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A Davos, deux visions du monde s’opposent

Donald Trump est arrivé hier jeudi 25 janvier à Davos, station de ski des Alpes suisses où se déroule le Forum mondial de l’économie. Une entrée en scène du président américain, qui prend la parole à la mi-journée, qui est en soi un évènement. D’une part, parce qu’aucun chef d’Etat américain n’y avait assisté depuis Bill Clinton en 2000, mais surtout parce que Donald Trump défend ouvertement et plus que jamais le protectionnisme du marché américain. La présence du chantre du «America first», l’Amérique d’abord, fait des remous.

Avant de monter jeudi dans l’Air Force One, l’avion présidentiel américain qui l’emmenait à Davos, Donald Trump n’avait pas manqué de twitter son humeur, dans son style habituel. Devant l’élite économique mondiale, il compte « dire au monde à quel point l’Amérique est super et à quel point elle encore plus en train de le devenir. »

 

De fait, depuis son arrivée à Davos, il est en pleine opération séduction des patrons en leur vantant sa nouvelle politique fiscale, très accommodante pour les entreprises, mais aussi la santé financière et la croissance de son pays. Il a d’ailleurs reçu un accueil assez chaleureux d’un monde de l’entreprise plutôt optimiste concernant les affaires. Selon un sondage mené par le cabinet PwC auprès de 1 379 patrons, 38 % des dirigeants s’avouent « très confiants » quant à la croissance de leur entreprise pour l’année à venir.

 

Mais en début de semaine, c’est ce même président qui mettait en place des limitations des importations de lave-linges et de panneaux solaires, des mesures visant respectivement les exportateurs de Corée du Sud et la Chine.

 

Ce qui lui a valu dès l’ouverture du forum, mardi, les critiques de plusieurs dirigeants dont le Canadien Justin Trudeau (dont le pays est en pleine renégociation de l’Alena -le marché commun nord-américain- avec ses voisins), ou le premier ministre indien Narendra Modi (qui sait aussi y faire en matière de protectionnisme).

 

Même avec la Britannique Theresa May, la relation ne semble plus aussi « spéciale ». Les partenaires européens, eux, ne pouvaient rester sans rien dire face aux mesures protectionnistes américaines. Contre le repli, Emmanuel Macron et Angela Merkel ont vanté les vertus du multilatéralisme et du libre-échange.

 

« C’est cohérent avec la construction interne de l’Union européenne, basée sur des traités, sur des règles et sur leur respect », explique Sébastien Jean, directeur du CEPII, le Centre d’études prospectives et d’informations internationales. Il est donc dans l’intérêt des Européens d’adopter ces positions également au niveau international. « S’ils arrivent à montrer aux Etats-Unis que même si ces derniers se replient, ça n’empêche pas les autres pays d’aller de l’avant et de s’entendre sur des règles communes, cela peut être payant à terme », selon l’expert.

 

Le président français Emmanuel Macron et la chancelière allemande Angela Merkel ont ainsi appelé à l’unisson à élaborer une version européenne de la mondialisation, qui prenne davantage en compte les aspirations des populations, au moment où les convulsions populistes agitent l’Europe.

 

Face à la Pologne ou la Hongrie, « il y a un certain nombre d’Etats, notamment la France, qui sont en train de pousser pour une Union européenne plus politique, idéalement vers les fameux ‘Etats Unis d’Europe’ », soutient Massimiliano Picciani, secrétaire général d’Eurocité, un centre de réflexion européen de gauche. Le positionnement américain doit être l’occasion pour l’Union européenne de se refonder autour d’un tout nouveau projet politique défendu par une poignée d’Etats comme la France, l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne, selon M. Picciani.

 

De là à prendre le relais des Etats-Unis comme leader de la mondialisation, il y a un pas de géant que l’on n’ose franchir. Mais compte tenu de son poids considérable dans l’économie mondiale, l’Europe aurait intérêt à aller de l’avant en continuant de s’entendre sur des règles communes avec ses partenaires. Elle montrerait ainsi, d’après nos experts, que les Etats-Unis ont tort de se replier sur eux-mêmes.

 

« Il faut à tout prix, maintenir le dialogue, prévient Sébastien Jean, président du CEPII. L’idée sous-jacente, étant d’éviter que ce repli américain ne se matérialise trop et qu’il ne se concrétise par un isolement, y compris, dans le débat d’idées, dans la discussion. On voit déjà à quel point c’est le cas notamment sur le changement climatique, où les climato-sceptiques sont beaucoup plus puissants, beaucoup plus répandus aux Etats-Unis qu’ailleurs dans le monde », défend l’économiste.

 

A 14h (13h TU), ce vendredi, on saura si Donald Trump, qui nous a habitués aux surprises et aux volte-face, se montrera ouvert au dialogue. Son discours dans la salle des Congrès de Davos promet d’être très suivi.

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