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Yélimane FALL, artiste-peintre : Calligraphe de l’Islam noir

Yélimane Fall artiste peintre, basée dans la banlieue de Dakar, pratique une calligraphie d’expression négro-africaine. Sa création s’inspire des Ecritures saintes et de l’alphabet arabe.

Source Walf fadjri
Depuis près d’un quart de siècle, il signe ses œuvres par deux lettres. M. F : pour Messager de la foi. Pour l’art et la foi, Yélimane Fall a abandonné son poste de directeur administratif dans une boîte privée. A 28 ans, il a tout quitté pour aller dans un daara (école coranique). Il fréquente alors une école qui allie ascétisme, méditation (fikr) et invocation de noms divins (zikr).

Bâti comme un lutteur, Yélimane Fall a toujours aimé faire des arabesques aussi loin qu’il se souvienne. Imbu de conscience religieuse et doué pour le dessin, il combine les deux dans sa création artistique. Il puise naturellement son inspiration dans un univers mystico-religieux. Ce qui donne un style purement figuratif. Nombre de ses tableaux sont d’ailleurs des fresques bigarrées. Elles représentent des histoires épiques colportées par la tradition, des récits puisés dans le texte coranique ou des épopées qui nourrissent l’imaginaire des fidèles.

Yélimane Fall n’a pas eu une initiation très poussée en arabe. Il a fait cursus classique à l’école française avant de poursuivre des études en design. Mais sa sensibilité d’artiste et son séjour au daara le poussent constamment à aller chercher dans les Livres saints la matière de sa création. De sorte que son langage garde encore les traces d’ésotérisme. Et sa palette, sans doute soucieuse de traduire l’ardeur de sa conviction religieuse, trempe dans les teintes vives. ‘Je suis porteur d’un message de paix et de foi sans discrimination’, fait savoir l’artiste.

Nous l’avons trouvé dans son atelier au Complexe culturel de Pikine. Une pièce exiguë, surchargée de matériaux divers, de résidus de sa création, lui sert de niche de production. A l’intérieur de ce maelström, il se sent à l’aise. Il poursuit un travail de création intitulé : Daara-J, qui reprend longuement ses thèmes de prédilection. Il se penche sur le projet depuis deux ans. Avec ses fonds propres. Face à la rareté des ressources, il a dû faire preuve davantage d’ingéniosité. Il s’est résolu à faire de la récupération d’étoffe de tissu et de carton. Pour le support, il compte sur du papier d’emballe bon marché.

Dans Daraa-J, Yélimane Fall reprend en fait un travail en série qui le caractérise si bien. Il envisage de composer 28 tablettes de grand format. Le choix d’un tel chiffre n’est pas gratuit. Loin s’en faut. Il renvoie au nombre de lettres qui composent l’alphabet arabe. L’artiste donne également une explication plus mystique : ‘28, c’est aussi le nombre de créatures qui habitent la Table gardée où sont inscrits tous les décrets.’ La moitié de cette production (14) est consacrée à ce que l’artiste appelle ‘les pages sublimes’.

C’est une collection de courtes sourates, de versets ou de formules incantatoires que Yélimane Fall retranscrit sur du papier ‘canson’. ‘La sélection de ces passages relève du feeling’, selon l’artiste. L’autre moitié de la création a été suscitée par la réaction de l’homme de foi outré par la vue de feuillets du Livre saint à des endroits inappropriés. L’artiste l’a alors intitulée : ‘Etats d’âme’, sensés traduire les inquiétudes et les angoisses du créateur face à la décadence des valeurs spirituelles et morales.

Cette réaction scandalisée est matérialisée par une série de lettres, dont la vigueur et la force des traits semblent se dresser contre la banalisation du sacré. Il reprend les caractères orientaux, mais leur insuffle un dynamisme africain. Yélimane Fall pratique une calligraphie d’un genre particulier. Celle dite ‘arabe mais d’expression négro-africaine’, précise-t-il.

Les formes de ses lettres sont volontairement sinueuses et galbées. Ce qui fait qu’elles sont lisibles, même de loin. Elles rappellent également la forte silhouette des femmes africaines mûres, même si l’artiste ne fait pas le rapprochement. ‘Je ne conçois pas une lettre sans corps. Les calligraphes arabes mettent l’accent sur l’esthétique. Moi, ce qui m’intéresse, c’est le mouvement et le rythme. Chaque lettre a une nature, un poids mystique et une valeur numérique qu’il faut respecter’, indique l’artiste.

Le travail de calligraphe demande une connaissance, qui va au-delà d’un simple lettrisme. Ce qui justifie de la part du créateur, avant d’entamer une œuvre, un travail de recherche et de documentation. Et à force de fréquenter les bouquins sacrés, il finit par vouer un culte artistique aux lettres arabes, dont il dit qu’un alliage contre-nature peut avoir des conséquences redoutables.

Agé de 53 ans, Yélimane Fall semble préoccupé par la transmission du savoir-faire aux plus jeunes. Il anime régulièrement des ateliers de peinture et de calligraphie en faveur des jeunes de la banlieue. Et il se désole que son art n’ait pas encore trouvé ses lettres de noblesse dans les universités sénégalaises. Comme c’est le cas ailleurs.

Son travail est plus connu à l’étranger. Ses œuvres sur le Mouridisme sont très demandées par la diaspora. Yélimane Fall est l’auteur d’une collection d’une cinquantaine de toiles. Dénommée A Saint in the City, en référence au fondateur du Mouridisme, elle circule présentement dans des musées à Chicago, en Californie, à Los Angeles, etc.


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