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Abdoulaye Babou : Moustapha NIASSE est le principal artisan de sa défaite à la présidentielle

Porte-parole de l’Afp, Me Abdoulaye Babou a aussi été le plénipotentiaire de son parti au sein du Cadre permanent de concertation de l’opposition (Cpc). Deux strapontins qui lui ont permis de vivre, de l’intérieur, tous les combats de l’opposition face au président Abdoulaye Wade. C’est avec ce prisme, non déformant, que l’actuel ministre du Travail, de la Fonction publique et des Organisations professionnelles, analyse la défaite, lors de l’élection présidentielle du 25 février dernier, des adversaires de Me Wade, notamment la déroute de son ancien mentor Moustapha Niasse. Selon l’ex-porte-parole de l’Afp, celui-ci est l’artisan de sa propre défaite tout comme il considère que la débâlce de l’opposition à cette élection s’inscrit dans l’ordre logique des choses. Me Babou finit la première partie de cet entretien en révélant que l’Etat lâche Malick Camara Ndiaye dans le conflit autour du fauteuil de directeur général de l’Institution de prévoyance retraite (Ipres).
Wal Fadjri : Vous connaissez bien l’opposition pour avoir été, avant d’occuper vos fonctions actuelles, le porte-parole de l’Afp et, vous étiez, en même temps, le plénipotentiaire de votre ancien parti au Cadre permanent de concertation de l’opposition (Cpc). Selon vous, qu’est-ce qui explique la défaite des candidats de l’opposition lors de l’élection présidentielle du 25 février 2007 ?

Me Abdoulaye Babou : Il est bon de parler du vécu. Des analyses sont faites çà et là sur la défaite de l’opposition et, évidemment, sur la victoire du président Abdoulaye Wade. Je vais vous dire ce que j’ai vécu. En tant que membre de l’opposition qui siègeait au Cadre permanent de concertation de l’opposition (Cpc) pour le compte de l’Afp, je m’étais rendu compte que l’opposition n’avait d’autre baromètre de son audience que la presse. C’est moi qui organisais souvent les conférences de presse et on était tout content lorsque celles-ci étaient relayées par les radios et que le lendemain, elles faisaient la Une des journaux. Et on pensait que c’était très bien ainsi et que les Sénégalais étaient acquis à notre cause. Nous avions aussi beaucoup minimisé le président Wade. Certains, parmi les leaders de l’opposition, donnaient un jugement un peu crypto-personnel sur lui. Chacun relatait, avec délectation, l’expérience qu’il a vécue avec le président Wade pour en tirer une conclusion subjective : ‘Abdoulaye Wade dou liggeye, menoul liggeye (Abdoulaye Wade ne va pas travailler, il ne sait pas travailler : Ndlr)’. Ils le disaient souvent. Et, jusqu’à présent, malgré la défaite cuisante de l’opposition, je me rends compte qu’ils véhiculent encore ces idées reçues. Un grand leader de l’opposition le répète souvent, en disant que les tenants actuels du pouvoir ne connaissent pas l’Etat. Donc, c’est ancré dans leur tête. Je me demande même si cela ne mérite pas une psychanalyse. C’est comme si ceux qui sont restés au pouvoir pendant quarante ans pensent qu’ils sont les bien nés, que ce sont eux les meilleurs et les thiouné (les incompétents : Ndlr), ce sont les autres. En fait, c’est beaucoup plus psychologique qu’autre chose. Je donne un exemple : On se délectait, quand on était au Cpc, de ce qu’allait faire Abdoulaye Wade. Et d’aucuns disaient qu’il ne pouvait pas faire plus que la Porte du Millénaire pendant son quinquennat. On était ainsi parti sur une base fausse, sur un constat faux. Pour preuve, je ne prendrai exemple que sur mon département, Mbacké. Pendant les trois semaines de campagne électorale pour la présidentielle et lors des deux semaines de pré-campagne, je n’ai pas vu dans le département de Touba-Mbacké, un seul dirigeant de l’opposition. Alors que nous étions, tous les jours, de 7 h à 23 h, dans les communautés rurales. Nous avions choisi d’investir le terrain parce que ce sont les populations qui votent. L’opposition qui est restée dans les salons climatisés, comment pouvait-elle gagner, par exemple, dans le département de Mbacké ? C’est impossible. C’est ça la réalité.

