Mahmout Saleh sur les Chantiers de Thiès : «Il faut libérer le pays de cette pressionartificielle»
Dans un contexte volatile marqué par un regain de forme d'une opposition qui, Assises nationales en bandoulière, est revenue sur les barricades, Mahmout Saleh, le leader du Nouveau parti et compagnon de route des libéraux, sort de son silence pour pratiquement riposter. Sous la forme d'une proposition d'un Gouvernement d'unité et de rassemblement pour affronter la «crise importée» qui frappe le Sénégal. Sur l'affaire des «Chantiers de Thiès», il estime que «la justice devra se déterminer dans les délais les plus courts pour libérer le pays de cette pression artificielle».
Source : Le Populaire Qu'est-ce qui explique votre long mutisme ? Je n'ai pas jugé utile, ces derniers temps, d'élever la voix, parce que rien de particulier ne se déroulait dans le pays. J'ai pour principe de parler quand je juge que ça peut être utile au pays. J'écarte l'idée de parler pour témoigner d'une présence qui n'a aucun intérêt. Le pouvoir actuel a-t-il vraiment le sens des priorités, quand il consacre des centaines de milliards à des infrastructures à Dakar, au lieu d'affronter carrément la pauvreté, notamment dans le monde rural ? Je crois que la priorité, c'est d'abord d'aider à ce qu'il y ait une compréhension commune de tous les acteurs politiques et sociaux de la situation. Avoir une compréhension commune de la situation, c'est concevoir en commun la démarche qui sied pour sortir le Sénégal de cette situation-là. Il vrai que l'on peut discuter d'une série de priorités définies par le gouvernement. Est-ce les bonnes priorités pour le pays ? Est-ce qu'il était plus utile pour le pays d'investir des centaines de milliards d'infrastructures à Dakar ou d'affecter cet argent à d'autres secteurs qui déterminent la vie sociale de nos populations ? C'est une discussion que l'on peut avoir, entre nous. Mais, je crois que ce qui particularise la situation actuelle est que la tension est telle que discuter de ces choses-là participe plus à accentuer l'écart et la division de notre Nation. Je privilégie ce qui peut produire la cohésion des Sénégalaises et des Sénégalais, ce qui peut provoquer leur unité, par-delà leurs divergences, par-delà l'appartenance à des familles différentes, politiques, ethniques, confessionnelles. Pour ensemble comprendre que le Sénégal, dans son intégralité, fait l'objet d'agressions, le Sénégal, dans sa cohésion et son unité, est menacé, son industrie risque de s'affaisser, parce que ne disposant pas de moyens de résister. Donc, ce que j'estime être la priorité des priorités dans le Sénégal d'aujourd'hui, c'est comment faire pour atténuer les différences et les divergences. Comment faire pour unifier tous les acteurs sénégalais autour de la nécessité de défendre notre pays contre les agressions qu'il subit de l'extérieur, volontairement et involontairement. Je crois que c'est ce débat-là qui est porteur d'une dynamique unifiante dont le pays a besoin. Que prônez-vous dans cette situation-là ? J'appelle les uns et les autres à s'inscrire dans cette perspective-là, à reporter certaines contingences de politique intérieure, qui peuvent être importantes certes, mais qui le sont moins par rapport aux exigences de l'heure, la préservation du Sénégal. Une maison divisée contre elle-même ne peut pas survivre. Or, aujourd'hui, le Sénégal est divisé contre lui-même. Créons le déclic qu'il faut pour que l'opposition et la majorité puissent ensemble concevoir une voie de sortie du Sénégal de la situation où il risque de s'affaisser, au détriment de nos populations. Mon centre de priorité, aujourd'hui, est de travailler dans cette dynamique-là. Autant l'opposition que le pouvoir doivent être au niveau de la situation et assumer, chacun, en ce qui le concerne, sa part de responsabilité pour préserver les populations. Il est vrai que, ça et là, on appelle au dialogue politique, une urgence, de mon point de vue. Mais, la formulation de l'appel au dialogue politique constitue en elle-même un obstacle à l'instauration