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MADA BA : «Si je disais tout ce que j’ai vécu au Super Diamono…» « Pourquoi je ne remercierais pas la 2STV ?»

L’artiste musicienne et compositrice Mada Bâ et non moins auteur du tube à succès « My Baby » nous raconte son parcours exceptionnel auprès de plus grands groupes des années 90 à Dakar, la Bande à Ouza, le Lemzo Diamono et enfin le Super Diamono du grand Omar Péne. Mais derrière ces souvenirs heureux se cachent aussi des moments d’amertume. Mada raconte ici aussi pourquoi elle en veut à la 2S Tv, la Télévision de El hadj Ndiaye.

Mada Bâ votre nom est évoque en nous le souvenir d’un passé glorieux dans la musique sénégalaise…

Oui vous savez, j’ai connu de grands succès, j’ai été dans des grands groupes comme le Super Diamono, le Lemzo Diamono et aussi avec Père Ouza. J’ai vraiment vécu une époque magnifique.

Mais votre succès s’arrête donc au Sénégal, vous n’étiez pas connu à l’étranger ?

C’est en Europe que j’ai le plus de succès au contraire, plus d’ouverture. Là-bas les mélomanes approuvent ma musique plus qu’ici. Je vais vous dire une chose : Si j’étais une personne versatile qui n’aime pas sa patrie, je serais restée en Europe parce que je n’ai jamais, lors de mes nombreux voyages, regretté d’être allé en Europe. Des fois même, j’y vais sur l’invitation d’un autre artiste, mais j’ai plus de succès là-bas que lui-même, et je gagne plus que quand je suis au Sénégal. Mais comme je n’ai que mon pays, je me contente de cela et de rendre grâce à Dieu pour ce qu’il m’a donné jusqu’à présent.

Donc votre épanouissement artistique vous le sentez plus en Europe qu’au Sénégal ?

Bien sûr, là-bas quand je vais dans le cadre d’une manifestation l’on m’offre plus que l’on me devait pour ma prestation, des millions, et ce ne sont pas seulement les Sénégalais de là-bas qui le font, il y a les Gambiens etc. Vous savez le succès que peut rencontrer un Sénégalais dans son pays ou à l’étranger n’est pas pareil, il y a beaucoup de débouchés possibles dans l’art, des artistes sont bien appréciés ici alors que là-bas ils ne le sont pas et je sais ce que je dis, j’ai beaucoup voyagé et l’on se rencontre là-bas entre artistes. Et puis il faut savoir que j’ai voyagé très tôt, j’ai vécu trois mois en Suède et j’ai effectué plein de déplacements dans les autres pays Européens. C’est ce qui a contribué à mon succès là-bas.

Mais parlez-nous de votre passage dans les différents groupes que vous avez fréquentés.

Vous savez, je parlerais en premier du groupe de Ouza, ce dernier m’a beaucoup aidé. Parce qu’un artiste, on ne le crée pas c’est plutôt Dieu qui décide de ce qu’adviendra une personne ou une autre. Mais il vous met en rapport avec des êtres humains qui vous orientent sur une voie ou une autre et c’est ce que Ouza et sa femme ont fait de moi. On habitait dans le même quartier et il m’aimait comme sa propre fille et m’a conduit vers ce qu’il pensait être le mieux pour moi, c’est à dire la musique. J’ai été à son école, j’ai repris là-bas les chansons de grands artistes que je ne connaissais même pas parce que j’étais jeune à cette époque. Bien que mon passage fut bref chez Père Ouza, je sens toujours que le bagage musical que j’ai acquis, c’est grâce à lui. Je ne pourrais jamais le remercier ainsi que sa femme, ils m’ont encouragé jusqu’à ce que la musique devienne ma voie aujourd’hui.

Mais comme rien n’est acquis éternellement j’au du quitter le groupe de Ouza pour autre chose. Mais on se parle au téléphone et je participe à ses spectacles et lui aussi, en retour me demande de l’appeler au besoin pour qu’il me rende la pièce de ma monnaie lors de mes spectacles. Après Ouza, j’ai pris du recul, je me suis contentée d’écrire des textes et j’ai senti à cette période que des gens s’intéressaient à ce que je faisais. Je suis donc par la suite allée au Lemzo Diaomono en 1993 et là-bas j’ai effectué des tournées internationales magnifiques, on a beaucoup voyagé. Puis j’ai quitté le groupe pour le Super Diamono ou j’ai été de 1995 à 2003. Je pourrais dire que j’ai beaucoup appris là-bas mais je leur ai beaucoup apporté aussi, j’ai trouvé des aînés dans le groupe. Mais quand j’ai quitté le groupe 8 ans après je n’ai plus ressenti l’envie d’intégrer un autre groupe. J’ai préféré attendre la décision divine parce que mes projets étaient en ce moment de travailler pour mon propre compte et de créer mon groupe. Dieu merci cela a pu se faire.

