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Abdoulaye Matar Diop : «Si Wade choisit son successeur, le Pds implose»

Abdoulaye Makhtar Diop, Secrétaire général des Socialistes unis pour la renaissance du Sénégal (Surs), prédit une implosion du Pds, si le Président Abdoulaye Wade désigne un successeur. Il reste d’avis que Karim Wade ne peut pas succéder, tout seul, à son père. M. Diop revient aussi sur sa défaite à l’élection du Grand Serigne de Dakar, entre autres questions.
Que peut-on retenir des titres fonciers appartenant à la Collectivité lébou ?

Quand Bassirou Diagne a été intronisé, Ismaïla Guèye, le Ndey Njambuur lui a remis un certain nombre de titres fonciers. Parce que la collectivité lébou a quelque chose de particulier : d’avoir un patrimoine qui lui appartient de façon indivisible. Et, quand ça s’est passé, une partie de la collectivité, qui s’est opposée à lui et dirigée par Alioune Diagne Mbor, qui a remplacé comme Ndeye Djirewe, Thierno Yoro Diagne, a intenté un procès contre lui pour dire que Bassirou Diagne n’a pas le droit à la gestion des biens de la collectivité. Un jugement a été rendu et, il est donné droit à cette fraction de la Collectivité lébou et permis à Alioune Diagne Mbor de percevoir des redevances de certains terrains. Ce sont des terrains qui sont sur l’avenue Lamine Guèye, le Parc Lambaye. Ça appartient à la Collectivité lébou. Ça faisait partie du combat de mon père.

Qui gère ces terrains ? Qu’apportent-ils réellement aux lébou et où passe l’argent récolté ?

Nous voulons que Alioune Diagne Mbor et tous les gens qui sont derrière lui, qui gèrent ce patrimoine, les remettent à la disposition de la collectivité. C’était aussi une des raisons de ma candidature. Nous voulons que la Collectivité lébou participe à la modernisation de Dakar. On ne peut pas continuer la cantinisation, percevoir des loyers de 50 mille francs Cfa et se les partager.

Il faut aller voir les Alioune Diagne, leur dire où sont les comptes, quels sont les montants. Quand il y a un notable qui décède, on dit qu’on donne 2 millions de diaxaal et c’est tout. La Korité approche, on donne 600 mille, la Tabaski, pareil. Or, ce que nous voulons avec les cadres, les femmes, c’est de participer à la valorisation de Dakar. Il y a beaucoup de cadres lébou qui partagent ce point de vue.

Nous voulons, à l’avenue Lamine Guèye, ériger des immeubles de 30 étages. Nous avons 400 mille m2 de terrain en plein cœur du Plateau, au quartier de Sandiniéry. Ce que nous voulons aujourd’hui, c’est y construire des immeubles à côté de la Gendarmerie. A Gouye Salane, avenue Lamine Guèye angle Sergent Malamine, le quartier appartient au Pecc. Le quartier de Gouye Salane a, aujourd’hui, 60 millions de francs Cfa séquestrés. Parce qu’il y a des divisions dans le Pecc.

Notre projet, c’est de valoriser les sols. Créer ensuite une véritable solidarité entre les lébou, en créant des assurances maladies pour qu’à partir de l’argent généré, qu’on puisse prendre en charge les personnes du troisième âge, les enfants et les jeunes. Créer une assurance pour les études de nos enfants, créer un lieu de transport à travers Dakar avec les dakarois, parce que Dakar ce ne sont pas seulement les lébou. Car, nous sommes un peuple ouvert au point que Jean Paul Dias se réclame lébou. C’est ça notre ambition et on va l’étendre à tous les villages traditionnels : Ngor, Ouakam, Yoff et autres. C’est moi qui ai proposé, pour la première fois, le transport maritime pour désengorger Dakar.

J’avais proposé aussi des projets comme l’aquaculture et je pense par là à l’ostréiculture, la culture des huîtres, la pisciculture. Nos côtes sont plus poissonneuses que les côtes américaines. Or, aujourd’hui, 60 % des crevettes produites dans le monde sortent des champs de crevettes.

Nous voulions, si nous étions arrivés au poste de Grand Serigne, étant l’interlocuteur du gouvernement, des autorités locales, leur dire que nous voulons décharger l’Etat par le fait de la subsidiarité de la prise en charge des populations appartenant à la Collectivité lébou.

