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ABDOU SALAM SALL SUR LE BILAN DES ASSISES DE L’EDUCATION ET DE LA FORMATION 10 AXES DEGAGES POUR REFONDER LE SYSTEME EDUCATIF

Les Assises nationales de l’Education et de la Formation ont baissé les rideaux samedi dernier après trois jours de réflexions (28, 29 et 30 août) assortis de recommandations. Le président du Comité national de pilotage, Abdou Salam Sall, tire le bilan dans cet entretien qu’il nous a accordés hier, lundi au siège des Assises. L’ancien recteur de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar revient ici sur les 10 axes qui fondent les orientations d’une école sénégalaise refondée. Non sans avoir soulevé la question du pacte de stabilité dont les syndicats d’enseignants ont émis des réserves. Il a par ailleurs aussi soutenu que la masse salariale du ministère de l’Education nationale (Men) rémunère un personnel sous qualifié.
M. le président du Comité de pilotage des Assises, nous voilà au terme des Assises assorties de recommandions pour une refondation de l’école sénégalaise. Quel regard portez-vous sur les différentes recommandations ?
Nous sortons des Assises avec un plan consensuel qui fixe des orientations générales, mais aussi opérationnalise certaines orientations. Le gouvernement a tous les atouts pour convoquer rapidement le conseil présidentiel. On peut retenir dix axes.
Les Assises veulent donner au système éducatif sénégalais un haut statut social. Ce qui veut dire, dans la société chaque jour on parle de l’éducation. Ce n’est plus un évènement. On doit en parler chaque jour. C’est la raison pour laquelle on a donné une clé usb contenant l’ensemble des éléments des Assises aux 350 délégués pour leur permettre de parler de l’Education en sachant, un connaisseur. Le moment est venu aussi d’outiller davantage la presse qui est l’interface avec la société pour une plus grande diffusion du rôle et de la place de l’éducation. En somme, il s’agit de créer une tension permanente sur l’intelligence.
Deuxièmement, il faut qu’on améliore les valeurs de la  société en passant par l’école. On veut faire mettre au fronton de tous les établissements trois valeurs : le respect, la foi et la créativité. On engage l’enseignant à apprendre aux élèves à apprendre. C’est-à-dire à rendre les élèves autonomes dans leur apprentissage : la condition de base est, entre autres, la généralisation de l’accès à l’internet avec les outils informatiques. Mais aussi d’apprendre aux élèves à entreprendre. Celui qui entreprend n’à rien avoir avec celui qui essaie de se placer. Il urge de créer cette culture.

Le troisième axe est la gouvernance transformationnelle. Il s’agit d’une gouvernance partenariale où la communauté est au cœur du processus. Nous poussons pour que l’acte 3 de la Décentralisation engendre une plus grande responsabilisation de la communauté, notamment les anciens élèves dont l’ apport peut être décisif dans la transformation.

Nous avons formulé quatrièmement des recommandations sur le financement pour d’abord mobiliser davantage les ressources pour l’éducation à partir de fonds public, privés, des partenaires, mais aussi de l’environnement bancaire, notamment de créer une banque éducative  et la banque de solidarité islamique du Sénégal.

Une fois les ressources mobilisées, on a proposé une méthodologie pour l’optimisation des ressources par des conférences budgétaires ascendantes. Il faut aussi que tout le monde rende compte. La réédition des comptes est un principe qui concerne tout le monde.

Nous avons engagé le gouvernement pour le cinquième aspect : le plan  de rattrapage de la petite enfance. Parler de généralisation de la petite enfance, c’est déjà de changer de paradigmes, parce que le préscolaire n’est pas la petite enfance. Le daara du coin est aussi de la petite enfance et prépare les enfants aux apprentissages. Si on arrive à le faire, nous préparons l’enfant à l’ouverture totale grâce à l’accès aux technologies et à l’éducation religieuse.

Le sixième axe consiste à unifier le système éducatif, l’intégrer, c’est-à-dire considérer le daara, l’école classique, le franco-arabe comme un tout avec une possibilité d’entrée différenciée mais de sortie unique. Former un sénégalais imbus de ses valeurs de civilisation.

