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NOUVELLES FORMES DE PROSTITUTION A DAKAR : Entre « vieille chair » et partouze

La prostitution a fini d’atteindre son apogée dans la capitale. Des secteurs économiques saturés poussent beaucoup de jeune gens au chômage. Mais le plus vieux métier du monde garde encore ses portes ouvertes. Et à l’heure où des syndicalistes se battent pour la retraite à 60 ans, la prostitution recrute, même au-delà de cet âge. La population de filles et femme de joie ne cesse de gagner au terrain. Et la pratique sexuelle de ces dernières semble aussi évoluer avec la «modernité». Elles n’hésitent plus à s’adonner à la partouze. Un tour, dans la capitale sénégalaise, un samedi soir, en donne les allures.
Samedi soir, Dakar arbore un visage autre que celui des jours ordinaires. On danse. On chante. Et on se ballade malgré l’heure tardive, 1 heure du mat’. Pour les adeptes des week-ends chauds et distrayants, prêts au décollage, on commence par des verres d’alcool avant d’atterrir dans les boîtes de nuit. Et quand ils y prennent goût, certains rentabilisent le commerce des prostituées. Rentrer chez soi sans tirer un bon coup cher ces femmes de tout âge ? Impensable. Elles sont belles, bien sapées pour la plupart. Et, comme s’étonnent des passants, elles ne renvoient aucunement à des professionnelles du plus vieux métier du monde. Pourtant, elles inondent les rues de la capitale sénégalaise. Le «succès» que connaît ce travail choque presque les esprits. Pour en faire le constat, il suffit de faire un tour vers l’avenue Cheikh Anta Diop, au centre-ville ou alors aux Almadies.

A côté des jeunes, parfois mêmes adolescents sortis faire des virées nocturnes ou prendre tout simplement de la glace en s’amusant à tirer sur une cigarette, les prostituées qui ont élu leur quartier général juste devant la Poste de Fann font partie du décor de ce quartier. Ici, l’ambiance est garantie: Lieu de convergence des fêtards et autres noctambules qui s’y donnent rendez-vous tous les soirs, particulièrement les week-ends pour passer de bons moments, cette zone est dans le collimateur de la police. Les dérapages qui y sont régulièrement commis par certains habitués donnent du boulot aux limiers. Tout autour de la Poste de Fann, elles s’alignent avec aisance, guettant impatiemment de probables hommes en quête de plaisir charnel. Les unes en jupe, les autres en culotte ou en jean et parfois même en robe de soirée, ces vendeuses de sexe semblent très prisées dans cette zone. Toutefois, certaines d’entre elles sont facilement reconnaissables. À les voir, l’on arriverait à se dire que la prostitution dans ce coin de Dakar a viré à la «vieille chair». On dénombre plus de femmes matures que de jeunes filles qui s’adonnent à cette vieille pratique. Et les clients qui viennent ici marchander paraissent beaucoup plus attirés par la vieille garde. Elles se fondent parmi les plus jeunes. Leur accoutrement fait la différence à les apercevoir de loin. Car, malgré le corps épanoui, elles ne parviennent pas à cacher la vieillesse de leur carcasse. Une part du marché de ce plus vieux métier du monde leur est léguée.

Part de marché à la «vieille chair »

Juste devant la porte du Centre national de transfusion sanguine, une femme, de forte corpulence, est assise. La quarantaine révolue, habillée d’un bou¬bou anango en voile de couleur jaune, assorti d’un pagne aux rayures de la même couleur sur fond gris, cette prostituée, les cheveux tirés vers le bas par un chouchou, s’affaire de façon bizarre. Le sac noir presque entre les cuisses pour cacher son acte. Elle se gratte le sexe.

Devant le «Palace», se trouvant dans la même zone, une jeune fille flanquée d’une petite robe blanche, sur ses hauts talons, sort du lot des habituelles prostituées. Elle est enceinte. Ce qui ne l’empêche pas de faire la rue. Interpellée sur le prix à payer pour passer du temps avec elle, elle répond, d’un air banal, «juste 5 mille francs pour toi, en plus du taxi aller-retour Sinon, allons à l’hôtel le Relais, là-bas, tu donnes juste 5 mille francs ». Ici, le prix est standard. On ne tergiverse pas. Sauf augmentation volontaire de la part du client, il ne varie pas. «C’est 5 mille francs Cfa le prix normal pour une partie de plaisir.»

