Wal Fadjri : Comment est né le projet de radio Nostalgie ?
Sidyl Makhtar SAMBE : Radio Nostalgie, c'est en réalité une rencontre entre deux personnes en 1994. Une rencontre entre le directeur du Réseau Afrique de radio Nostalgie internationale, Didier Gouzien et moi. A l'époque, il m'avait fait part, un jour, du projet de son département d''ouvrir radio Nostalgie à Abidjan'. Je lui ai dit : 'mais pourquoi pas au Sénégal ?'. Il m'avoua : 'on veut bien, on a essayé, mais cela ne colle pas. Il y a des gens qui n'en veulent pas'. Je lui ai alors proposé de faire un projet ensemble et de le présenter au Sénégal. J'étais, en ce moment, en vacances au Sénégal et le président Abdou Diouf avait parlé d'un projet d'ouverture du secteur de l'information au Sénégal. Si je ne me trompe pas on a libéralisé en 1994. Et, c'est précisément en octobre 1994, que nous avons adressé notre premier courrier au ministre de la Communication, Abdoulaye Elimane Kane. Nous avons attendu le mois de décembre pour prendre rendez-vous avec le ministre qui a été informé du projet. 'Est-ce que vous êtes sûrs que vous voulez faire une radio musicale au Sénégal', nous a-t-il demandé. Pourquoi le choix d'une radio musicale ? Parce que qui parlait de musique parlait de fête et moi j'adore la musique. Chaque fois qu'on avait une soirée entre amis, j'étais le Disc Jockey. C'est ce qui m'avait poussé à aller vers l'option musicale. Et pendant mon séjour en France, la radio que j'écoutais le plus c'était radio Nostalgie. Pourquoi ? Parce que j'étais nostalgique. Et toute la musique de ma jeunesse que je voulais écouter, je l'avais sur cette radio. La coïncidence aidant, cela m'a davantage poussé à aller vers radio Nostalgie. Et quand on en a discuté, il était question que les gens de radio Nostalgie viennent au Sénégal. Mais pour cela, il fallait faire un tour de table pour voir qui pouvait venir et dans quelles conditions on allait avoir des actionnaires au niveau du Sénégal. Car tous les actionnaires qui étaient au sein de la radio ne pouvaient pas avoir plus de 20 %. Je ne sais pas si aujourd'hui cela se respecte au niveau des entreprises.
Wal Fadjri : Donc tous les actionnaires de la radio ne devaient pas avoir plus de 20 % ?
Sidyl Makhtar SAMBE : Pas plus de 20 %.
Wal Fadjri : Et les 80 % étaient réservés aux actionnaires français ?
Sidyl Makhtar SAMBE : Non, pas du tout. C'est-à -dire que dans le cahier de charges à l'époque de l'Etat du Sénégal aucun actionnaire ne pouvait avoir plus de 20 %. Et quelque part, je suis même, à la limite, ahuri de voir, aujourd'hui, qu'une bonne partie des radios que nous avons dans ce pays sont des radios personnelles. Je me demande même si l'Etat a toujours eu à revisiter ou à demander aux propriétaires des radios, qui sont aujourd'hui sur la bande, de respecter le canevas relatif au pourcentage sur les radios ou sur l'actionnariat des radios. Cela veut dire, qu'à l'époque, radio Nostalgie devait prendre 20 % et tous les autres partenaires autour de ce projet ne devaient pas dépasser les 20 %. Et je crois que cela avait été respecté notamment par le groupe Ib International qui représentait les intérêts de Sotiba Simpafrique à hauteur de 20 %. On avait la Cbao qui était aussi à hauteur de 20 %. J'avais 20 %. Youssou Ndour avait 20 %. Et il y avait aussi une autre filiale de la Cbao, qui devait détenir 15 %.
Wal Fadjri : Peut-on avoir une idée du capital de la radio à l'époque ?
Sidyl Makhtar SAMBE : Le capital, à l'époque, était de 80 millions. Et je crois qu'il est à la même hauteur jusqu'à présent, parce que le capital ne s'est pas encore fructifié. On est resté toujours sur les 80 %. Et nous les avons gardés afin que le montage financier puisse se faire. A l'époque, nous avions fait un prêt bancaire d'un montant de 120 millions pour acheter le matériel. Après on s'est rendu compte qu'il en fallait encore plus pour faire fonctionner la radio, pour que la machine puisse tourner correctement. Pour ne pas exagérer, la mobilisation, à l'époque pour créer une radio, tournait aux environs de 300 millions.
Wal Fadjri : On imagine que le montage financier avait pris du temps, avec tous ces actionnaires et même si les gens étaient plus ou moins plafonnés…
Sidyl Makhtar SAMBE : Du tout. Cela n'avait pas pris trop de temps. En fait, on ne pouvait pas avoir de problème à l'époque parce que quand j'ai eu l'idée et qu'il y a eu ce cheminement, nous avons eu à rencontrer un grand monsieur, qui s'appelle Abdoul Mbaye. Il était à l'époque le patron de la Cbao. Quand on lui a présenté le projet. Il a tout de suite dit : 'je vais signer.' (…) Je souligne qu'un banquier ne s'engage pas sur un projet qui n'est pas du tout viable. Et s'il y a eu la naissance de la radio Nostalgie au Sénégal, je peux dire qu'en partie, c'est dû à ces différents acteurs.
