Une famille kaolackoise s'oppose violemment à une décision de justice : Cinq policiers gravement blessés lors d’une opération d’expulsion

le Mercredi 31 Décembre 2008 à 09:04 | Lu 2085 fois

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Une famille kaolackoise s'oppose violemment à une décision de justice : Cinq policiers gravement blessés lors d’une opération d’expulsion
Venus procéder à l’expulsion d’une famille au quartier Léona de Kaolack, des policiers ont été accueillis par les occupants d’une manière très musclée. Cinq agents sont repartis gravement blessés.

Source : Le Soleil


Des traces de sang mêlés à des restes de briques éparpillées sur la chaussée, des gourdins fracassés entassés sur le trottoir, des tessons de bouteille et autres débris à même le sol, enfin une forte et persistante odeur de gaz lacrymogène, le décor était parfaitement planté pour attester de l’ampleur des événements matinaux qui venaient juste de se passer au quartier Léona de Kaolack, entre une dizaine de policiers et les membres d’une famille sous le coup d’une expulsion à la suite d’une longue procédure judiciaire. Le coup de fil de mon confrère du Soleil, Omar Ngatty Bâ, très excité, m’informant des événements liés à cette scène d’expulsion ayant tourné au vinaire, m’arracha du lit. De mon téléphone portable, on entend le crépitement des grenades lacrymogènes et les cris fusant de toutes parts étaient perceptibles.

Sur les lieux, la confrontation a laissé des traces visibles, même de loin. Il y avait du sang un peu partout sur le goudron, ainsi qu’une foule immense qui a envahi le théâtre des opérations. C’est très tôt le matin qu’un huissier de justice, muni d’une ordonnance d’expulsion et accompagné d’une dizaine de policiers, se présenta au domicile de feu Mamadou Sidibé, prospère commerçant de son vivant, en plein centre ville. Le papier de justice était en fait l’aboutissement d’une longue procédure judiciaire qui opposait la famille de feu Sidibé à un de leur parent dans une affaire d’une maison avec titre foncier. Le défunt aurait hypothéqué de son vivant sa maison auprès de son neveu. Les héritiers du vieux Sidibé, de solides gaillards armés de coupe-coupe, de manchettes et autres poignards, se sont opposés hier, farouchement, à l’expulsion au profit du neveu du défunt. Il s’en est suivi une véritable bataille rangée entre ces derniers et les policiers qui ont subi un mauvais quart d’heure, victimes qu’ils ont été d’un lynchage en règle à coups de gourdins, de machettes et autres armes blanches. Cinq blessés ont été dénombrés et rapidement évacués aux services d’urgence de l’hôpital El hadj Ibrahima Niasse.

Maison hypothéquée ?

Sur place, les commentaires vont bon train, chacun cherchant à trouver une motivation à cette confrontation matinale. Mamadou Doumbia est un habitué et proche de la famille Sidibé. Selon lui, le patriarche, de son vivant, avait contracté un prêt auprès d’une banque de la place. Au bout de quelques années, handicapé par une persistante maladie qui allait avoir raison de sa ténacité plus tard, le vieux commerçant, qui fut un bon père de famille, accumula les impayés. Les banquiers lui proposèrent de trouver quelqu’un qui allait payer le dû, au risque de perdre sa maison hypothéquée. Le vieux Sidibé parvint ainsi à convaincre un de ses parents, qui accepta de payer les cinq millions de francs à la banque. Un garçon, dit-on, qui a grandi dans la maison et que le défunt aurait aidé à prospérer dans le commerce.

Les choses se compliquèrent quand le vieux décéda entre temps, sans finir de payer les mensualités à son neveu. Toujours selon Doumbia, le neveu, prétextant que le défunt lui avait donné en gage la maison, demanda à la famille, des épouses et plus d’une dizaine d’enfants, de vider les lieux. L’affaire fut portée devant le tribunal de première instance qui donna raison à la famille Sidibé. Cependant, la partie adverse qui n’a pas démordu, fit appel et eu gain de cause. Il s’ensuivit l’opération de délogement d’hier matin, qui a vite tourné au vinaigre et occasionné de graves blessures parmi les policiers. La scène aux services d’urgence de l’hôpital de Kaolack était intenable. Des policiers poignardés, couchés sur des matelas et attendant les premiers soins, qui les flancs touchés, qui le nez cassé ou le menton sous sparadrap, qui le bras bandé. Dans le silence, leur souffrance est visible. Leurs collègues, en nombre important, sont venus les soutenir moralement. Malgré la réticence de l’infirmier Guissé, major des services d’urgence, et la parade du policier positionné à la porte de la salle de soin, nous avons appris qu’au moins cinq policiers en soins intensifs ont de graves blessures. Au niveau de la police, nous avons voulu voir le commissaire central pour procéder au recoupement d’informations. Là, c’est le secrétaire du chef qui, sans autre forme de procès, nous a éconduit.

L’attitude de la famille Sidibé, de solides gaillards qui se sont barricadés à l’intérieur de la maison après les faits, a été regrettée par beaucoup de personnes qui se trouvaient sur les lieux. De l’avis de ces derniers, force doit rester à la loi, le traitement réservé aux policiers ne se justifiant nullement dans un Etat de droit comme le Sénégal. « Une décision de justice est une décision de justice. La famille a eu tort de s’en prendre aux policiers qui ne faisaient que leur travail », ont-ils souligné. Pour d’autres, il y a anguille sous roche dans cette affaire qui n’est pas claire à leur avis. « Les policiers n’avait pas le droit d’humilier des citoyens de cette manière », estime quelqu’un. Jusque tard dans l’après-midi, la famille, les jeunes notamment, étaient toujours barricadés dans la maison fermée à double tours, attendant de faire face aux renforts demandés par les policiers et qui, dit-on, devaient venir de Thiès.


Mercredi 31 Décembre 2008 - 09:04