Le curricula est le septième axe des recommandations. A l’élémentaire, il faut commencer partout par les langues de terroirs, assurer le transit au français et dispenser l’enseignement religieux dans le cadre de l’éducation de base pendant dix ans. Sans oublier d’accorder une attention particulière pour la Science, généraliser l’utilisation des Tic et mettre en bonne place le sport, la santé et la nutrition. Le curriculum doit être dressé en articulation avec le milieu et ouvert au monde.
A la sortie de l’éducation de base de 10 ans, l’axe huit consiste à répartir les fruits entre l’enseignement général et l’enseignement professionnel et technique. Orienter à terme 30 à 40% des élèves dans l’enseignement professionnel et technique. Installer des établissements professionnel et technique qui devront avoir des programmes en articulation avec les atouts différenciés des régions.
Le neuvième axe consiste à héberger toutes les structures d’enseignement dans les universités en confiant 50% des enseignements aux professionnels (inspecteurs, enseignants chevronnés…). Désormais, recrutés à partir du Bac les futurs enseignants et les former pendant 2 ans au moins dans un premier temps et 3 ans au moins dans un second temps.
Le point dix parle des textes normatifs. Le premier texte est le code de déontologie de l’enseignant, le serment et le pacte de stabilité. Si on nous juge par ces trois textes normatifs, les Assises ont mis le Sénégal  à un niveau de standard élevé. Les dix points que j’ai relevés engendrent les paramètres  que partagent tous les systèmes éducatifs efficients.
Les syndicats d’enseignants ont émis des réserves sur le pacte de stabilité. Ces réserves ne peuvent-elles pas plomber l’attente sur les recommandations ?
Les syndicats d’enseignants ont été impliqués dans la conception du pacte de stabilité. Si on a un code de déontologie et un pacte aussi fouillés, c‘est parce qu’il y avait des syndicalistes chevronnés dans les commissions. La question qui se pose est qu’il faut que le gouvernement donne les garanties pour qu’il ait un pacte. Un pacte veut dire que je m’engage à garantir la stabilité si vous aussi, vous respectez vos engagements. Un pacte ne veut pas dire qu’il n’y a pas de perturbations. S’il y a rupture de dialogue, il y’a perturbation. Un pacte fait le lit du dialogue. C’est pour cela que nous n’avons pas travailler pour la signature du pacte lors des Assises. C’est un instrument qui devra suivre. Et le Chef de l’Etat et le gouvernement se sont engagés pour créer les conditions de signature du pacte. Il y’a des syndicats qui peuvent signer le pacte, d’autres peuvent se référer à leur instance et demandent un certain nombre de garanties.
Le problème de la stabilité est la dynamique de transformation du système éducatif et le mouvement qu’on va créer. Il est clair que pour avoir un système éducatif stable et durable, il faut traiter les iniquités qui sont dans la fonction publique. Tout système inéquitable n’est pas durable parce  que portant les germes de la perturbation. Les instruments de stabilité consiste à payer l’enseignant régulièrement à temps, lui donner un statut social respectable, un environnement bancaire avec la création de la banque éducative et la Banque islamique de développement, obtenir du crédit avec des taux d’intérêts planchés faibles. Un des objectifs des Assises est de casser la bipolarité entre syndicats et Etat. Toute la communauté s’engage. Il faut qu’on ouvre une autre page de co-construction où chacun se demande sur ce qu’il peut apporter pour faire bouger les choses. C’est à partir  de l’école qu’on construit tous les plans émergents ; capter toutes les opportunités    qu’offre la position géographique du  Sénégal.
Si nous voulons un développement, il faut créer une masse critique de talents dans l’ensemble des domaines pour ouvrir un nouveau paradigme. Chaque cinq an, il faut convoquer l’ensemble des sensibilités du Sénégal pour leur soumettre les résultats d’une évaluation faite au préalable et les vérifier si les orientations sont toujours en articulation avec les objectifs fixés. Rien n’est figé pour une école de la réussite. Tout est dynamique. Il faut respecter les paramètres qui sont entre autres les infrastructures de qualité, un environnement calme, d’apprentissage, un ratio élève et enseignant acceptable, un temps de travail conséquent avec des rythmes appropriés et des enseignants qualifiés. La solution est l’éducation. Nous avons mis entre les mains des sénégalais un outil pour explorer l’éducation à fond.
Parlant du budget du ministère de l’Education nationale, le palme revient au fonctionnement  avec une masse salariale de 84%. Comment comptez-vous s’attaquer à ce paradoxe si l’on veut parler de qualité de l’enseignement ?
La masse salariale rémunère un personnel sous qualifié. Nous voulons un personnel  qualifié qui sera coûteux. Le Sénégal fait beaucoup d’effort, mais consacre 6% de son PIB à l’Education. La Namibie est à 8%  de son Pib. On a suggéré à l’Etat un certain nombre niches à explorer pour renforcer davantage les ressources publiques dédiées à l’éducation. On peut retenir que 26% de l’argent de l’éducation est mobilisé par les familles. C’est le deuxième bailleur, avant les partenaires techniques et financiers. Nous avons dit d’explorer l’environnement bancaire pour aller le plus loin possible.
Conscient des enjeux de l’éducation, quelle doit être la posture des enseignants, des élèves, parents d’élèves et de l’Etat pour booster le secteur de l’éducation? 
Un peuple change de cap quand tous les acteurs s’accordent sur la nouvelle polarité. C’est un mouvement d’ensemble et de compréhension des mutations historiques. Tout le monde doit  se mobiliser pour pousser à mettre en œuvre les recommandations porteuses de transformations de la société sénégalaise extrêmement enracinée dans ses valeurs culturelles et de foi.
Sud quotidien

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