Wal Fadjri : Mais l’opposition incrimine le fichier électoral qui, selon elle, n’est pas fiable…

Me Abdoulaye Babou : (Il coupe). C’est une bataille malvenue. Ceux qui contestent, aujourd’hui, le fichier, avait envoyé leurs experts pour l’auditer. Les résultats de l’élection présidentielle, vous-mêmes journalistes les avez relayés bureau de vote par bureau de vote, le jour même du scrutin. Il était impossible de frauder. La vérité, c’est que l’opposition n’a pas travaillé et se suffisait de ses communiqués et conférences de presse. Alors que le paysan de Ngayyi (une communauté rurale du département de Mbacké : Ndlr) ne s’intéresse même pas aux conférence de presse. Je vais vous donner encore un exemple beaucoup plus concret. La communauté rurale de Ngayyi était dominée par le Ps. Mais, il m’a fallu une simple descente dans cette localité pour que tous les conseillers ruraux démissionnent, à l’exception du président de la communauté rurale qui a excipé d’une laison familiale avec le représentant du Ps à Ngayyi. L’exemple de Touba-Mbacké est valable aussi bien dans d’autres régions. Au Pds, nous avons préféré occuper le terrain en parlant aux gens. Le Sénégalais n’est pas de nature compliqué, mais il aime qu’on le respecte. S’y ajoute les réalisations du président Wade. Ce qui est visible en ville avec les différents chantiers, l’est aussi à l’intérieur du pays. Des cases de santé, des cases des tout-petits, les réseaux d’hydraulique rurale, d’électrification rurale, des maisons communautaires, et des présidents de communautés rurales qui roulent en 4×4…, ces réalisations de l’alternance sont visibles partout où vous allez au Sénégal. Et, pendant quarante ans de régime Ups/Ps, il n’y a pas eu tout ça. C’est ça la politique, elle se fait sur le terrain. Ce n’est pas en tirant sur le président de la République, par presse interposée, que l’on gagne une élection. Je ne veux pas rentrer dans les détails, mais ces attaques sont le plus souvent cryto-personnelles. Kouthie nek amna foo dire ak président Wade (Chacun d’eux – les leaders de l’opposition – à une expérience personnelle avec le président Wade : Ndlr). Les leaders de l’oposition devaient, à mon avis, être plus républicains que cela et accepter leur défaite. Mais, le président Wade n’a-t-il pas été battu plusieurs fois à une élection présidentielle ? Pourtant, des fois, comme en 1988, certains Sénégalais avaient pensé qu’il avait gagné et étaient spontanément descendus dans la rue, sans qu’il le leur demande, comme tente de le faire, en vain, l’opposition boycotteuse. Aussi, quand j’entends ces mêmes gens de l’opposition critiquer le projet Sénat, j’ai l’impression qu’ils oublient que ce sont eux qui avaient voté, par plébiscite, la Constitution de 2001. Mon sentiment est que les leaders de l’opposition ne s’arrêtent pas un seul instant pour regarder dans le rétroviseur. Au lieu de bocarder le pouvoir ou d’invoquer des prétextes fallacieux, il faut que cette opposition tire les leçons de son inertie. Ce n’est pas en restant à Dakar que l’on gagne une élection. Il faut decendre de manière permanente sur le terrain et présenter un programme aux Sénégalais. L’opposition n’a fait ni l’un ni l’autre. Sa défaite s’inscrit dans l’ordre logique des choses.

Wal Fadjri : Dans la dynamique d’analyse de la défaite de l’opposition, le candidat de votre ex-parti, l’Afp, a dégringolé de 17 % à 5 % lors de la dernière élection présidentielle. Comment expliquez-vous cette contre-performance ?

