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A huit mois du sommet de l’Oci, la sécurité de Dakar en question

Dix sept ans après avoir abrité son premier sommet de l’Oci, Dakar s’apprête, une nouvelle fois, à accueillir la Umma islamique. L’opinion ne retient, pour l’essentiel, de la rencontre de 1991 que les rares infrastructures qui ont pu être édifiées dans la capitale sénégalaise, pour la circonstance. Pourtant, ce rendez-vous très suivi du fait de la grande concentration d’Emirats et de Souverainetés petro dollars, a échappé de justesse aux menaces des islamistes qui sont, du reste, ce que la Umma a de plus à craindre. C’était prévisible !

Source : African Global News
L’apogée du baasisme

Les années 80 coïncident avec l’apogée de l’idéologie baasiste dont les porte étendards étaient le président irakien Saddam Hussein et le président Al Hassad de la Syrie. Cette idéologie laïque et raciste, puisque basée sur la prédominance de la race arabe, était donc aux antipodes de l’islam.

Elle connut, cependant, une époque glorieuse marquée en 90 par l’invasion du Koweït par Saddam et, une année auparavant, par le conflit sénégalo-mauritanien. La Mauritanie sous Taya était pro baasiste et donc soutenue, en 89, par l’Irak dans sa tentative d’épuration des négro mauritaniens. N’avait-on pas parlé, en 89, de missiles irakiens orientés vers Dakar à partir de la Mauritanie ?

Au plan national, 91 représentait une étape de radicalisation du mouvement intégriste Ibadou Rakhmane, alors dirigé par Khaly Lô. Il inquiétait les autorités publiques. Celles-ci s’étaient rendues compte de leur manque de vigilance à l’endroit de ce mouvement. Le ministère de l’Intérieur, sous feu Jean Collin, lui avait délivré, en 1979, un récépissé alors que, parmi les objectifs officiellement déclarés de l’association figurait « l’instauration d’une société musulmane ».

Et bien qu’étant à ses débuts, ce mouvement, financé par l’Arabie saoudite et le Koweit, a tenté de perturber le sommet de l’Oci de 91. Jusqu’où étaient prêts à aller les islamistes sénégalais ? Les informations dont nous disposons ne permettent pas de percer le mystère. Les autorités avaient, en tout cas craint le pire.

Les membres du mouvement intégriste, jadis dénommé Association des musulmans de Dakar, vacillaient entre obédience chiite et pro musulmane. Ils avaient tenté en vain, d’infiltrer les stands destinés à l’information des invités mis en place par le cabinet de consultation, Mci, qui avait en charge la communication de la rencontre.

Des Rg pick pocket

Une anecdote édifie sur les craintes manifestées par la sécurité lors de la tenue de ce sommet. Au cours de la plénière, le ministre des Affaires étrangères de l’Irak a glissé un mot au représentant de la Mauritanie et, très méfiantes vis-à-vis de ces deux pays, les autorités sénégalaises ont exigé des services de renseignement qu’ils récupèrent le bout de papier. Un pickpocket réussit à faire les poches à l’autorité mauritanienne.

Un autre incident fut encore lié à l’Iran qui avait prêté un hélicoptère « Puma » au Sénégal. Mais grande fut la surprise des autorités lorsque le président iranien se rendit, sans crier gare, à Touba à bord du même appareil. Les Iraniens qui voulaient faire du Sénégal une porte d’entrée pour l’Afrique, voyaient également des similitudes entre le chiisme et le mouridisme, notamment en ce qui concerne l’infaillibilité de l’Imam ou du guide religieux.

L’incident majeur du sommet de 91 sera plutôt les œufs pourris jetés sur le président iranien par deux françaises qui s’étaient fait accréditer comme journalistes. Il a fallu de peu pour que le hall de l’hôtel méridien ne se transformât en Far West. Interrogées, les deux « journalistes » ont déclaré avoir voulu venger leurs maris iraniens tués par le régime d’Ali Hachemi Rafsanjani.

