L’affaire du matelas imbibé de sang à Djeddah Thiaroye Kao : les pièces du puzzle sont réunies, le Major laborantin du Coud arrêté pour « meurtre par Interruption volontaire de grossesse »

le Lundi 28 Janvier 2013 à 12:33 | Lu 3086 fois


L’enquête ouverte par la police de Pikine, après la découverte d’un matelas imbibé de sang aux abords du bassin de rétention de Djeddah Thiaroye Kao (banlieue dakaroise), s’est soldée par une nouvelle arrestation. I. Traoré, laborantin officiant au Centre des œuvres universitaires de Dakar (Coud) a été arrêté et déféré au parquet. Il a reconnu avoir aidé la défunte Ndèye Diop à se débarrasser de sa grossesse, fruit de ses rapports adultérins.


L’affaire du matelas imbibé de sang à Djeddah Thiaroye Kao : les pièces du puzzle sont réunies, le Major laborantin du Coud arrêté pour « meurtre par Interruption volontaire de grossesse »
L’affaire du « matelas imbibé de sang » a finalement livré ses secrets. Les différentes pièces du puzzle ont été reconstituées par les enquêteurs de la police de Pikine qui ont procédé à l’arrestation de trois individus, sans compter l’audition d’une dizaine de personnes dont un célèbre docteur invité à se mettre à la disposition de la justice. Après la mise au frais d’un barbu présenté comme le concubin de la défunte, c’est au tour de I. Traoré de tomber dans les filets de la police de Pikine. Il est accusé de « meurtre par Interruption volontaire de grossesse ».

En décidant d’enquêter sur la mort suspecte de Ndèye Diop, les policiers de Pikine avaient déjà soupçonné un avortement. Lorsqu’ils se sont penchés sur le corps de la défunte à la morgue de la mosquée de Santa-Yallah à Pikine-Nord (banlieue dakaroise), les saignements relevés en l’absence de blessures apparentes n’ont pas échappé à la vigilance des policiers qui ont ainsi décidé d’écarter la thèse d’une mort naturelle avancée par Cheikh Ndiaye, le concubin de la défunte. Les enquêteurs n’ont alors cessé d’acculer Cheikh Ndiaye qui a fini par craquer et avouer qu’il s’agit bel et bien d’une mort survenue à la suite d’une Interruption volontaire de grossesse (Ivg). Provoqué par qui ? Là également, les enquêteurs ont fait preuve de dextérité pour arracher le nom de Ibrahima Touré à Cheikh Ndiaye qui, pour la « mémoire de sa défunte concubine », a finalement choisi de dire toute la vérité en balançant le nom de I. Traoré. Comment tout cela est arrivé ? La rencontre entre I. Traoré et la défunte Ndèye Diop remonte à l’hivernage dernier, lorsque celle-ci, soupçonnant une grossesse d’un mois des œuvres de son concubin, débarque au Laboratoire du Centre des œuvres universitaires de Dakar (Coud) où officie I. Traoré comme Major laborantin.

Comment une interruption volontaire de grossesse a mené le Major du Coud en prison

Lorsqu’elle fait part au Major laborantin de sa volonté de se débarrasser de sa grossesse, l’homme à la blouse blanche lui oppose un refus poli, mais net. Hélas, le laborantin était loin de se douter que c’était une question d’honneur pour cette dame mariée, enceinte des œuvres de son concubin. Cette grossesse n’était vraiment pas la bienvenue. Trois mois plus tard, la voilà qui débarque à nouveau dans le labo. Cette fois, elle affiche une mine triste, se tord de douleurs et supplie avec insistance le laborantin. Une stratégie (vraie ou simulée) qui fait mouche au point que le laborantin installe la dame sur une chaise et lui fait une injection de deux ampoules. Au terme de l’opération, avant que la dame ne quitte le labo, I. Traoré la rassure et la prévient que l’expulsion du fœtus aura lieu dans quarante-huit (48) heures et qu’elle va ressentir des douleurs intenses.

C’était le jeudi 10 janvier 2013. Mais dans la nuit du samedi 12, en proie à de vives douleurs, Ndèye Diop avorte dans la chambre de son concubin à Pikine. Contrairement aux prévisions du laborantin, son état se détériore. Elle saigne beaucoup. Dépassé par les événements, son concubin alerte le laborantin au téléphone qui le supplie de ne pas l’évacuer dans une structure sanitaire au risque que l’avortement clandestin soit découvert. A la place, le laborantin, toujours accroché au téléphone, conseille au concubin de Ndèye Diop de couper le placenta après l’expulsion du fœtus. Un acte aux conséquences tragiques. Une hémorragie se déclenche. Affaiblie, la jeune dame rend l’âme. Informé, le laborantin rapplique et, en accord avec le concubin, tente de maquiller le décès de Ndèye Diop en une mort naturelle, en transportant le corps à la morgue de la mosquée de Santa-Yallah, à Pikine. C’était sans compter sur la police de Pikine qui a fini par faire la lumière sur cette affaire. Le concubin, Cheikh Ndiaye, le laborantin du Coud, I. Traoré et A.A. Sow l’ami qui a aidé à se débarrasser du matelas ont tous été arrêtés, puis déférés au parquet. Le premier est poursuivi pour « complicité d’Interruption volontaire de grossesse, non-assistance à personne en danger et destruction et dissimulation de preuves sur une scène de crime », le deuxième, I. Traoré, devra répondre du « délit d’Interruption volontaire de grossesse, du crime de meurtre par Interruption volontaire de grossesse et destruction de preuves sur une scène de crime », alors que le troisième, A.A. Sow, qui a aidé à se débarrasser du matelas, va s’expliquer sur le délit de « dissimulation de preuve ».

S. Niang, époux de Ndèye Diop : « Je dépose une plainte contre ceux qui ont aidé ma femme à avorter »

C’est un époux meurtri qui a quitté son village pour s’informer des circonstances de la mort de son épouse. Ce n’est qu’après son arrivée à Pikine que S. Niang a appris que son épouse, à qui il avait accordé l’autorisation de venir à Dakar pour soigner « son fibrome », est décédée après avoir tenté d’interrompre une grossesse, fruit de relations adultérines. Choqué, l’époux reconnait toutefois qu’il avait nourri des soupçons à l’endroit de sa femme : « Ces derniers temps, lorsqu’elle est revenue au village après une longue absence, elle est restée chez sa mère, au lieu de rejoindre le domicile conjugal. Et au bout de quelques jours, elle est retournée à Pikine dans la banlieue de Dakar, sans rien me dire. Du fait que cette grossesse est adultérine et qu’elle est morte à la suite d’un avortement clandestin provoqué par des tiers, je dépose une plainte contre ces individus », dit l’époux.

L’Observateur

Lundi 28 Janvier 2013 - 12:33



1.Posté par narou le 28/01/2013 14:33
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2.Posté par sarah le 28/01/2013 22:37
A quand la loi sur l'interruption volontairede grossesse dans dans des cas dramatiques?

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