Environs 3 h du mat’ au centre-ville. Le calme est plat. Hormis quelques mendiants en chaise roulante, aperçus derrière le centre culturel français en train de faire le décompte de leur gain du jour, seules quelques personnes marchent encore. Autant la ville est animée le matin, autant on se rend compte le soir qu’elle n’est composée, dans nombre d’endroits, que de magasins. Ceux qui y font bouger Dakar rentrent chez eux à partir de 19 heures. Cependant, le constat n’est pas partout le même. A la rue Wagane Diouf où se trouvent le Texas Saloon, Skynet, le Calypso entre autres resto bar, l’ambiance ne manque pas. Des filles très belles à voir traînent aux alentours. Elles ne semblent pas faire partie de la corporation du métier du sexe. Toutefois, elles n’échappent pas à l’audace des hommes. Naturellement, elles sont abordées de part et d’autre. Seules quelques prostituées sortent des bars pour s’embarquer dans des voitures, accompagnées d’hommes et cigarettes en main. En ces lieux, la «vieille chair» n’a pas réussi à se frayer de la place. Les hommes n’en ont que pour les tailles de guêpe.

Plus loin, en allant vers la Place de l’Indépendance, les prostituées refont surface. Tels des militaires qui jalonnent la route aux sorties d’une haute autorité, elles sont placées de manière dispersée sur des points stratégiques le long des ruelles. Évitant sûrement les rondes policières, elles s’éloignent de toute lumière flagrante. «ça doit être celles qui n’ont pas de carnet de santé, obligatoire à l’exercice de celle vieille profession», nous renseigne-t-on. Dans un milieu réglementé par la loi, toute prostituée doit se munir d’un carnet de santé, effectuer régulièrement des visites sanitaires et être âgée au moins de 21 ans. Cette loi n’est pas respectée par tout le monde. Loin delà !

Tendance partouze

De l’autre côté de la capitale, où se trouvent les plus chauds coins du «Dakar by night», les automobilistes roulent au ralenti. Malgré l’heure tardive, on est encore plongé dans des embouteillages, sur de courtes distances. Les disciples de la jet-set dakaroise ne se pressent pas. Ils prennent le temps de cibler le lieu approprié pour une soirée de folie, aux dépens de leurs poches. Aux extrémités de la route, des filles font le trottoir. Dans le noir, elles fixent des yeux les voitures qui passent. Parfois avec séduction. Ceci, comme pour montrer la raison de leur présence en ces lieux obscurs. Le tout, par un langage codé et inaccessible aux non-initiés.

Au «Casino», les va-et-vient de véhicules particuliers et taxis est incessant. Des couples descendent de certaines voitures alors que les autres semblent avoir fini leur soirée, en tout cas dans cette partie des Almadines. Ils quittent tranquillement les lieux. Entre le nombre de voitures, de personnes vadrouillant aux alentours et les prostituées à tout bout de champ, on se croirait en plein jour. À peine a-t-il garé son véhicule devant le «Casino», un homme claquant timidement sa portière saisit aussitôt sa bâche. Il camoufle son véhicule, comme pour ne laisser voir aucune trace de sa présence devant ce temple de divertissement tant prisé.