Mais pourquoi ne vouliez-vous pas intégrez un autre groupe après le Super Diamono, était ce par dépit, vous vous êtes sentie poussée vers la sortie au Super Diamono ?

Je ne dirais pas cela, mais vous savez, quelques fois, il est bon pour une personne d’aller voir ailleurs. Il y a des compagnonnages qui sont naturels et des séparations qui le sont aussi. Je ne me suis disputé avec personne là-bas, mais quand j’ai intégré le groupe c’est parce qu’on m’avait appelé. Mais à un moment donné, j’ai senti que je ne faisais plus partie de cette famille que le groupe constituait. On ne me faisait plus part des spectacles à faire et j’étais frustrée dans ma chair, mais je peux avouer que je respectais malgré cela chacun dans le groupe, je m’en suis remis à Dieu et j’ai préféré rester chez moi pour travailler à mon propre compte et je n’envie personne. Le moment que Dieu a choisi pour que je lance mon groupe est arrivé, je l’ai fait et voilà.

Ont-ils raison, ceux qui laissent entendre qu’il existait des questions de jalousie entre vous et quelques membres du groupe ?

(Rires) Non, je vous assure qu’il n’y avait aucun problème (elle se répète), personne ne pourra aujourd’hui venir devant vous et vous dire que j’ai eu des problèmes avec Mada Bâ. Je vous ai expliqué plus haut que c’était naturellement que la séparation s’est faite, seulement puisque je n’étais plus informée des programmes du groupe comme on le faisait auparavant, je me suis sentie comme toute personne piétinée dans ma dignité et je suis restée à ma place. J’ai fait plus de 8 ans au Super diamono, je peux dire que j’ai grandi dans ce groupe, on a fait des tournées partout. Le temps que j’ai consacré au Super Diamono je ne l’ai même pas vécu avec ma famille. Je pense donc que cela signifiait quelque chose d’affectif que je ressente un tel amour pour le groupe. Mais après la sortie de «My Baby» des comportements ont changé à mon égard, et je trouve que ce sont des choses qui arrivent. Je n’ai pas dramatisé la situation, j’ai préféré me retirer naturellement et attendre autre chose. Ceux qui ont participé a ma formation, si j’ai pu les quitter alors je savais que quitter un autre groupe n’était pas impossible. Seulement j’ai laissé des choses bien au Super Diamono, j’y ai laissé mon empreinte qui est restée même quand j’ai quitté le groupe. Je pence que je ne suis pas une personne envieuse de ce que les autres possèdent. Une personne envieuse ne resterait jamais pendant huit années dans un groupe rien que pour assurer les chœurs…

On dirait que les femmes sont souvent sujettes à des trahisons dans la musique… Pour rappel, une autre choriste du Super Diamono Mame Diarra avait été elle aussi évincée dans des circonstances pareilles ?

Ce n’est pas seulement dans le domaine de la musique, c’est difficile partout pour les femmes. Si vous avez reçu une bonne éducation et que vous aspirez à faire de la musique ce sera difficile. Si vous êtes une mère de famille avec des enfants et que vous voulez faire de la musique, seul Dieu pourra vous venir en aide. Chaque matin, on est confrontées à des difficultés et c’est à des hommes que l’on les soumet parce qu’ils détiennent un quelconque monopole, mais il se trouve que beaucoup d’entre eux veulent en retour «quelque chose». Ils n’essaient pas de se dire que «cette femme n’a besoin que d’aide», ils essaient, au contraire de nous mettre des bâtons dans les roues… Tout cela dans le cœur d’une personne contribue à nourrir une rage, mais je me dis quand même que le seul juge est Dieu, alors j’attends ce qu’il me réserve. C’est pourquoi on dit que le showbiz est plus difficile chez les femmes. Pour autant je ne dirais pas qu’une femme mariée ne doit pas fréquenter le showbiz mais si c’est vu sous cet angle alors la musique est mauvaise. Alors je sais que ces difficile chez les femmes et pourtant ma philosophie est «de ne pas de tout dire», parce que Dieu est au courant de tout et nous conseille de savoir persévérer dans le travail, avoir de la dignité.