Me Abdoulaye Babou : Losrque la presse a interpellé Moustapha Niasse sur cette régression, il a rétorqué que c’est un chiffre octroyé. Je ne le pense pas. Parce que j’ai été le premier à attirer son attention sur la perte de vitesse de l’Afp. En plein Bureau politique, je me suis levé et je lui ai dit que s’il continue à piloter l’Afp comme il le fait, aux prochaines échéances électorales, le parti n’aura même pas 7 %. (La main sur le cœur). Je le lui ai dit et je prends Dieu à témoin. Il était dans tous ses états. Voilà pourquoi, j’ai eu, par la suite, des problèmes avec lui. Il m’en a voulu à mort. Il pensait que c’était une attaque personnelle alors que, pour moi, cela relevait d’une analyse. Je voyais que l’Afp était en perte de vitesse et, de manière inversement proportionelle, le Ps faisait des progrès énormes. Je voyais qu’au niveau du Cpc, l’Afp avait perdu la place qui est la sienne. Les gens fuyaient l’Afp à cause de la manière dont Moustapha Niasse gérait son parti. Voilà quelqu’un qui n’a pas su saisir la chance qu’il avait. Il a fait son appel et les gens ont répondu massivement, mais c’est comme s’il les rejette. Cela veut dire tout simplement qu’il ne sait pas manager un parti parce que cela suppose gérer des hommes, des états d’âme. Mais, pour un rien, on expulse les gens. Et pour toute explication, on déclare que l’Afp est un train et, qu’à chaque gare, des gens descendent tandis que d’autres montent. Seulement, maintenant, l’Afp est arrivée en gare, mais il n’y a plus personne à bord. Et le principal responsable, c’est Moustapha Niasse et personne d’autre. Il est le principal artisan de sa défaite à l’élection présidentielle. Je ne regrette pas d’avoir quitté l’Afp parce que, comme on dit, l’étiquette ne correspond pas à la marchandise. C’est du faux. Niasse n’incarne pas le message contenu dans son appel du 16 juin 1999. Je le dis le plus gentillement du monde. Malheureusement, chaque jour des gens quittent l’Afp en invoquant le mêmes raisons que moi, mais on continue à nier, à dire qu’ils ont été corrompus. Quand Moustapha Niasse avait dit qu’on m’avait acheté à 100 millions de francs Cfa, je lui avais demandé si seulement, il avait eu à me remettre un sou durant notre compagnonnage. Au contraire, si on faisait des comptes, c’est moi qui ai laissé des sous à l’Afp.

Wal Fadjri : Mais, de farouche opposant du président Wade, vous avez tourné casaque pour être, aujourd’hui, son principal défenseur. Avouez que c’est étonnant.

Me Abdoulaye Babou : Il n’y a rien d’étonnant. J’ai eu la chance que le président de la République m’appelle à ses côtés. C’est un grand patriote qui veut mettre en place un grand parti. Et il n’est pas rancunier, c’est le propre des grands hommes d’Etat. L’occasion m’a été donnée de lui dire, à Touba : ‘Monsieur le Président de la République, mane xawma nouma laye fayé (Monsieur le Président de la République, je ne sais comment vous payer en retour : Ndlr). Je me suis battu pour un homme jusqu’à ce que tout le monde dise que j’étais son baye fall et je n’ai récolté rien du tout, en retour. Quand les fruits sont arrivés, il a servi ses amis. Mais, vous, je vous ai attaqué, et de bonne foi, mais c’est vous qui m’avez appelé à vos côtés pour servir mon pays’. Comme le président Wade l’a fait pour moi, il l’a fait pour d’autres et le fera encore. C’est la nature de l’homme. Le geste vaut tout l’or du monde. Voilà ce qu’est un homme d’Etat.

Wal Fadjri : Parlons maintenant du boycott actif des élections législatives par une partie de l’opposition. Que pensez-vous de cette méthode de lutte ?

