragédie suite à un voyage au Rwanda, en compagnie d’intellectuels et artistes africains, la négation de l’ampleur du génocide où les responsabilités des puissances occidentales et, singulièrement, de la France de Mitterrand ont été clairement établies par des commissions d’enquête internationales, est, une fois de plus, emblématique de cette volonté de réduire le continent à une entité en proie à la folie meurtrière des Africains.

Ainsi, la coupable passivité de l’Onu, analyse Boubacar Boris Diop, se comprend dans une certaine mesure, car «dans une Afrique perçue comme le lieu naturel de tous les désastres, les massacres au Rwanda n’étaient qu’une tragédie de plus après - ou en même temps que - celles de Somalie, d’Algérie et du Libéria».

Autre sujet sur lequel Boubacar Boris Diop s’est abondamment attardé dans L’Afrique au-delà du miroir, ce sont les rapports pour le moins heurtés, entre Senghor et Cheikh Anta Diop, deux grandes figures qui ont profondément marqué l’histoire contemporaine de la vie intellectuelle et politique du Sénégal.

Pour l’auteur de l’ouvrage, que deux figures d’une telle envergure issues des profondeurs d’une même Nation, mais dont les combats au service d’une même cause négro-africaine se soient révélés si radicalement différents dans leur approche, est exemplaire de l’ambiguité de cette Nation. Cette opposition, à l’en croire, reflète les contradictions et paradoxes de la société sénégalaise.

Si pour l’auteur, après avoir fait ressortir les points sur lesquels Senghor et Cheikh Anta Diop s’opposaient sur les plans intellectuel et politique, «il suffit, pour l’heure, que chacun dise sa nette préférence entre les opinions incarnées par chacun d’eux», il a, lui, pris le parti de Cheikh Anta Diop.

Que reste-t-il finalement de l’héritage du théoricien de la Civilisation de l’Universel et de l’auteur de Nations nègres et Culture ?

Le jugement de la lointaine postérité sera sans doute plus fiable que celui des contemporains. Mais l’avenir dure longtemps, opine l’auteur, en terminant sur la belle expression du philosophe marxiste et théoricien des appareils idéologiques d’Etat, Louis Althusser.

Ainsi, à travers L’Afrique au-delà du miroir, Boubacar Boris Diop se prononce sur tous les grands problèmes africains de l’heure et tente de démonter les mécanismes qui nourrissent l’idéologie à la mode, d’une négrophobie ambiante.


Lundi 25 Juin 2007 - 15:35


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