du dialogue politique. Nos amis de l'opposition, qui sont des Sénégalais à part entière et dont j'ai avec certains d'excellents rapports personnels, doivent comprendre que cela ne sert à rien de mettre un accent sur ce qui constitue les insuffisances, les travers et les tares du régime d'aujourd'hui. Mettre en exergue ces différents éléments, c'est les dresser contre toute initiative allant dans le sens de l'instauration du dialogue politique. On ne peut pas dire à quelqu'un que «tu es carent, tu es incapable, on ne peut rien attendre de toi, tu es sénile, tu as raté le coche, tu n'a pas la solution aux problèmes du Sénégal, mais discutons». Tu le braques, tu le dresses contre l'initiative elle-même. On ne discutera jamais dans ces conditions-là. Si tu crois à la nécessité du dialogue et que personne aujourd'hui n'a la solution à la situation, parce qu'elle ne relève pas, pour l'essentiel, d'une politique intérieure, appelle au dialogue dans la sérénité et en respectant celui que tu appelles au dialogue. Et en mettant au centre le Sénégal et les préoccupations des Sénégalais. Je suis sûr que si nos amis de l'opposition formulaient la nécessité du dialogue politique dans des termes courtois, apaisants, sereins, en respectant ceux qu'ils ont en face d'eux, quel que soit ce qu'on peut leur reprocher par ailleurs, je suis convaincu qu'on accéderait à leur demande. Mais le président Wade a fermé toutes ses portes... Le pouvoir aussi doit prendre de la hauteur, car c'est lui qui a la responsabilité de la gestion du pays. Il ne peut pas s'opposer au principe du dialogue, en invoquant des arguments qui ne se justifient pas. Encore une fois, c'est la situation et son niveau de pression sur les populations qui nous interpellent. Ce ne sont pas les individus qui parlent. Les populations n'en peuvent plus. La situation nous interpelle pour discuter, d'autant que le Sénégal ne dispose que de ressources humaines pour faire face. Nous n'avons ni les moyens financiers, ni les moyens économiques, ni les moyens industriels, ni les moyens logistiques. Nous risquons de nous affaisser. 80% des Sénégalais, l'écrasante majorité, n'ont pas les moyens de survivre à cet affaissement. Pensons à eux et partons de leurs besoins. Par conséquent, j'invite le président de la République à comprendre qu'il est investi de la mission de diriger le pays et il ne faut pas qu'il attache une importance particulière à l'appréciation qui est portée par les uns et les autres sur sa politique. C'est normal. Qu'il s'élève à la hauteur des responsabilités que le pays lui a confiées, à la hauteur de la mission qui lui est assignée par l'Histoire et qu'il prenne de la distance sur les phénomènes virtuels peu significatifs, pour prendre sur lui l'initiative historique d'ouvrir la perspective d'un dialogue politique entre tous les citoyens sénégalais, tous les partis politiques sénégalais et toutes les organisations sociales et citoyennes. Ainsi nous aurons la possibilité d'évaluer la situation que le Sénégal vit aujourd'hui. Je n'invite pas à un dialogue pour faire l'audit de l'Alternance ou pour qu'on dise : «Voilà le niveau d'échec de l'Alternance». Si tu mets ça en exergue, tu t'interdis de dialoguer. Dialoguons sur les éléments constitutifs de la situation d'aujourd'hui, c'est ça l'urgence. Nous avons le temps devant nous pour voir les autres aspects de la vie nationale. Je suis convaincu que nous pouvons ensemble arriver à la formulation qui fera en sorte que le Sénégal pourra survivre à cette situation difficile. Il nous faudra pour cela nous doter d'un instrument pour appliquer sur quoi l'on conviendra de travailler. Et un Gouvernement d'unité et de rassemblement de toute la nation sénégalaise sied à une situation pareille. Dialoguer et ne pas se donner d'instrument de réalisation de l'accord, c'est dialoguer sans issue. Le seul instrument que je vois, probablement il y en a d'autres, c'est la formation d'un Gouvernement d'unité et de rassemblement. Je ne propose pas la formation d'un gouvernement d'ouverture. Si vous dites aujourd'hui