Depuis 2007, la branche ougandaise du PAM a diminué ses importations de denrées alimentaires, notamment en provenance des Etats-Unis, l'un des principaux contributeurs de l'agence onusienne. Et elle a décidé de privilégier l'achat sur place de céréales, dynamisant ainsi le marché ougandais et les revenus des paysans.
La raison est avant tout économique.
Le PAM importe toujours du maïs américain, mais l'augmentation combinée des coûts d'acheminement maritime, en raison de l'envolée des prix du pétrole, et des denrées alimentaires elles-mêmes a conduit l'agence onusienne à se tourner vers les producteurs locaux.
"Le PAM a sauvé les fermiers", lance Paul Masaba, qui cultive du maïs, des pommes de terre, du blé et du café à Kapchorwa, bourg niché au pied du Mont Elgon, dans l'est du pays.
"A présent, nous avons des débouchés tout trouvés et des prix honnêtes", se félicite le producteur. Paul Masaba espère vendre 300 sacs de maïs au PAM cette saison pour un peu moins de un million de shillings ougandais (environ 700 dollars ou 470 euros).
Avant de rejoindre l'Association commerciale des fermiers de Kapchorwa et d'accéder par ce biais à un contrat avec le PAM, M. Masaba travaillait "à perte", en raison notamment de débouchés insuffisants et de faibles rendements.
Profitant d'un marché intérieur morose et de l'absence de prix fixés, des "intermédiaires" achetaient les récoltes à prix bradés avant de les revendre à des exportateurs avec une marge très confortable, expliquent plusieurs exploitants à l'AFP.
"Maintenant, nous avons des prix corrects", se félicite l'une de ses petits exploitants, Grace Cheberen. "Avant, notre maïs n'avait pas de prix", raconte-t-elle.
Les habitants de la région lui achetaient son maïs à la hauteur de leurs moyens, dérisoires. Souvent à la moitié du prix de production.
"Je suis contente que ma production ait pris de la valeur et de pouvoir payer les frais de scolarité de mes enfants", explique Grace, qui a investi une partie des 2.100 dollars (1.400 euros) gagnés en 2007 avec le PAM dans la construction d'un magasin en dur.
Lydia Wamala, porte-parole du PAM pour l'Ouganda, explique que la branche ougandaise de l'agence a toujours essayé d'acheter environ la moitié de ses produits sur le continent, mais ce pourcentage est passé à 65% en 2007.
"C'est une tendance de plus en plus prononcée que d'acheter la nourriture auprès des exploitants africains au lieu de l'importer", affirme-t-elle.
L'agence envisage aussi un partenariat avec la Fondation Bill et Melinda Gates (organisme privé) pour augmenter ses commandes auprès de petites coopératives du continent africain.
L'embellie pourrait toutefois être de courte durée pour les paysans ougandais. Les prix des denrées alimentaires n'ont pas été les seuls à augmenter: ceux des engrais, des semences et du gasoil ont explosé et commencent à se faire sentir sur les coûts de production.
Ainsi, la vice-présidente de l'association commerciale des fermiers de Kapchorwa, Joyce Banan, estime que les prix d'achat du PAM "ne sont pas assez (élevés) pour les exploitants".
Les fermiers ougandais assurent néanmoins que leur collaboration avec l'agence onusienne les a incités à mieux s'organiser et à mieux défendre leurs prix de vente sur le marché local.
"Les fermiers survivaient à peine avant (...). A présent, je peux faire entendre ma voix et dire: +voilà le prix que je demande pour mon maïs+", conclut Mme Banan.