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A Paris : La triple identité d’Abbas Jaber

‘A nous deux, Paris!’ Un beau jour, Abbas Jaber, un Franco-Sénégalais d’origine libanaise, lance ce cri balzacien comme un défi. Puis il quitte sa ville natale de Thiès, au Sénégal. Vingt ans plus tard, fortune faite, ce Pdg idéaliste de 44 ans préside aux destinées de Jaber’s Negoce, une société sise dans le quartier de la place de l’Etoile.
Epaulé par son frère Mazen, il exporte jusqu’à 350 000 tonnes de denrées alimentaires (sucre, farine, blé, achetés sur les places boursières) par an vers l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale. Le magazine économique L’Expansion a, voilà peu, classé l’entreprise parmi les dix plus belles réussites des années 1990.
Inspiré par des idées simples – ‘Ce sont généralement les meilleures’, dit-il, – il révolutionne le commerce avec l’Afrique : tandis que ses concurrents affrètent seulement des portions de cargo, lui voit grand et remplit des navires entiers. Ces économies d’échelle lui ont permis de réduire ses prix de vente. Et de bousculer les entreprises du secteur, un peu assoupies. ‘Mais les débuts furent difficiles : on m’a dénigré et mis des bâtons dans les roues.

Boycotté par des fournisseurs hexagonaux, j’ai dû m’approvisionner aux Pays-Bas et en Allemagne. Moralité : même lorsqu’on est hyper-compétent, l’intégration dans la société française ne va pas sans mal’, sourit, sans rancune, cet homme d’affaires qui collectionne des peintures africanistes du XIXe et du XXe siècle et se passionne pour le pilotage aérien.

Fier de sa triple identité – sénégalaise, française, libanaise – Abbas Jaber livre à travers son exemple la clef du succès des Libanais d’Afrique. ‘Alors que mes concurrents exigent des lettres de crédit, des paiements sécurisés et des garanties en tout genre, je me contente souvent d’un engagement verbal. A tout codifier, on finit par déshumaniser les échanges. Et par créer des rapports de suspicion, de méfiance et, finalement, d’inélégance avec ses clients. Or, d’une grande noblesse d’âme, les Africains se sentent bien davantage liés par la parole que par un contrat écrit, toujours sujet à chicanerie en raison d’une virgule mal placée’, souligne cet amoureux du Continent noir qui parle et, parfois, rêve en wolof.

Dans ses bureaux parisiens du XVIe arrondissement, aménagés selon les principes de ‘déco’ du feng shui, il présente fièrement sa performante équipe un joli melting-pot d’une vingtaine de salariés, tous Bac + 5, originaires du Mali, de Madagascar, du Maghreb, des Philippines, mais aussi… de Bretagne ou du Pays basque! ‘Voici la France de demain!’, s’exclame ce Pdg d’entreprise ‘citoyenne’, ravi que le gouvernement Raffarin compte en son sein Tokia Saïfi, secrétaire d’Etat au Développement durable.

‘Une autre preuve vivante, insiste-t-il, que les immigrés peuvent réussir en France ailleurs que dans le foot ou les spectacles comiques…


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