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Migrations et developpement urbain : Le grand débatle Lundi 5 Janvier 2009 à 08:40 | Lu 1071 fois
« Le Sénégal des migrations, Mobilités, identités et sociétés, » L’ouvrage qui vient d’être publié par le Centre de Recherche ouest-africain (Crepos) sous la direction de Momar Coumba Diop est un peu né d’une volonté commune de la coopération italienne et de l’Organisation des Nations Unies pour les Etablissements humains, appuyé par le gouvernement du Sénégal. Parlant du phénomène des migrations, le livre cherche à donner à poser un débat de fond sur le retour possible des tous les immigrés qui le souhaitent aujourd’hui.
Source : Sud Quotidien Dans les librairies depuis quelques semaines, « le Sénégal des migrations » est un livre qui tente un premier effort d’explication et de compréhension des nouveaux phénomènes migratoires qui partent d’Afrique. Cela, depuis le moment où les jeunes fatigués d’être refoulés aux portes des ambassades occidentales du côté de Dakar, Bissau, Banjul, Conakry, jusqu’à Douala, ont décidé de braver la nature et ses intempéries, pour prendre la direction de l’Europe à bord des pirogues. Un suicide collectif connu sous l’appellation de Barsa ou Barsakh, et rendu public à travers les médias qui ont consacré du son, des images et des millions de lignes de papier au phénomène de l’immigration clandestine. Dans son approche pour le moins empreinte d’une certaine volonté d’innovation, ce livre ne s’est pas contenté de faire un sommaire descriptif du Sénégal des migrations. On pourrait conforter cette opinion à travers la lecture des différentes communications qui sont contenues en son sein. Il essaie surtout de situer tout ce mouvement dans son véritable contexte avec des esquisses de réponses pour ces milliers de gens qui vont en Occident et ne construisent aucun avenir dans leur terroir d’origine. En bravant les vagues de l’océan atlantique, les jeunes femmes et les garçons qui ont inauguré la pire des stratégies sinon de suicide, du moins de survie, ont fait émerger une nouvelle forme de rapport avec l’Europe. Le forcing. Las, d’avoir longtemps attendu dans les prisons de fortune de Ceuta et Melilla, ceux qui ont décidé un jour de franchir les murs de grillages avaient inauguré la voie maritime aux autres. De Guerre lasse, ces milliers de jeunes en rêve de partance pour l’Europe, avec l’Espagne comme première escale, ont fini par opter pour un départ plus lointain du côté des villes de Mbour, Joal, Thiaroye, Saint-Louis, Nouakchott etc. A stratégie nouvelle, réponse nouvelle semblaient se dire ces migrants d’un genre bien nouveau. Téméraires, stoïques, déterminés… Il est ainsi question dans ce livre et ses propositions, d’inverser les rapports de force en optant pour la vie et toutes les belles et utiles réalisations qui l’entourent. Cela, en lieu et place du suicide. Barsa ou Barsakh dans ce contexte ne saurait être la norme, mais encore, la fin d’une certaine idée de l’immigration qui ne saurait correspondre à la mort inutile de jeunes qui pourraient sortir de ce cauchemar des mers agitées pour investir dans le développement de leur pays. Toute la leçon du livre est là . Ces premiers points ne résument pas toute la profondeur de cet ouvrage qui explore et insiste dans certains chapitres, sur la nécessité d’une meilleure articulation entre migration et développement. Il contient, comme l’ont noté certaines contributions, « des pistes de réflexions et d’actions que les politiques, selon les propres mots de Mme Anna Kajumulo Tibajuka, pourraient exploiter en matière de gestion concertée des migrations internationales. » Une autre piste de dialogue « Le Sénégal des migrations » contient ainsi nombre de pistes d’échanges et de réflexions issues des réunions, études et concertations directes avec les populations. Ces réunions ont été également des moments importants d’échanges et de partages entre d’une part les gouvernements sénégalais et italiens, d’autre part, entre ces gouvernements, l’Organisation des Nations Unis pour les Etablissements humains, les émigrés sénégalais en Italie et même le secteur privé italien. Tous ces efforts communs ont eu pour ambition de promouvoir l’investissement des migrants sénégalais dans l’habitat et le développement urbain. Si les études de Bruno Riccio, Issa Barro et Serigne Mansour Tall ont permis de mesurer le rôle des migrants dans ce développement urbain sénégalais et le développement économique plus généralement, il faut souligner que ce livre renferme des informations essentielles sur les formes nouvelles des migrations, de même que les voies qui s’offrent à tous ceux qui cherchent d’autres pistes plus réalistes à celles plus risquées et souvent sans retour offertes par les piroguiers. Et comme ce business ne paie pas toujours, il faut explorer d’autres voies au lieu d’essayer vainement de contourner les dispositions du Frontex. Le livre donne quelques orientations pour tous ces « voyageurs » dans l’âme qui veulent partir, à tous les coûts. Mais encore, à tous ces gens oubliés dans les grandes villes du monde sans avenir et qui peuvent tenter un retour gagnant dans leur pays. Un livre-coffret Pour Momar Coumba Diop qui a assuré la coordination de ce travail, « L’Objectif visé dans cet ouvrage était en particulier d’identifier des mécanismes d’encadrement de l’épargne des migrants pour soutenir le développement de l’habitat au Sénégal. » Pour dire que tout l’enjeu de ce défi nouveau et capital qui vise à réduire aussi les possibilités de retour des immigrés chez eux. Une grande partie de l’intérêt que présente cet ouvrage est dans cet objectif qui ne manque pas d’ambition. A en croire Momar Coumba Diop, « l’intérêt du projet éditorial qui structure le contenu de ce livre, réside dans le fait qu’il complète les études menées depuis la fin des années 1980 par un groupe informel des chercheurs, et qui à la fin des années 1990, a réalisé les travaux les plus connus à travers l’appellation de « Programme de recherche Sénégal 2000 ». « Ce dont il est question ici poursuit Momar Coumba Diop, c’est en résumé, de savoir « renifler l’existence ». Entre les regrets et la résignation de certains immigrés de longue date partis dans un ailleurs qui ne donne plus grand-chose que développe Aly Tandiang, dans sa contribution et « le rêve américain des Sénégalais » expliqué par Serigne Mansour Tall, le chemin a été long pour les immigrés. Mansour Tall démontre d’ailleurs, comment à la suite de leur échec et de l’instabilité politique croissante en Afrique centrale et en Côte d’Ivoire, les émigrés (des Haal pular pour l’essentiel), ont choisi de tenter leur chance aux Etats-unis. Finalement, tous les enjeux de ce grand ouvrage sont ainsi contenus dans ce concept. Il s’agit d’une source d’inspiration pour tout Sénégalais qui veut refuser le hasard des randonnées inutiles et dangereuses à travers l’océan ; mais aussi de la quête absurde d’un nouvel eldorado. C’est aussi et surtout, un livre à lire pour tous ceux qui souhaitent aller un peu plus loin dans l’analyse d’une situation qui a débordé un moment les capacités de réactions des gouvernements sénégalais, espagnols et italiens. Le principe fou de Barsa ou Barsakh. Lundi 5 Janvier 2009 - 08:40
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