Wal Fadjri : Est-ce qu'en optant de mettre sur les ondes une radio musicale, vous avez voulu marquer une rupture ?
Sidyl Makhtar SAMBE : Non ce n'est pas une rupture. En réalité, je crois qu'on débutait même le secteur audiovisuel au niveau du Sénégal dans le secteur privé. Parce qu'en 1994, l'année où il y a la libéralisation des ondes, je crois qu'il y avait que la Rts. Après, il y a eu Dunya qui a démarré vers la fin de 94. Sud Fm a démarré vers janvier ou février 1995 et radio Nostalgie est arrivée au mois de juillet 95. Le montage financier a été terminé, si je ne me trompe, le 7 mars. On avait déjà la création effective de Sorano Sénégal, à savoir Société de radio Nostalgie. Donc le 7 mars 95, la société avait vu jour au Sénégal. Mais les programmes ne devaient démarrer qu'en juillet 95. En outre, je ne parlerais pas de rupture avec l'arrivée de Nostalgie mais plutôt d'une volonté d'apporter un plus. Il n'était pas pour nous question de changer les choses. Pourquoi ? Parce qu'il n'y avait pas de radio thématique à l'époque. Et la première radio thématique musicale, c'est radio Nostalgie. Nous avons apporté un plus. Parce que à l'époque, nous avions démarré ce qui, pour les Sénégalais, était quelque chose de nouveau, à savoir : le Big box qui se faisait sur Cd. Nous avons été la première radio, qui a eu à émettre à partir de Cd et sur logiciel informatique. C'est ce plus que nous avons amené et qui a pu innover le secteur. Cet outil de travail nous a permis de faire, tout de suite, la différence. D'abord il y avait, au niveau du son, une qualité de son que les gens commençaient à entendre au Sénégal. On avait un logiciel qui pouvait faire passer et la musique et la publicité, sans pour autant confondre les deux… Il y avait un logiciel qui faisait de manière automatique tout ce que la personne devait faire.
Wal Fadjri : Donc, depuis le début, vous avez fait le choix de ne pas mettre en avant l'information ?
Sidyl Makhtar SAMBE : Nous avons un format, qui n'est pas spécifique à radio Nostalgie Dakar. Nous avons un groupe qui s'appelle radio Nostalgie internationale et nous avons opté à ce niveau de faire de la musique et de faire de l'information en Tgv. Donc c'est un choix que nous avons fait. Et ce choix, quelque part, les gens l'ont accepté et l'ont aimé. Je ne voyais pas la raison pour laquelle il fallait changer ce format. Dans la mesure où aujourd'hui, des gens cherchent à voir ce qu'ils veulent faire. Je crois que cette lutte aujourd'hui, c'est vous, c'est moi ; c'est toute cette jeunesse estudiantine, qui était à l'Université en 1994/95 et qui, aujourd'hui, ont, plus ou moins, décidé de sauter. (rires)
Wal Fadjri : Peut-on parler d'un business de la radio avec Nostalgie, parce qu'on imagine que le projet allait bien au-delà de la simple volonté d'offrir aux Sénégalais un nouveau support musical ?
Sidyl Makhtar SAMBE : Je vous remercie de savoir que les gens qui montent des radios ne sont pas de philanthropes. On ne monte pas une radio pour uniquement mettre de la musique à longueur de journée. Vous savez, qu'il y a un gain derrière. Et heureusement qu'il y ait un gain. Parce que, sinon les employés comment on allait les payer ? Comment on va embaucher des gens ? Si je vous dis aujourd'hui que le personnel de radio Nostalgie est presque à 40 personnes, vous allez me demander : 'mais comment vous faites ?' Mais il faut les payer. Et on ne va pas les payer avec l'argent de 1995… Donc, il faut trouver les moyens de pouvoir les payer. Et ces moyens pourront être dégagés suivant la qualité du travail que nous proposons aux annonceurs. Et si ces annonceurs viennent vers Nostalgie. C'est parce qu'ils y trouvent leur compte. Et le compte c'est le taux d'audimat, qui ne peut être là que si les gens travaillent de manière professionnelle. Si les gens ne travaillent pas de manière professionnelle, les annonceurs vont nous occulter. Mais je remercie le bon Dieu, parce que nous avons une équipe qui est bien présente et que je salue au grandement pour le respect de son travail de tous les jours. Et, sans relâche, depuis que je suis à tête de cette affaire en 2003, ils sont en train de m'accompagner dans cette opération et dans de bonnes conditions.
Wal Fadjri : Radio nostalgie fait partie des radios qui ont survécu à leur choix de radio thématique, quel est le secret de Nostalgie ?
Sidyl Makhtar SAMBE : Oui, absolument ! Mais le secret, il faut demander cela peut-être à un lutteur, par exemple à Bombardier. C'est de ne pas faire ce que les autres font. C'est de ne pas tricher, de ne pas lorgner sur la table des autres. C'est de faire correctement son travail. Aujourd'hui, la différence est que nous ne cherchons pas à imiter les autres. Mais les autres cherchent à nous imiter. Et c'est tant mieux pour Nostalgie. Mais il faut que les gens arrêtent de faire du copier-coller. Ils doivent chercher à avoir des formats et à travailler de manière professionnelle. C'est dommage qu'on se rend compte aujourd'hui encore que les gens ne cherchent pas à créer, à se triturer les méninges. Ce n'est pas en mettant un logiciel, qui tourne à longueur de journée, qu'on va créer une radio.