Confidences

A la découverte de Marie Ngoné Ndione, nouvelle directrice de l’ensemble lyrique de Sorano : La dauphine de Soda Mama Fall

  • Date: 28 juillet 2016

L’OBS – Rêver, c’est une chose, accomplir son rêve en est une autre. Une tâche souvent ardue. Marie Ngoné Ndione, actuelle directrice de l’ensemble lyrique de Sorano, ne dira pas le contraire. De femme de ménage, elle a gravi des échelons, sa passion pour la musique en bandoulière.

 Née à Fandène (7 km de Thiès) le 28 août 1963, la chanteuse a eu une trajectoire assez tortueuse. Tout a commencé quand, enfant, Marie Ngoné Ndione a manifesté son envie d’aller à l’école, comme ses frangins, histoire de devenir une «grande intellectuelle». Son père, agriculteur, ne l’entendait pas de cette oreille. Aidé, en cela, par un système misogyne qui privera une bonne partie de ses enfants de leur droit élémentaire à l’éducation. «A l’époque, il n’y avait pas d’école publique à Fandène», déclare-t-elle. Qu’à cela ne tienne ! Sous aucun prétexte, elle ne comptait abandonner son rêve. «J’accompagnais souvent mes frères à l’école. Un jour, mon père m’a copieusement tabassée, juste pour être allée à l’école de mes frères. Je m’en suis sortie avec une vilaine blessure au dos». Heureusement, elle pouvait compter sur le soutien maternel. sa mère émis même l’idée de lui payer ses cours. Mais, le niet du père y opposera. Un entêtement paternel adossé à la phallocratie culturelle qui n’agréait qu’une fille aille à l’école. Marie Ngoné pouvait s’en prendre à sa condition féminine et de guerre lasse, la battante a rendu les armes. Son père avait remporté une bataille, mais la «guerre» a continué. «Je lui en voulais terriblement. Et quand j’ai commencé à travailler, je donnais tout à ma mère. Rien à mon père».

Femme de ménage à ses débuts

Marie Ngoné ne sera donc pas la grande intellectuelle qu’elle souhaitait devenir. Mais, loin de se décourager, elle prit son destin en mains et construit sa vie. En 1977, la jeune sérère, à la noirceur d’ébène, à la voix veloutée, rejoint la capitale sénégalaise, pour la première fois de sa vie. «J’étais venue pour travailler comme femme de ménage», confie-t-elle, fière de son histoire. A Dakar, Marie loge chez sa sœur et se débrouille du mieux qu’elle pouvait, pour apprendre le Français. Elle s’inscrit ainsi à des cours privés du soir. «Les gens riaient sous cape, se moquant de mon âge avancé (21 ans)», se rappelle-t-elle, sans complexe. Une manière aussi pour elle, de prendre sa revanche sur son père. Marie Ngoné sait maintenant lire et écrire. Une aubaine pour le reste de sa carrière.

Du plomb dans l’aile

Enlever la poussière ou passer le balai, n’était donc qu’un tremplin pour la jeune fille. A défaut d’être une intello accomplie, elle s’est rabattue sur la musique, sa vieille passion. Depuis sa tendre enfance, elle adorait chantonner, danser et jouer au théâtre. Artiste brute, Marie fait le bonheur de la communauté sérère, depuis 1982, avec son groupe de ballet, le «Nil Diam», devenu «Super Nil Diam» (son groupe actuel). Toutefois, c’est en 1991 que sa carrière professionnelle va à proprement démarrer. Auparavant, elle travaillait pour le plaisir et acceptait de ne pas être payée. Son engagement avec Enda pour la cause de la jeunesse lui valut beaucoup de satisfaction. C’est grâce à l’Organisation non gouvernementale qu’elle s’est professionnalisée. En effet, l’Ong l’a mise en rapport avec le Directeur de Sorano, à l’époque, Mamadou Saïba Traoré. Rapidement, sa carrière prend un envol spectaculaire. Celle qui dit avoir «la musique dans le sang», a rencontré des encadreurs chevronnés qui ont vite décelé ses limites, malgré son talent immense. «Quand je venais à l’Orchestre national, je pensais être la plus grande chanteuse au Sénégal. Mais on m’a fait comprendre que je ne savais rien en musique. C’était très dur. J’en ai même pleuré. Mais cela m’a remis les pieds sur terre et poussé à travailler pour me perfectionner».