Vous semblez, donc, déçu de ne pas être élu Grand Serigne ?

Non, je ne suis pas du tout déçu. Au contraire, si l’on s’en tient aux résultats stricts bruts, il y a de quoi tirer fierté. Fierté de ce que les Njambuurs de Dakar ont retrouvé leurs pouvoirs. Depuis 1969, ils n’ont élu personne, chacun s’arrangeait pour élire le Njambuur qu’il veut.

Je suis fier que la collectivité et les Njambuurs retrouvent leurs pouvoirs. Je suis fier que les chefs de quartier aient pu se réunir. Et, je suis fier que la démocratie ait joué jusqu’à ce qu’on arrive à un score de 18 contre 17 avec un bulletin nul.

Des gens de mon bord, le surlendemain, ont voulu contester les résultats sur la base d’une approche scientifique. Parce que pour être élu, en principe, c’est la moitié des voix plus une : ça fait 19 voix. Mais, à 18 voix, il n’y a pas de majorité absolue, il fallait tout recommencer, c’était contestable. J’ai dit aux gens : «Non, nous n’étions pas en compétition ni en adversité.»

Tout ce que j’ai développé dans votre journal, je ne l’ai pas développé, parce que nous n’étions pas en campagne. Je n’ai pas dit ça dans la presse, à la radio. Ensuite, l’élection est une élection censitaire, au suffrage universel indirect. Parce que si j’avais fait campagne auprès des jeunes lébou, c’est sûr que 90 % des lébou m’auraient suivi.

Massamba Coki est élu Grand Serigne de Dakar, c’est le monde qui évolue comme ça. Aujourd’hui, il n’a ni la notoriété ni la notabilité au Sénégal pour être connu. Maintenant qu’il est Grand Serigne, il va peut-être se faire connaître, mais cela est du temps perdu pour tout le monde.

Dakar se retrouve en un seul camp, c’est le camp des 36 Njambuurs des 12 Penc. L’affaire de Bassirou Diagne devient un épiphénomène, il ne faut pas s’attarder là-dessus. Et, je crois que Abdoulaye Wade même, pour aider la collectivité lébou, en avait fait un Ambassadeur itinérant pour qu’il se décharge. S’il ne se décharge pas, nous continuerons à gérer notre collectivité dans l’unité.

Je veux que Massamba Coki Diop ait encore les ressources d’intelligence, pour essayer de voir comment mettre en pratique de telles idées avec les cadres. Les cadres qui ont vu et entendu mes propositions pensent que nous devons, en marge de la collectivité, organsiner tout ça et trouver un support pour porter ce projet que j’ai.

Mais, il existe un cadre des lébou qui s’appelle le Peey.

Effectivement, le Peey existe. Je compte, d’ailleurs, sous peu, les rencontrer avec d’autres qui ne sont pas très impliqués pour qu’on réfléchisse ensemble. Le Peey fait un travail extraordinaire avec des gens comme Sakhir Diagne, Matar Mbengue, les Ousseynou Diagne. Il est grand temps de trouver une articulation entre la collectivité adossée à son passé et les jeunes du Peey, qui ont une posture prospective. On va organiser cette synergie avec le Peey et un point d’application pour porter ces ambitions.

Les lébou sont confrontés à de sérieux problèmes fonciers. C’est le cas à Yoff où des auberges sont construites à deux pas du mausolée de Seydina Limamoulaye, Al Mahdi.

Il faut poser le problème en termes de responsabilité de l’Apecsy (Association pour la promotion économique et sociale de Yoff). L’Apecsy, qui gère la terre des Yoff, devrait avoir véritablement ce qu’on appelle un plan d’occupation de sol. Et dire que dans un périmètre déterminé, on ne peut y construire certaines infrastructures au nom de la morale, de la religion et du respect de nos valeurs. Ça, c’est la première responsabilité de l’Apecsy.

La seconde responsabilité, c’est celle de l’Etat. Parce que le ministère, qui est chargé d’autoriser la construction des infrastructures dans le domaine maritime, aurait dû refuser.

J’ai appris que beaucoup de ces immeubles n’ont aucun réseau de traitement des eaux usées. Il n’est pas trop tard pour arrêter ça.

