Connectez-vous S'inscrire

Maguèye KASSE, commissaire général de Dak’art 2008 : ‘Il y a nécessité de revenir à une Biennale des Arts et des Lettres’

le Mercredi 12 Mars 2008 à 14:09 | Lu 4525 fois

Accueil Accueil    Envoyer à un ami Envoyer à un ami    Version imprimable Version imprimable    Partager Partager


Maguèye KASSE, commissaire général de Dak’art 2008 : ‘Il y a nécessité de revenir à une Biennale des Arts et des Lettres’
Commissaire général de la huitième Biennale de l’art africain contemporain de Dakar (du 9 mai au 9 juin 2008), Maguèye Kassé a présidé le comité de sélection qui a publié vendredi la liste des artistes retenus pour l’exposition internationale et le salon du design. Il revient dans cet entretien sur les critères de sélection et l’orientation que devrait prendre le Dak’art. Il prône le retour à la conception première de la manifestation.


Source : Walfadjri

Wal Fadjri : La liste des artistes sélectionnés pour l’exposition internationale et le salon du design de Dak’art 2008 est connue, quelle est sa particularité par rapport aux précédentes sélections ?



Wal Fadjri : La liste des artistes sélectionnés pour l’exposition internationale et le salon du design de Dak’art 2008 est connue, quelle est sa particularité par rapport aux précédentes sélections ?
Maguèye KASSE : Nous avons examiné 317 dossiers de candidatures en provenance de toute l’Afrique et de sa diaspora. A partir des œuvres que nous avons reçues, nous avons sélectionné 35 artistes de 17 pays pour l’exposition internationale, et nous avons retenu 13 créateurs pour le salon du design. L’Afrique n’est pas mal représentée, même si nous n’avons pas eu tout ce que nous aurions souhaité avoir.
Wal Fadjri : Dans ce lot, quelle part occupent les artistes sénégalais ?
Maguèye KASSE : Le Sénégal est bien représenté parce que sur 35 artistes sélectionnés, dix viennent du Sénégal. Et ce sont des noms assez intéressants à voir. Si vous jetez un coup d’œil à la sélection, vous verrez que le Sénégal ne s’en tire pas si mal que cela, c’est le pays le plus représenté. Après le Sénégal, vient le Cameroun avec cinq artistes, puis l’Afrique du Sud avec quatre artistes, l’Egypte avec trois artistes, la diaspora avec trois, le Burkina avec deux, et les autres pays sélectionnés sont représentés par un seul artiste.
Wal Fadjri : Cette sélection a-t-elle été guidée par le souci de représentativité des différentes régions géographiques de l’Afrique ?
Maguèye KASSE : Nous n’avons pas sélectionné tous les pays, mais toutes les régions d’Afrique. Et si les œuvres ne nous semblaient pas aller dans le sens d’une sélection, nous ne les avons pas retenues. Néanmoins, le continent au sud du Sahara est bien représenté avec le Sénégal, le Togo, le Cameroun, le Nigeria. L’Afrique du Nord y figure également puisqu’il y a la Tunisie, le Maroc. L’Afrique centrale est aussi bien représentée, puisque nous avons la République démocratique du Congo. L’Afrique de l’Est est moins représentée, nous n’avons pas jugé nécessaire de faire des choix sur ces pays. Mais en gros, on peut dire que l’Afrique est bien représentée. L’Océan indien n’est pas présent dans l’exposition internationale, mais nous avons retenu le Madagascar pour le salon du design, ce qui n’est pas une mauvaise chose. L’Afrique du Nord revient avec la Tunisie pour le design. Donc, on peut dire qu’on a respecté un des principes de travail du Commissaire général qui préside la commission de sélection : c’est-à-dire de veiller à une bonne représentation de l’Afrique et de la diaspora. Les œuvres venues de la diaspora sont au nombre de trois dans l’exposition internationale. Donc, on a quand même réussi, malgré tout, à faire représenter l’Afrique dans sa diversité du Nord au Sud.
Wal Fadjri : Quels ont été les critères de sélection ?
Maguèye KASSE : Ce sont les critères que nous retenons d’habitude : les critères de qualité, d’actualité des œuvres. Car les œuvres produites dans les années précédentes, de 2002 jusqu’en 2006, ne pouvaient pas forcément nous intéresser. Si les œuvres ont été déjà présentées ailleurs, elles ne pouvaient pas non plus retenir notre attention. Nous avons privilégié les œuvres de 2007 en particulier, des créations récentes et qui traduisent aussi les préoccupations qui sont celles de tous les amateurs d’art et de tous les spécialistes, des critiques d’art également : c’est-à-dire l’originalité dans la démarche esthétique, la créativité, la démarche de création, et le fait que ces œuvres reflètent les préoccupations qui sont celles d’un continent comme l’Afrique. N’oublions pas que c’est la Biennale des Arts ! Dak’art est une Biennale qui est certes domicilié au Sénégal, mais sa projection englobe l’ensemble du continent africain, sans oublier la diaspora.
Wal Fadjri : Le nombre réduit d’artistes sélectionnés par rapport aux éditions précédentes pousse à se demander si cela n’est pas dû au budget que l’on dit en baisse cette année ?