Personnellement avez vous vécu ces déboires que vous évoquez ?

La musique, vous savez si vous avez l’éducation qu’il faut, ne représente aucun danger. Si vous avez la foi rien ne pourra vous ébranler. Mes amis me demandent souvent de rapporter dans les journaux les mauvais coups que l’on veut me faire subir, mais je leur rétorque toujours que savoir tout et le dire n’est pas la meilleure façon de résoudre ses problèmes. Dieu seul peut vous donner la foi et la force de résiste. A force de dire tout ce que l’on a sur le cœur les mauvaises langues finiront par vous dénigrer vous-même, alors je préfère me taire sur tout cela.

Parlez-nous de vos projets actuels…

J’ai mis en place un groupe que j’ai appelé «Xam bathia groupe», un nom qui demande aux personnes de persévérer quelle que soit la situation. Je travaille à sa consolidation avec tous les membres. Mais aussi, ce nom est celui d’un de mes titres que j’ai déjà chanté auparavant. Parce que vous savez, une personne digne ne doit pas s’épancher n’importe où, dire n’importe quoi. Tout ce que je sais, tout ce que j’ai vécu si je le disais dans ce journal ce serait trop grave. Mais il y a des choses qu’il faudrait cependant ne pas taire, qu’il faut dire. Mais l’essentiel est que les fans me demandaient souvent de former ce groupe, ils se désolaient que je sois encore à jouer ce rôle de choriste parce qu’ils croyaient en mon talent. Mais j’ai préféré ramer doucement pour arriver à ce niveau. Je n’affirmerais pas avoir tout ce dont j’ai besoin mais il faut dire que je me ne plains pas. On a fait un grand concert à l’occasion du lancement du groupe le 7 Août dernier avec beaucoup de succès, on a fait du live de 21 heures à 2 heures du matin et le public est resté fidèle tout le moment du concert. Cela a eu lieu au terminus «Liberté 5». Vous savez, c’est mon fief là-bas, j’y ai grandi. Mais je compte quand même faire des tournées dans tous les quartiers de Dakar et progressivement vers l’intérieur du pays.

Et qu’en est-il de votre prochaine production ?

Elle est sur une bonne voie. Dans la rue je rencontre des personnes qui me demandent pourquoi je tarde à sortir ma cassette, ils sont nostalgiques et j’en suis fière. J’ai l’habitude de dire que je n’ai pas de fans, que j’ai des amis plutôt parce qu’ils me soutiennent. Je dirais que c’est grâce à eux que je persévère. La cassette, en tout cas, c’est pour bientôt. Des artistes ont envie de faire des duos avec moi, j’écoute mon entourage par rapport à ça et après j’aviserais.

Quels ont été vos plus grands succès ?

(Sourire) «Ndeyssane», des succès, j’en ai eu plusieurs, mais ceux qui m’ont le plus manqué furent d’abord une soirée que j’ai tenue avec Ouza à Rufisque. On m’a offert des cadeaux prestigieux. Je dirais même que j’étais surprise par tous cela parce j’étais encore un enfant et je n’avais pas l’habitude de tenir ces grosses sommes d’argent. À Paris, lors de ma première prestation a l’extérieur, j’étais ébloui par autant de monde qui était venu nous écouter. Et puis je n’avais pas l’habitude de sortir la nuit alors ces premières expériences m’ont beaucoup marquée. Le titre «My baby», plein de gens me demandaient de venir l’interpréter et cela jusqu’à Tambacounda. C’est pour cette raison que je ne pourrais jamais ne pas remercier toutes les personnes qui m’ont aidé dans ma carrière. Surtout les télévisions et leurs Directeurs, Babacar Diagne, Sidy Lamine Niass, Ben Bass Diagne et même Canal Info ou encore récemment Youssou Ndour.

Et la 2S Tv de El Hadj Ndiaye ?

Non je ne remercierais pas la 2S Tv parce que cette télévision a censuré mes clips. Ils ne passent pas mes clips et je ne sais pour quelles raisons. En tout cas les meilleurs des hommes sur terres, personne n’a pu avoir une illustration de leurs visages (le Prophète Mohamed, Serigne Touba etc.) et pourtant ils sont jusqu’à présent aimés et adulés, donc personne ne pourra jamais rien contre la destinée que Dieu me réserve.

Mamadou DIOUF


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