Ses craintes sont minimes. Car, en ce qui concerne les hommes au-dehors, nombreux sont ceux qui discutent avec des filles de joie, au vu et au su de tout le monde. Les vendeurs de cartes de crédit et tenants d’étals de petit commerce complètent le décor. Ils ne se lassent pas de guetter les clients qui débarquent. Parfois, en groupe de trois à quatre, les prostituées, apparemment maitresses de ce secteur, n’hésitent pas à aller aborder de potentiels clients. En jean bien serré, cigarette à la bouche, de teint noir, celle-ci lance à un membre de notre équipe de reportage : «Chéri, lo name tay ? (Que désires-tu aujourd’hui ?)». Entrant dans le jeu de cette belle trentenaire, bien dotée par la nature, les seins en mode pathial, luisants de loin, son interlocuteur répond : «J’en veux trois à la fois. » Le dialogue se poursuit. Et la dame, qui ne soupçonne pas avoir affaire à un journaliste, de dire : «Les petits gars aiment tout ce qui est difficile, mais bon yaye bagn. Seulement; le prix sera salé. Je suis avec deux copines. Tu vas nous payer chacune 20 mille francs Cfa alors, plus les frais de l’hôtel. némé nga lu méti ! Mais sache que tu ne t’en sortiras pas entier.» S’adonnant aux marchandages, éclatant de rires, elle dit : «Si tu ne veux que moi seule, donnes moi 10 mille. El, je te préviens que c’est une somme dérisoire par rapport à ce que je vais faire pour toi.»

«Allons derrière, j’ ai un pagne dans mon sac»

Un peu à l’écart par rapport à toutes ces prostituées qui déambulent devant le Casino du Cap-Vert; une femme, devant un hôtel du coin, est debout, sac en main. Elle est calme, laisse voir une tignasse bourrée de greffage et n’attend que la minute où elle sera abordée. Ça ne tarde pas. Carrément sexy, à la limite vulgaire d’accoutrement, elle n’habite pas les alentours, encore moins la banlieue. L’un d’entre nous décide de l’aborder.

Interpellée, elle répond. : «10 mille francs la passe plus-7 mille francs Cfa l’hôtel et le tour est fait.» Prix trop élevé pour son client, la demoiselle a plus d’un tour dans son sac. Elle revient à la charge et propose : «Si tu veux, tu me donnes 10 mille francs Cfa, plus le billet du taxi et l’on va chez moi à Nord Foire.» L’accord n’est pas encore scellé. Dernier recours, elle passe une offre plus accessible. Sans frais de taxi ni prix de chambre d’hôtel, elle lance : «Allons donc juste derrière et tu décaisses 10 mille francs Cfa. J’ai un pagne dans mon sac, on s’étale et le boulot est fait.» Encore une fois, ce n’est pas la bonne option.

Traversant la route, allant se chercher une cigarette, cet homme qui ne se gêne pas à raconter sa discussion avec la fille avoue : «Le sexe est cher aux Almadies.» À peine termine-t-il sa phrase qu’une fille lui propose une partouze. Accompagnée d’une autre fille, une prostituée, portant une petite robe bleue l’intercepte et lui dit : «Que dirais-tu de nous avoir toutes les deux à un prix pas cher ?» N’en revenant pas de la nouvelle offre, il sourit, tire sa cigarette et rétorque : «Je ne suis qu’un homme, je ne peux pas être avec deux filles à la fois.» Monsieur n’est pas tiré d’affaire. À son excuse, cette femme, loin d’être jeune, de répliquer : «tu peux jouer avec les seins de l’une. C’est à 2 mille francs seulement.»

LA POLICE AUX TROUSSES DES PROSTITUEES DE LA RUE «Elles font du racolage, c’est interdit»

Même en possession de carnet de santé, les prostituées bornent l’Avenue Cheikh Anta Diop de Dakar, précisément la Poste de hann. Elles s’adonnent au racolage, pratique interdite par la loi. Donnant à cet effet plus de travail aux policiers, le poste de Police du Point E, plus proche de cet endroit est confronté à ce fléau. Et selon une source proche de cette brigade, la police ne badine pas avec ce genre de pratiques. «Nous sommes forcément obligés de faire des descentes à cet endroit. Car, il fait partie de notre circonscription et nous ne nous lassons pas de faire notre travail», nous confie une source policière.

Ces filles de joie, à une certaine heure, sont souvent, en grand nombre sur l’avenue Cheikh Anta Diop. En dehors de l’hôtel le Relais, elles sont ainsi soumises à la ronde des hommes de loi. Ce qui ne les empêche pas de revenir le lendemain. Et notre interlocuteur d’expliquer : «Ce qu’elles font devant la Poste, c’est interdit. Elles font du racolage.»

SOURCE : Walf Grand Place Aïssatou THIOYE & Couly CASSE (Stagiaire)

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