On ne peut pas avoir des conflits de terre, éternellement. Les conflits de terre doivent être tranchés, surtout dans un pays où il y a le Cadastre.

Il faut que la collectivité se réunisse autour d’idées fortes, qui ne sont pas des idées de discrimination, mais des idées de solidarité avec la Nation entière. Nous avons des ressources et des hommes compétents, pour participer à la stabilité et au développement du Sénégal dans la paix.

Quel est votre avis sur la situation politique et le débat sur la succession de Wade ?

Le Sénégal est dans une situation grave ; grave d’une anxiété des populations née de ce qu’on appelle la bataille de succession. Comme le disent les Grecs, l’homme a peur de l’inconnu, c’est-à-dire du Potos. Aujourd’hui, je pense que le devoir du président de la République, c’est de dire aux Sénégalais : «Moi Abdoulaye Wade, je continue mon mandat.» Il faut, de 2008 à 2012, que nous soyons sûrs que Abdoulaye Wade va continuer son mandat. Et qu’entre-temps, il est libre de préparer une équipe ou un individu pour sa succession. Mais, que Wade rende aux Sénégalais le service de leur dire Inch’Allah, je continue mon mandat. Il est libre, maintenant, de voir parmi les hommes qui sont avec lui : Macky Sall, le président de l’Assemblée, Pape Diop et tous les autres, quel bloc former pour assurer sa succession.

Même son fils Karim Wade…

Mais, bien sûr. Mon sentiment est que les leaders charismatiques au Sénégal, c’est fini. C’était déjà fini avec Abdou Diouf, vous avez bien vu qu’au dernier mandat de Abdou Diouf, il n’était plus un leader charismatique. On a tenté de recoller la chose avec le Ps en essayant d’amener une équipe.

Si le Pds ne le comprend pas, si Wade ne le comprend pas, un seul individu, Karim Wade, tout seul, ne peut pas remplacer son père. Pris individuellement, il ne peut pas remplacer Abdoulaye Wade. Les élections législatives que nous venons de vivre -pour des gens qui jettent un regard scientifique sur ces phénomènes- montrent parfaitement l’écart entre Wade et le reste de son parti. Vous avez vu tous les ministres sur la liste, tous les présidents des Conseils régionaux, les Pca de sociétés, tous les directeurs généraux, n’ont pas été capables d’avoir 25%. Si Wade met quelqu’un en selle, son parti va éclater et le Sénégal va être dans une ère d’instabilité.

Pour nous, hommes politiques, notre intérêt et celui du Sénégal, c’est qu’on s’installe sur la stabilité pendant les cinq années à venir.

Pourquoi votre parti ne porte-t-il pas le débat sur la scène politique ?

C’est ce que nous allons faire, désormais. Nous avons dépassé les élections locales et avec un groupe d’amis nous cherchons. Je peux comme beaucoup de sénégalais, les gens du Ps, de l’Afp, participer à la marche du pays, nous avons un bon cursus. Ce que Sarkozy fait en France, Wade peut le faire, il a pris Bernard Kouchner, Bockel qui sont des socialistes.

Si Wade nous dit : «Si l’Afp de Moustapha Niasse ne marche pas, je prends Denise Derneville. Je cite son nom, parce qu’elle fait l’actualité. Le Ps de Ousmane Tanor ne marche pas, je prends Sergine Mbaye Thiam. Ablaye Mactar, je le prends, son parti continue.» C’est comme ça qu’on peut faire des offres de services.

Donc, vous êtes prêt à rejoindre Wade ?

Mais, depuis 2000 je le dis. En fait, je ne sais pas, peut-être que je suis répulsif, je ne sais pas. Si j’étais une belle demoiselle, je me serais posé des questions.

Peut-être, parce que vous avez une forte personnalité et êtes une forte tête…

Une forte personnalité, peut-être, je suis un homme de principes. Quand je dis que je suis disposé à travailler pour mon pays, ce n’est forcément pas dans un gouvernement. En France, Jack Lang travaille dans une commission.

Nous n’avons pas le droit de rester en marge de la gestion de notre pays. Mais, c’est Wade qui doit nous donner l’occasion, parce que c’est lui qui tient le pouvoir.


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