(Correspondant permanent à Paris) - Une association dénommée Association internationale pour le développement de la case des tout-petits (Aid) est née, avant-hier à Paris. Son objectif ‘est d’équiper la Case des tout-petits’, lâche son président Mactar Camara, en conférence de presse au restaurant Le Dibi. En quoi faisant ? Réponse de M. Camara : ‘récupérer des jouets, du matériel scolaire et des vêtements de change’, dont les petits Français n’ont pas besoin pour les convoyer au Sénégal. Et ‘dans deux à trois mois’, les premiers conteneurs accosteront au Port autonome de Dakar. Pour ces premiers colis, ‘nous privilégions le matériel scolaire (cahiers, livres adaptés aux enfants), les nouvelles technologies (ordinateurs, jeux éducatifs sur support informatique,) les jouets (nounous, poupée Barbie, etc.) et les vêtements de change’, liste le président de l’Association. A l’en croire, l’Association internationale pour le développement de la Case des tout-petits privilégiera les régions périphériques qu’elle considère comme étant ‘les plus démunies’.
Mais plusieurs problèmes ont été soulevés durant la conférence de presse. D’abord, la douane qui constitue un casse-tête pour toutes les bonnes volontés qui veulent envoyer des biens matériels au pays pour équiper des structures comme les hôpitaux et les écoles. Mactar Camara et ses camarades estiment qu’ils ont trouvé la solution. ‘Le fait que le président de la République soit le président d’honneur de l’association pourra faciliter l’acheminement des colis’, croit-il savoir. Tout en étant conscient qu’il est ‘vrai qu’avoir le président de la République comme président d’honneur nous ouvre des portes, mais cela ne nous ouvre pas l’administration’.
L’autre question qui s’est imposée, c’est l’impression de ‘poubelle’ que donne leur objectif qui est de récupérer des objets dont les petits Français n’ont plus besoin. Là aussi, l’Association internationale pour le développement de la Case des tout-petits a sa petite explication. ‘A tous ceux qui nous ont promis de remettre des jouets, je leur ai dit que le Sénégal est loin d’être une poubelle et nous remettre des objets en mauvais état, c’est insulter les enfants sénégalais’, martèle le président Mactar Camara qui ajoute que ‘pour l’instant, tous les objets que nous avons reçus sont en bon état. D’ailleurs il y en a qui sont tout neuf’.
Et la qualité de ces jouets ? Sera-t-elle garantie pour éviter des problèmes de santé aux tout-petits sénégalais ? Là, l’association compte sur la bonne foi de l’Europe qui contrôle les objets avant leur entrée dans ses territoires. Mais aussi la conscience des familles, qui voudront bien mettre à la disposition de l’association les jouets délaissés par leur progéniture, est interpellée. ‘Pour la qualité, nous faisons confiance à l’Union européenne.
Même si les jouets chinois font peur, mais en général avant que les objets n’entrent dans les magasins, ils font l’objet de contrôle préalable. Donc les objets que nous allons récupérer auprès des familles, nous pensons que ces familles auront la conscience nécessaire pour ne pas acheter des objets de mauvaise qualité pour leurs propres enfants’, estime l’association.
L’autre réflexion qui a été faite à Mactar Camara et ses camarades, c’est la différence de culture entre petits français et petits sénégalais. Même si elle admet cette différence, l’association invoque la mondialisation et la globalisation pour expliquer la justesse du projet. ‘A l’heure de la mondialisation, de la globalisation, parler d’objets appartenant à des petits européens que d'autres enfants ne peuvent pas utiliser, c’est un débat désuet. Aujourd’hui, le problème, c’est plutôt comment les enfants africains pourront accéder à ces objets-là. Mais il n’y a pas de clivage’, souligne M. Camara.
Conscient de l'importance de la question soulevée, il responsabilise les moniteurs ou monitrices chargés d’encadrer les tout-petits sénégalais. ‘Il y a des moniteurs qui sont formés à tout. Ils pourront déceler les jouets qui iront à l’encontre de nos valeurs culturelles et les retirer. Nous-mêmes, nous ferons le tri avant de les envoyer au Sénégal. Nous sommes assez responsables pour prendre toutes ces données en considération’, argumente-t-il. Tout en faisant remarquer : ‘Détrompez-vous, les jeunes sénégalaises connaissent aussi bien les poupées Barbie que les jeunes européennes’. Oui, mais les poupées Barbie envoyées au Sénégal ne répondent pas forcément aux mêmes critères de fabrication que celles de la France. Tout simplement, les références culturelles diffèrent. ‘Nous en sommes conscients. Nous ne ferons pas de dérive’, promet l’association.
L’autre sujet qui a taraudé les esprits, c’est la question politique. Ne faudrait-il pas s’attendre à ce que l’Association ne serve pas de tremplin politique pour atteindre… les sommets ? D’autant plus que l’écrasante majorité de ses membres sont du Pds ou de la ‘Génération du concret’. Mais ils ont juré la main sur le cœur qu’il n’en est pas question. ‘Nous avons eu l’idée de créer cette association depuis 2005. S’il y avait une ambition politique derrière, nous l’aurions mise sous les fonts baptismaux un peu avant l’élection présidentielle pour en tirer les bénéfices aujourd’hui’, répondent-ils.