ouverture, l'opposition pensera que la majorité s'ouvre, lui fait la concession de participer à son gouvernement. Ce n'est pas la conception que je donne au gouvernement auquel j'appelle. Un Gouvernement d'unité et rassemblement serait un pas important vers l'apaisement dont le pays a besoin pour prendre en charge ses priorités. Le camp présidentiel auquel vous appartenez est en réorganisation, êtes-vous partant pour le grand parti présidentiel que certains appellent de leurs vœux ? Il faut reconnaître que le Pds est le pilier du dispositif politique de la majorité d'aujourd'hui. Et que sa situation n'est pas reluisante. Il a de moins en moins prise sur le réel et les populations saisissent de moins en moins ses agissements, parce qu'on ne l'attendait pas dans ce qu'il fait aujourd'hui. Il est évident que la situation du Pds n'est pas des meilleures aujourd'hui. Mais, nous nous préoccupons de son sort, parce que c'est le pilier de notre dispositif politique, aujourd'hui, nous de la majorité présidentielle. C'est un parti qui a connu beaucoup de secousses, de divisions et de séparations. De nombreux partis sont issus du Pds. Il est parfaitement légitime que le patron du Pds se préoccupe de réunifier sa famille politique, toutes tendances confondues. Je ne suis pas subjectif par rapport à aucune de ces tendances. Mais, cette démarche est différente de la démarche d'ouverture vis-à-vis d'autres partis qui n'ont pas la même histoire que le Pds et qui n'en sont pas issus. S'il s'agit pour le Pds réunifié de proposer aux partis alliés la formation d'un parti commun, chacun se déterminera en fonction de ses références. Il y a des partis, dans la majorité présidentielle, dont les références ne sont pas éloignées de celles du Pds. Il y en a d'autres dont c'est le contraire. Chacun se déterminera, quand la proposition sera formulée, parce que jusqu'à présent nous en sommes au stade des supputations et des hypothèses. Cette question n'est pas posée de façon concrète. Est-ce que vous pensez que le retour de Idrissa Seck, dont vous aviez théorisé le coup d'État rampant, dans le camp présidentiel, constitue toujours un danger pour Wade ? Je ne suis pas Dieu. J'essaie de me donner les moyens pour faire des projections en politique. Je ne sais pas ce que Idrissa Seck aura à faire ou à ne pas faire, si d'aventure il revenait auprès de Wade. Mais, je veux faire une précision : je ne suis pas né pour combattre Idrissa Seck. Nous avons partagé un combat donné. Mais, à un moment donné, j'ai constaté des actes politiques et des orientations posées qui risquaient de faire dévier l'alternance de son cours. Nous en avons dit ce que nous en avons dit, en 2002, et nous avons combattu pour le pays. S'il s'était agi d'un autre, nous l'aurions aussi combattu. Mais, cela est derrière nous. Des circonstances politiques peuvent nous réunir à Idrissa Seck. Seul Dieu sait. Il n'y a pas d'a priori. Et le dossier des «Chantiers de Thiès» dans tout cela ? On ne m'a jamais entendu parler des «Chantiers de Thiès» en termes de prévarication. Moi, mon combat avec Idrissa Seck était un combat politique. Vous ne m'entendrez jamais parler des «Chantiers de Thiès». La justice saisie devra, je le souhaite, se déterminer dans les délais les plus courts pour libérer le pays de cette pression artificielle. Le pays a d'autres préoccupations et d'autres priorités. Maintenant, il est probablement possible que des prévarications aient été commises dans d'autres secteurs, d'autres circuits. Qui sait ? À la justice sénégalaise et aux instruments, comme les inspections, d'avoir la liberté totale de fouiller partout où l'on pense qu'il y a possibilité de détournement d'un patrimoine commun. En ce moment-là, ils nous diront ce qu'il en est. C'est pourquoi je pense sincèrement qu'il est bon que les instruments légaux soient libérés de toute pression, de toute contrainte, pour que leur mission soit menée de façon efficace au profit du Sénégal. Vendredi 30 Mai 2008 - 01:52
Vendredi 30 Mai 2008 - 14:08
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