Me Abdoulaye Babou : C’est une grave erreur. Avec le boycott des élections législatives par une partie de l’opposition, je vous assure que le Pds restera au pouvoir cinquante ans. Parce que tous les partis de l’opposition boycotteuse vont se liquéfier. Et eu égard à l’ouverture du Pds, sa capacité d’absorption et la perte d’audience des formations politiques de l’opposition, le régime en place restera pendant longtemps au pouvoir. Voyez-vous un dirigeant charismatique qui puisse faire le poids devant le président Wade ? Je n’en vois pas. Voyez-vous un parti d’opposition qui a un programme qui puisse égaler celui du Pds ? Je n’en vois pas.

Wal Fadjri : Que pensez-vous du dialogue souhaité entre le pouvoir et l’opposition boycotteuse ?

Me Abdoulaye Babou : D’abord, il y a un préalable. Nous sommes dans une République. Et quand on dit République, c’est l’Etat de droit. L’élection présidentielle est derrière nous. Les Sénégalais ont, encore une fois, fait confiance à Me Abdoulaye Wade. Avant de faire quoi que ce soit, l’opposition doit reconnaître que Me Wade est réélu président de la République du Sénégal. Pour le reste, le chef de l’Etat a à gérer tout un pays, sans exclusion. Qu’il s’agisse des opposants ou non, de politiques ou de non politiques. Je vous ai dit tout à l’heure que le président Wade est un grand homme d’Etat. Qu’il se retrouve, demain, autour d’une même table, avec les leadres des partis qui ont boycotté les législatives, ne m’étonnera pas. Cela s’inscrit dans l’ordre logique des choses. Mais, encore une fois, le préalable c’est qu’ils reconnaissent sa victoire. Dans une République, il n’y a pas un chef d’Etat de fait, il y a un chef d’Etat de droit. Et, actuellement, au Sénégal, c’est le président Abdoulaye Wade. Qu’ils reconnaissent de manière nette et claire que Me Wade est le président de tous les Sénégalais. A partir de ce moment, il peut les recevoir comme il reçoit les syndicats, le citoyen sénéglais tout court.

Wal Fadjri : Pensez-vous que le dialogue doit nécessairement aboutir à un report des élections légsilatives ?

Me Abdoulaye Babou : Pourquoi voudriez-vous qu’il y ait report ?

Wal Fadjri : Parce que certains croient savoir que le dialogue entre le président Wade et l’opposition boycotteuse doit inévitablement aboutir sur un report des législatives.

Me Abdoulaye Babou : Il faut respecter le calendrier républicain. Il y va de la crédibilité du Sénégal. Et puis le président Wade n’a-t-il pas boycotté des élections, par le passé ? Est-ce que, pour autant, le régime en place, à l’époque, avait cru devoir reporter les élections ? Le fait de boycotter des élections, c’est un acte politique. Que ceux qui commettent cet acte politique, l’assument. C’est tout. Les Sénégalais doivent-ils souffrir de cet acte politique ? Je ne le pense pas. Mais, la vérité, je vais vous la dire : l’opposition a peur que les mêmes causes ne produisent les mêmes effets. La défaite des candidats de l’opposition à la présidentielle a été tellement cinglante et surprenante que leurs partis n’ont pas le courage d’aller aux législatives. Le président Wade peut donc, pour me résumer, les recevoir, c’est normal parce que ce sont des citoyens comme les autres. Mais, le report des élections législatives est une demande irrecevable.

Wal Fadjri : Avant de parler du front social, nous souhaitons vous entretenir, d’abord, sur la situation à l’Institution de prévoyance retraite (Ipres) qui n’arrive toujours pas à avoir un directeur général. Pourquoi ces atermoiements ?

Me Abdoulaye Babou : Je vous dirais d’emblée que l’Etat veut régler le problème de l’Ipres une bonne fois pour toute. Pour commencer, sachez que l’Etat n’a plus de candidat pour le poste de directeur général.

Wal Fadjri : Voulez-vous dire que l’Etat a lâché son candidat Malick Camara Ndiaye ?

Me Abdoulaye Babou : Ce que je peux vous dire, c’est que l’Ipres peut désormais choisir, librement son directeur général. (A suivre)

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