Micro-Finance - Credit Mutuel du sénégal - Audit : Les chiffres des auditeurs, les « armes » du Dg



Micro-Finance - Credit Mutuel du sénégal - Audit : Les chiffres des auditeurs, les « armes » du Dg
Le climat est toujours délétère au Crédit mutuel du Sénégal (CMS) où deux camps se sont dessinés en s’observant en chiens de faïence. La Direction générale a enclenché un mouvement de lobbying auprès des autorités alors que du côté des agents et cadres de l’Inspection générale licenciés depuis lundi dernier pour « faute lourde », l’on croit avoir le droit de leur côté. Nettali.com s’est intéressé de plus près aux dessous de cette affaire qui, visiblement, en est juste à son épilogue.

Source : Nettali


C’est un rapport circonstancié sur la gestion des immobilisations de la Direction générale du Crédit mutuel du Sénégal (CMS) qui est à l’origine du bras de fer entre une partie des inspecteurs de la boîte et la Direction. Un audit qui, il faut le dire, est une initiative de la Direction pour procéder à l’inventaire des immobilisations (mobiliers de bureaux) du Cms. L’audit a lieu dans la période du 15 novembre 2007 au 15 août 2008. Neuf (9) mois durant lesquels, l’Inspection interne passe au crible ces immobilisations du CMS pour relever dans le rapport un ensemble d’irrégularités. La Commission constituée de cinq inspecteurs soulignent des cas de biens consignés sur les soldes comptables mais non inventoriés sur les sites inspectés. En clair, sur tous les sites du CMS, les inspecteurs établissent un décalage entre les biens consignés dans les écritures comptables de la Mutuelle et l’existant. L’on évoque l’exemple de quatre salons achetés à l’unité à 3 millions 500 mille et enregistrés dans les livres comptables de la boîte mais dont les deux auraient « mystérieusement » disparu. En vérité, la liste est bien longue de biens mobiliers dont les traces physiques n’ont pas été retrouvées par les auditeurs.

Mais le plus grave, ce sont les surfacturations constatées dans les opérations d’acquisition de mobiliers en question. Ce constat est timidement enrôlé dans l’expression de « biens acquis à des prix largement au-dessus de ceux pratiqués sur le marché ». Et là, les transactions portent sur près d’un demi-milliard, exactement 480 millions de francs Cfa. Dans les détails, cinq cents (500) chaises de salle de conférence du siège ont été achetées à 300.000 francs Cfa l’unité, soit un total de 150 millions de francs Cfa, alors que le prix unitaire sur le marché, selon les investigations des auditeurs ne serait que de...100.000 francs au maximum. Soit trois fois moins que le prix déclaré et un écart de 100 millions Cfa.

Cet aspect du problème n’est pas souligné dans le rapport mais nous est reporté de sources proches des auditeurs qui relèvent clairement un gap entre la commande effectuée et les chaises de salle de conférence répertoriées. Un manquant de 59 chaises est effectivement consigné dans le rapport, ce qui représente un montant de dix-sept millions de francs Cfa. Dix (10) tables ordinateurs au prix de cinq cent mille francs Cfa l’unité ont été commandées par la Direction générale à 500000 francs l’unité alors que le prix sur le marché ne serait que...100 mille francs Cfa.

Les auditeurs consignent aussi dans leur rapport, selon nos interlocuteurs, la commande de quatre (4) armoires de six (6) battants d’une valeur de quatre (4) millions quatre cent mille et de (39) trente armoires de deux battants pour une valeur de dix sept millions deux cents (17.200.000 f Cfa) invisibles sur aucun site du Cms, note le rapport.

Analysant les marchés passés, les inspecteurs du Cms se sont particulièrement intéressés à une facture bien spéciale. Car, souligne le rapport, « en inscrivant dans la comptabilité du CMS un montant de quatre cent vingt (480 millions Cfa) sur la seule base d’une facture proforma (Ref : N012/CM/2005), il coule de source, selon les auditeurs, que « les ressources du CMS n’ont pas utilisées conformément aux règles de bonne gestion ».

Conclusion tirée par l’Inspection : les manquements de la Direction générale sont graves et une correspondance est adressée à la date du 11 janvier 2008, au Directeur administratif et financier d’alors qui se trouve être l’actuel Secrétaire général, Amadou Sow, aux fins de fournir aux inspecteurs, les explications sur ces « décalages ».

Des pressions ont-elles été exercées sur le Directeur administratif et financier (Daf) d’alors, Amadou Sow pour qu’il ne donne pas suite à l’enquête interne sur la gestion du Directeur général ? Mystère et boule de gomme. En tout cas, faute de réaction, les auditeurs saisissent directement le Conseil d’administration de la boite qui se réunit le 8 septembre dernier, sous la direction du Président Alioune Diodio Bâ, pour plancher sur cette affaire. Aucune mesure n’est prise alors que les inspecteurs s’attendaient tout bonnement au limogeage du Directeur général et de tous les autres responsables visés par le rapport. Dans les couloirs du Cms, l’on soutient que c’est parce que le Dg s’est défendu en usant de « moyens déloyaux » sans du reste qu’aucune preuve ne soit apportée à ces allégations. Sa tâche aurait été d’autant plus aisée que selon des sources proches du Cms, le Directeur général entretient avec certains membres du Conseil d’administration, des relations jugées de peu catholiques. L’on évoque à ce sujet des connivences entre la Direction générale et des membres du Ca qui vont jusqu’au recrutement de fils de ces derniers, alors qu’ils n’auraient pas le profil adéquat.... De même, on se plaît à citer le cas d’un Président de caisse à qui le Dg aurait offert un véhicule L200. Ce qui est assimilé à un abus de biens du côté des pourfendeurs du Directeur général.

Ceci explique-t-il également la bonne presse que le Directeur général a auprès de ses directeurs centraux. Mamadou Touré a en tout cas réussi à se tisser un bon cordon sécuritaire autour de sa personne. C’est en effet la quasi-totalité des directeurs centraux qui ont signé la motion de soutien à son endroit dans la crise actuelle.

Les défenseurs du Directeur général interprètent cela comme « la preuve » qu’il est "plus que compétent". Et que c’est l’homme de la situation actuelle au Cms. Sans rentrer dans les détails pour répondre aux griefs consignés dans le rapport, on se plaît à assimiler l’audit contre la gestion du Dg à une opération de règlement de comptes et de liquidation des acquis de la boîte.

Mais dans ce bras de fer qui n’en finit, les pourfendeurs du Directeur général ont plus d’un arc dans leur sac qu’ils ont beaucoup d’affaires sur la gestion du directeur général qu’ils risquent fort d’ébruiter... Eux qui disent refuser une justice à géométrie variable avec des agents licenciées et/ou emprisonnés pour avoir détourné de petites sommes d’argent comparées à celles relevées par le dernier audit du Cms.

La balle semble être dans le camp du Conseil d’administration et du Conseil de surveillance ; deux structures ayant leur mot à dire dans la gestion du CMS. La mutuelle qui a la particularité d’être une propriété des clients qui siègent dans ces instances.



           


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