Le même climat qu’en 91

Quid du sommet de mars 2008 ? Se présente-t-il sous de meilleures auspices ? Si des efforts soutenus sont en train d’être faits pour sécuriser la rencontre de Dakar, force est de constater que l’Anoci n’aura pas la tâche facile. Déjà que la géopolitique nationale comme internationale n’aide pas à une bonne maîtrise de l’évolution de l’islamisme.

Une année avant la tenue du sommet de 91, les autorités sénégalaises savaient à quoi s’en tenir avec les mouvements qui pouvaient représenter un danger pour l’organisation de la rencontre. Aujourd’hui, l’islam radical est une nébuleuse au Sénégal. Les autorités ne seraient pas encore capables de faire la cartographie des mouvements et groupes terroristes, encore moins de donner leur nombre.

Si dans le passé on pouvait reconnaître un islamiste à travers simplement son accoutrement, la situation est maintenant beaucoup plus complexe. Ils sont habillés en costard, sont des as de l’informatique, des médecins…. « L’idéal est dans la tête », rappelle un spécialiste de la question. Les attentats manqués de Londres n’ont-ils pas été le fait d’un groupe de médecins ?

Au Sénégal, le mouvement Al Tabligh tente de s’imposer dans les quartiers périphériques où il rencontre souvent une farouche opposition de la part des mosquées dites traditionnelles. « Des groupes salafistes qui prônent la destruction de l’Occident judéochrétien, c’est-à-dire le « Grand satan » ainsi que de nos leaders, leurs valets, sont nichés dans des quartiers de Dakar », raconte notre interlocuteur.

Au-delà de l’intérêt que suscite la foi auprès des populations sénégalaises, la propagation des mouvements islamistes, financés à coup de dollars, est d’autant plus rendue aisée par la situation d’extrême pauvreté que vivent les jeunes sénégalais. 50 000 dollars ! C’était la somme que recevait une famille palestinienne, notamment de l’Irak, si un de ses membres acceptait de se faire exploser au nom d’Allah.

Des frontières passoires

Par ailleurs, la perméabilité de nos frontières, mais aussi le manque de répression dans la lutte contre le terrorisme, font du Sénégal, un nid pour certains islamistes qui veulent se mettre au vert. Il y a quelques années, une manifestation d’islamistes fut sévèrement réprimée à Conakry par les forces de l’ordre. Certains d’entre ses initiateurs seraient encore cachés au Sénégal. « Il est fréquent de voir des Pakistanais et des Algériens dans des mosquées, lors des prières de vendredi », expliquent des sourcent qui suivent cette question de près.

En 2003, un vétéran de la guerre d’Afghanistan, avec la nationalité marocaine, a été interpellé à Dakar alors qu’il s’apprêtait à prendre le train pour le Mali. Dans ses bagages, un transistor, souvent utilisé comme détonateur pour faire exploser une bombe. Il aurait disparu après 48 heures de détention.

La perméabilité de nos frontières pose problème. Notamment au niveau de l’axe nord, allant de Rosso Mauritanie à Kidira. Un million de personnes l’emprunteraient chaque semaine. Une situation qui inquiète tant les Américains qu’ils avaient décidé de s’y implanter à travers le programme militaire, Pan Sahel. Ils se sont toutefois heurtés à une opposition de la part des Français. C’est d’ailleurs ce qui avait motivé le déplacement de l’ancien ministre de la Coopération, Brigitte Girardin, au Sénégal et en Mauritanie.

Des ingrédients explosifs

Ainsi, plusieurs ingrédients sont réunis pour encourager les autorités à plus de vigilance. D’autant que le président américain, Georges W. Bush, a annoncé publiquement son intention d’envoyer un observateur au sommet de Dakar. S’il pense, par ce geste, avoir manifesté signe d’ouverture à l’endroit du monde musulman, Washington irrite, par la même occasion, les intégristes radicaux qui y voient une manière de contrôler l’organisation islamique.

Cette situation, ajoutée au climat de terreur qui règne dans les pays occidentaux, très régulièrement en position d’alerte depuis les attentats du 11 septembre, présage le pire. Faudrait-il que les autorités sénégalaises et leurs alliés dans l’organisation de ce sommet, soient préparés à toute éventualité. Un bureau de veille pour décrypter tous les messages en rapport avec la rencontre serait déjà opérationnel au niveau de l’Anoci.


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