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Mouhamadou NDOYE ‘Douts’, artiste plasticien : Un témoin à l’affût

Sorti de l’Ecole nationale des Arts, Mouhamadou Ndoye ‘Douts’, 34 ans, recrée dans son œuvre l’univers chaotique des villes. Médina, le quartier où il vie et travaille, est sa principale source d’inspiration.

Quand l’envie lui prend, il circule dans les ruelles étroites de la Médina.

C’est son chaos qui l’inspire. Le désordre qui baigne la ville l’agite.

Source Walf fadjri
L’instinct fécond et créateur le surprend sur sa terrasse-atelier qui surplombe les vieilles bâtisses de la cité et la vaste étendue bleue. Entre les embruns marins et les effluves du marché Soumbédioune voisin, il dispose d’une tour idéale pour observer les grouillements, les tensions, les maladresses de la ville. Il ponte du doigt : ‘Là-bas, un pan d’immeuble s’est effondré, il y a quelques jours. Une personne est morte’.

Médina, c’est le quartier de Mohamadou Ndoye, ‘Douts’. Il habite le quartier, qui à son tour l’habite. Sa pagaille urbaine fascine l’artiste autant qu’il l’intrigue. Son rythme, ses couleurs, ses bruits se retrouvent sur presque chacune de ses toiles. L’œil attentif peut facilement dénicher dans ses œuvres les tares d’une cité indécise, prise entre une aspiration à la modernité et les avatars des habitations spontanées. On y retrouve donc pêle-mêle les anciens murs qui menacent de céder à tout moment, la pollution suffocante qui prend à la gorge, le vacarme qui plane en apesanteur, le charme colonial décrépi, les nouveaux bâtiments qui ferment l’horizon et suffisamment élevés pour êtres rentables à l’investisseur immobilier. Il y a aussi ces antennes qui semblent implorer le ciel. On devine aisément ce linge du dimanche flottant que la ménagère confie au vent. Il apparaît comme des fanions oubliés sur le toit des maisons.

La boulimie du détail est sans doute l’élément le plus frappant dans la création de Douts Ndoye. Il peint tout ce que sa mémoire a ramené de son contact avec un environnement oppressé. Friand d’accessoires du milieu, son pinceau garde cependant une force allusive qui rappelle le style des expressionnistes. Les silhouettes humaines sont volontairement suggérées par les contours flous, négligés. ‘C’est le chaos architectural qui m’intéresse’, précise l’artiste. Ce n’est que récemment que l’espèce humaine a gagné sa place dans les œuvres de Douts. Et de quelle manière ? Ses personnages restent hagards, perdus dans le désordre ambiant qui se dégage de ses toiles. L’homme y est accablé, écrasé par le maelström.

L’œuvre de Ndoye est traversée par cette relation apocalyptique entre le cadre de vie dégradant et son habitant coupable et insoucieux. Il ne ménage pas son goût pour les couleurs. ’C’est ce qui nourrit l’œil’, avance-t-il. Sans hésiter son pinceau trempe dans les teintes vives. Il cumule les couleurs frétillantes que lui offre naturellement le décor dégingandé de la Médina. Ses tonalités captivantes sont à la fois symbole de gaieté, de vie. C’est également une manière pour l’artiste pour compenser l’absence de souffle sur ses toiles. Par la magie des couleurs, Douts trouve le moyen de montrer le goût du luxe déployé, le penchant ostentatoire de ses compatriotes, soucieux d’êtres visibles et bien vus. ‘Les gens aiment, par exemple, porter du jaune, du bleu pour se distinguer. Nous sommes dans une société où il faut s’afficher. C’est presque dramatique de passer inaperçu’, constate Douts. Une démarche logique. Car le plasticien a entrepris de faire œuvre de témoignage, de commettre un boulot presque scientifique sur son époque. ‘C’est un travail de recherche que je fais. Dans quelques années quand on voudra regarder la cité, mes toiles seront là’, propose l’artiste.

Sa dernière grande réalisation présentée au musée de l’Ifan au mois de juillet dernier, affiche clairement son souci d’ancrage à son temps. Intitulée Caméléon, elle reflète les subtilités contemporaines. Saisit la versatilité des humeurs. Incorpore les tendances ‘numérisantes’. Caresse les inclinaisons au gigantisme des sociétés modernes. Elle porte également un souffle spirituel. Caméléon est œuvre protéiforme composée d’une centaine de petites toiles. Il est le résultat d’un travail de moine bénédictin où l’individu se fait collectif. Ici encore, l’artiste devient alchimiste et ne cache pas sa soif des couleurs. Eclatée, la toile est l’équivalent d’une dizaine d’expositions, clin d’œil des bandes de la mire de télévision. Empilée, l’œuvre recrée une pièce d’architecture et tient sur une colonnade colorée de 2m 50 m.

Paris le tente. La capitale française où il guette un atelier de résidence entre dans les desseins de l’artiste. C’est un autre pari encore aléatoire qui le sortira de l’ambiance tropicale des quartiers populaires. Il est arrivé adolescent à la Médina un brin déboussolé. Le cadre est très différent de son Sébikotane natal. ‘Ma famille a eu des difficultés à se loger, se souvient-il. C’est ce qui explique peut-être mon obsession pour l’urbain’.

Médina lui a permis d’éclore un talent qu’un prof attentif avait décelé chez lui. Après le Bfem, il intègre la section Arts plastique de l’école nationale des arts où il sort major en 1999.

Outre le prix ‘off’ de la dernière Biennale de Dakar, Mouhamadou Ndoye Douts est aujourd’hui l’un des rares plasticiens sénégalais qui s’honore d’avoir accroché ses œuvres au musée de Barjola (Espagne) à la biennale de la Havane, etc. A 34 ans, il a pourtant un long chemin à poursuivre.

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