Maguèye KASSE : Est-ce que le nombre d’artistes sélectionnés dépend du budget ? Non. Le nombre d’artistes sélectionnés dépend de la qualité des œuvres présentées. Je crois que nous sommes dans une moyenne comparable à celle des années précédentes. Nous avons quand même reçu 317 dossiers de candidature. Nous n’avons pas sélectionné en tenant en compte du budget à dépenser pour le transfert des œuvres de ses artistes - un budget que j’ignore du reste.
Wal Fadjri : Le comité que vous dirigez a-t-il retenu un thème pour la sélection des œuvres ?
Maguèye KASSE : Nous n’avons pas envoyé le thème aux artistes, et je le regrette beaucoup. Mais nous avons bien une thématique pour la Biennale de cette année, qui est : ‘L’Afrique : miroir?’ Donc, nous avons retenu des œuvres dans lesquelles apparaît, de façon relativement nette, la problématique du miroir. Il y a des aspects très intéressants relatifs au miroir : l’aspect de l’Afrique, les interrogations autour du continent, le rôle et la place de l’art africain dans le monde contemporain. Il y a d’autres préoccupations qui rejoignent celles d’un art africain, qui soit aussi à l’écoute des préoccupations de notre continent : il s’agit des questions d’identité, de développement, etc.
Wal Fadjri : La sélection a-t-elle tenu à représenter aussi toutes les disciplines artistiques ?
Maguèye KASSE : Toutes les disciplines ont été prises en compte. Puisque nous avons dans la sélection, la sculpture, les toiles donc la peinture, les installations, la photographie, la vidéo. Ce qui représente autant de domaines très riches. L’acception que l’on a traditionnellement de l’art est bien représentée, de même que les arts numériques, avec la vidéo. Je crois que, de ce point de vue, on peut dire que nous avons satisfait les attentes pour une représentation équilibrée de ces différents mouvements dans l’art contemporain.
Wal Fadjri : L’art numérique était très présent lors de la dernière Biennale. Quelle part occupe-t-il dans cette sélection ?
Maguèye KASSE : Il faudrait s’entendre sur les arts numériques. Il y a tout un débat autour des arts numériques. Je crois que si l’on prend la vidéo, par exemple, nous avons des œuvres très fortes qui font ressortir des thèmes porteurs d’interrogations, de questionnements et des réflexions positives pour sortir des impasses. Mais, je pense qu’il faudrait d’abord vider la réflexion autour des arts numériques.
Wal Fadjri : Les jeunes artistes se plaignent d’être souvent laissés en rade par la sélection officielle de la Biennale, quelle place leur est-il accordé cette année ?
Maguèye KASSE : Je pense qu’ils ont eu une part intéressante, mais c’est toujours relatif (…) La Biennale doit être l’affaire de l’ensemble des artistes parce que si elle ne permet pas aux jeunes talents de s’exprimer et de le faire véritablement, elle aura perdu une de ses missions, qui est aussi la promotion de l’art sénégalais. Mais promotion ne veut pas dire promotion sélective ; mais promotion sur la qualité, la rigueur, et sur des critères objectifs sur lesquels il ne peut y avoir de contestation. Je crois qu’également, vu les fonctions qui m’ont été confiées dans le laps de temps dans lequel va se tenir cette édition, il était très difficile de pouvoir faire une rétrospective de ce qui a été présenté auparavant, les discussions que cela a générées, des réponses possibles qui ont été apportées, etc. Venant d’un milieu relativement extérieur à l’organisation interne de la Biennale et à son déroulement, je ne peux me faire que l’écho de certaines préoccupations, qui devaient, à mon avis, être prises en compte.
Wal Fadjri : Et quelles sont ces préoccupations ?
Maguèye KASSE : En plus de celle des jeunes, il y a la préoccupation d’intégrer davantage la Biennale dans son milieu naturel. Il me semble qu’il a également la nécessité de revenir à la conception première de la Biennale. Qu’elle ne soit pas seulement une Biennale des Arts mais qu’elle soit une Biennale des Arts et des Lettres. Pourquoi pas ? Il me semble que c’est une préoccupation qui devrait davantage mériter d’attention. D’autre part, il faudrait que l’on sente plus la Biennale dans le mouvement, dans les pulsions à la fois de Dakar et du reste du pays. Certes, il y a eu dans le passé des tentatives d’associer les régions à la manifestation, il me semble que c’est une direction que l’on devrait creuser davantage. L’art ne peut pas être quelque chose d’élitiste, réservé à une minorité, encore moins à une caste. Je crois que la Biennale des Arts de Dakar devrait faire davantage place à plus d’initiatives, et englober davantage de ressources disponibles, mais qui ont le sentiment d’en être exclues.

Mercredi 12 Mars 2008 - 14:09




Dans la même rubrique
< >

Jeudi 31 Décembre 2009 - 00:00 le monument de la renaissance africaine

Mercredi 21 Janvier 2009 - 00:00 capacitation de nos animateurs culturels