La réconciliation avec le pater et…

Aujourd’hui, Marie Ngoné est une star. Une voix autorisée de la musique sénégalaise. Surtout traditionnelle. Mais, «elle reste toujours égale à elle-même», témoigne son amie de toujours, Liliane Boissy. Comme avec l’école, les premiers pas de Marie dans la musique n’ont pas, non plus, été de tout repos. Le père était encore là pour l’empêcher de faire carrière dans la musique. Et cette fois, il ne sera pas seul dans le combat. Sa maman était également contre. «Je me cachais pour faire mes spectacles». Très engagée dans le mouvement associatif, Marie a été responsable de la commission culturelle de l’Association sportive et culturelle de son quartier. A Dakar, loin des yeux censeurs de ses parents, elle a poursuivi le partenariat avec Enda, avec plus de liberté. Après l’avoir emmenée à l’Orchestre national, l’Ong lui fait franchir un autre palier, avec le tournage de sa première cassette. «Moka Pothie» qui avait fait un tabac, à l’époque. C’était en 1993. Ses parents n’étaient toujours pas au courant de son activité secrète. «C’était dans le cadre d’une campagne de sensibilisation contre le Sida. Le cachet était de 2,5 millions. Comme il fallait faire un clip, je ne pouvais plus me cacher. Je les ai alors informés. Mon père n’en revenait pas, mais a compris que c’était ma passion et m’a accordé sa bénédiction». Cette étape de sa vie marquera également un autre tournant décisif : sa réconciliation avec le pater dont la disparition, en 1994, la marquera à jamais. Le jour même de son premier grand spectacle. Marie était loin de se douter que son géniteur luttait contre la mort à l’hôpital. La nouvelle lui a été cachée, pour ne pas perturber sa concentration. «On ne m’a informée que le lendemain et je me suis rendue à l’hôpital, immédiatement. Comme si mon père n’attendait que moi, il a trépassé juste après notre entrevue», se rappelle-t-elle, les yeux embués.

Une promotion controversée

En 1996, elle intègre l’Ensemble lyrique traditionnel où on lui signera un premier contrat, en 1997. Depuis, elle ne l’a plus quitté. En septembre 2015, elle est nommée Directrice de l’Ensemble lyrique, malgré l’opposition de certaines de ses consœurs, loin d’imaginer que la concernée, elle-même, était peu emballée par cette promotion. «J’avais peur et ne savais pas si j’aurai les capacités pour supporter une telle charge. Mais, j’ai eu la bénédiction de ma mère qui m’a dit de la prendre et de gérer dans la dignité». A la tête de l’institution, l’héritière de Soda Mama Fall nourrit beaucoup de projets. Le premier est de renouer avec les tournées nationales, une tradition tombée dans l’abîme depuis belle lurette. L’autre projet phare de Marie Ngoné est d’avoir une production de l’atelier musical. Elle souhaite également doter la structure d’un studio de production. Très ambitieuse, elle compte sur l’appui du Gouvernement, particulièrement du ministre de la Culture, pour redorer le blason de la Compagnie. Elle appelle aussi les médias à les accompagner pour rendre visible leur remarquable travail. «Il faut que tout le monde se donne la main pour hisser haut notre musique traditionnelle. C’est avec ce genre musical qu’on peut émerveiller le monde. Les Maliens ont réussi à s’imposer avec leur musique. Pourquoi pas nous ?» Mais la vie de Marie Ngoné ne se limite pas à Sorano. Elle est également à la tête du «Super Nil Diam», avec, à son actif, trois albums. Un quatrième en gestation. A 53 ans, Marie Ngoné Ndione n’a plus rien à prouver. L’ultime combat étant de redresser l’Ensemble lyrique, au bénéfice de la nouvelle génération.

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