Sotexka : Pourquoi les machines ne tournent plus
Le non respect par le gouvernement de ses promesses de prendre des mesures d'accompagnement qui avaient motivé la décision d'investissement d'Indosen, a amené l'investisseur à geler ses activités au Sénégal.
Source : Walf Fadjri Il ne faut pas chercher loin pour savoir pourquoi les Malaisiens ont gelé leurs activités dans le cadre du projet Indosen. Si ces investisseurs ont plié bagages depuis juin 2006, c'est parce qu'ils ont été déçus par l'attitude des autorités sénégalaises qui, selon eux, n'ont rien respecté de leurs promesses qui les avaient poussés à investir au Sénégal. Et le Directeur général du projet Indosen, une filiale du groupe Thapar Inde, s'en était largement ouvert au ministre de l'Industrie et de l'Artisanat de l'époque, Mme Bineta Bâ Samb, par lettre en date du 2 juin 2006 dont nous avons reçu hier une copie. 'Mme le ministre, je voudrais attirer votre attention sur ce qui suit : notre société filiale du groupe Thapar Inde a décidé d'investir au Sénégal après un long processus qui a démarré en 2000 ; notre décision d'investissement a été guidée par un certain nombre de facteurs', a écrit M. Dato'Prem K. Sahgal. Ce dernier a cité parmi ces facteurs la rencontre avec Ibrahima Macodou Fall qui était disposé à apporter dans le partenariat un potentiel industriel que représente l'outil de la Sotexka, la mise en place de l'Agoa qui offrait de nouvelles perspectives à l'exportation de produits textiles confectionnés au Sénégal, la volonté exprimée par le Sénégal de prendre des mesures importantes pour améliorer la compétitivité de l'industrie textile. Ce n'est pas tout. A ces facteurs déjà nombreux, le Directeur général du projet Indosen y a ajouté d'autres. Comme l'esprit de partenariat exprimé par l'Etat du Sénégal avec les investisseurs étrangers, les rencontres avec le président Abdoulaye Wade à Kuala Lumpur, en Inde et au Sénégal, qui leur a assuré du soutien du gouvernement pour le secteur textile et les nombreuses rencontres avec les ministres des Finances, du Budget, de l'Industrie, du Commerce, l'Administrateur de l'Apix sur les contraintes qui pèsent sur l'industrie textile et sur l'urgence de prendre des mesures. Autant de promesses gouvernementales non tenues, ainsi qu'il le mentionne dans la lettre. 'A tout instant, il nous a été promis que les mesures vont être prises. Nous attendons toujours. Et il me revient toujours en mémoire la réponse qu'on me donnait chaque fois que je m'inquiétais sur la prise effective des mesures d'accompagnement : Commencez d'abord l'exploitation…, les mesures suivront', a-t-il rappelé Mme Bineta Bâ Samb. Et, à titre de témoins, Sahgal de convoquer Mme Aminata Niane de l'Apix, Landing Savané, alors ministre de l'Industrie, Abdoulaye Diop, ministre de l'Economie et des Finances, Hadjibou Soumaré, ancien ministre du Budget et Mme Aïcha Agne Pouye, ancienne ministre du Commerce. Autant de considérations sur lesquelles il déclare avoir fondé les études qui ont conduit à la prise de décision. 'Les études réalisées par l'un des meilleurs cabinets américains Kurt Salman Associates que nous avons fait venir au Sénégal, avaient conclu de la faisabilité de notre projet en tenant compte des mesures annoncées sur l'électricité, la main d'œuvre, les opportunités de financement, le prix du coton, etc.', a-t-il souligné dans la missive. C'est ainsi que, poursuit-il, 'nous avons porté sur les fonts baptismaux Indosen Sa, en 2002 et nous avons commencé nos opérations industrielles au Sénégal en attendant la finalisation et la mise en œuvre concrète des mesures annoncées'. Et le Dg d'Indosen Sa a fait état de plusieurs réalisations parmi lesquelles il a cité la réhabilitation et la remise en état des deux usines de Kaolack et de Louga avec le recrutement de 30 expatriés composés d'Indiens, de Sri Lankais, de Marocains. Le coût global de cette réhabilitation estimé à 3 milliards 84 millions 481 mille 748 francs Cfa. Le Dg d'Indosen a aussi cité dans la même lancée la formation de 130 travailleurs de 18 à 25 ans pour l'usine de confection de Louga, la mise en exploitation des deux usines avec un effectif de 80 employés à Kaone et 109 employés à Louga. Il a également fait état de la réalisation d'investissement en machines et équipements neufs importés des Etats-Unis sur financement d'Eximbank et l'organisation de visite de nombreux clients américains au Sénégal pour établir des programmes commerciaux. 'Au 31 décembre 2005, nous avons investi globalement 4 milliards 740 millions 443 mille 48 francs Cfa, pour mettre à niveau les usines et les mettre en position d'exporter aux Usa dans le cadre de l'Agoa', a-t-il rappelé. De quoi déclarer son inquiétude lorsque le ministre de tutelle, dans une lettre qu'elle lui a adressée en date du 2 juin 2006, lui signifiait l'importance que son département attache au secteur textile. 'Avec toutes ces réalisations effectives, je suis profondément abasourdi par le contenu de votre lettre en objet ; spécialement lorsque vous concluez : l'importance que votre département attache au secteur du textile, alors même qu'aucune mesure n'ait été prise en conséquence, au cours des six dernières années et le soudain intérêt de certains investisseurs pour la reprise des unités de la Sotexka, que nous avons réhabilitées et remises à niveau par nos importants investissements', s'est-il montré indigné. D'où sa surprise. Mais ce qui agace le plus Dato'Prem K. Sahgal, c'est l'immobilisme des autorités étatiques. 'J'ai adressé personnellement plusieurs lettres à votre département, à l'Apix, au ministère des Finances, je n'ai jamais reçu de réponse', a-t-il déploré. 'Je tiens par devers moi, les mesures proposées par votre département et contenues dans un document d'un Conseil présidentiel qui devait se tenir en janvier 2003. J'attends toujours et je suis toujours interpellé par mon Conseil d'administration qui en avait pris connaissance', a-t-il ajouté. 'Lors de ma dernière visite au Sénégal, nous avions été rassurés par l'effectivité des mesures dans le cadre d'un nouveau programme intitulé Stratégie de croissance accélérée qui devait démarrer en janvier 2006, nous attendons toujours…', a-t-il poursuivi. Mais la non-réalisation de ces promesses n'a pas pour autant découragé les investisseurs malaisiens et indiens. Ils ont accepté de maintenir l'action même à perte en raison des coûts d'exploitation élevés au Sénégal et la détérioration du taux de change du dollar par rapport au Cfa. En effet, de 2000 à 2006, le dollar est passé de 720 à 500 francs Cfa, sans qu'il n'y ait eu aucune mesure d'accompagnement pour l'industrie sénégalaise exportatrice en zone dollars, selon le Dg d'Indosen. L'investisseur soutient avoir invité les tenants du pouvoir à discuter des voies les plus appropriées pour faire de la Sotexka, un vrai succès Sénégalais. Mais peine perdue pour Dato'Prem K. Sahgal. Jeudi 24 Juillet 2008 - 13:45
Jeudi 24 Juillet 2008 - 22:35
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