Accueil / CULTURE / Ablaye NDIAYE ‘Thiossane club’ : Rencontre avec un trésor de la cité du rail

Ablaye NDIAYE ‘Thiossane club’ : Rencontre avec un trésor de la cité du rail

Il aura marqué les mélomanes des années 60 avec son hymne pour le premier Festival mondial des arts nègres, en plus de ses génériques pour nombre d’émissions radiophoniques. Mais Ablaye Ndiaye ‘Thiossane Club’, c’est aussi une vie dans les arts plastiques. Aujourd’hui, malgré son âge avancé, l’homme, qui a fini de séduire les animateurs du Musée de Thiès, n’a rien perdu de son désir de toujours servir cet art qu’il porte dans son cœur.

Source Walf fadjri

(Correspondance) – Il est 15 heures, les portes du Musée de Thiès sis au quartier 10e Riaom s’ouvrent sur nous. Au fond de la cour, sous l’ombre du bâtiment faisant office d’administration, un homme d’un âge très avancé. La couleur neige de sa chevelure était assez éloquente quant au nombre d’années qu’il avait vécues. Et nous supportâmes, tout le temps qu’il nous fallut pour arriver à lui, son regard qu’il gardait fixe sur nous comme s’il tentait de se faire une idée de ceux qui allaient, dans un instant, troubler sa quiétude. Ablaye Ndiaye ‘Thiossane Club’, l’homme du ‘Festival mondial des arts nègres de 1966’ était là, croulant certes sous les ans et la pesanteur de ses souvenirs, mais il reste encore solide et la mémoire, bien en place. Il nous attendait. Le large sourire dont il nous gratifia en nous serrant la main était pour nous mettre plus à l’aise.

– Bonjour tonton Ablaye. Le nom, c’est finalement Ndiaye ou ‘Thiossane Club’ ? Demandons-nous en réponse à son sourire. Le sourire se fit plus large et dans un français approximatif, mais assez expressif pour laisser déferler le flot de souvenirs d’une vie artistique bien remplie, le vieil homme confia : ‘Thiossane est un mot wolof qui veut dire le passé. Ce sobriquet Thiossane me colle à la peau depuis 1964, date à laquelle nous avions créé à Dakar, pendant que nous étions encore à l’Ecole nationale des arts, l’orchestre ‘Le Thiossane Club’. J’ai eu à composer au sein de cette formation beaucoup de tubes, qui sont devenus célèbres comme Aminata Ndiaye, Moodaan, Thiéré Lamboul, ainsi que le générique de la première édition du Festival mondial des arts nègres, tenu au Sénégal en 1966. C’est par la suite que j’ai été affecté comme peintre cartonnier à la Manufacture des arts décoratifs de Thiès.’

Né en Février 1936 à Sam dans le département de Tivaouane, Ablaye Ndiaye ‘Thiossane Club’ s’est très jeune senti des talents d’artiste. C’est ainsi qu’à 14 ans, il commençait déjà, en plus de sa belle voix, à reproduire les affiches des films de cinéma comme par exemple Les trois diables rouges, Le dernier des fédérés, Tex Willer, King Kong, Les voleurs de Bagdad, entre autres. C’est fort de ce talent qu’il se fera inscrire, en 1960 à l’Ecole nationale des arts (Ena) à la section Arts plastiques et dramatiques. Quatre ans après son entrée à l’Ena, avec des amis, il créa au sein même de l’établissement l’orchestre Thiossane Club avec des titres, dont El Hadji Mor Mbaye, qui servit de générique à l’émission radiophonique intitulée : Makhourèdia Guèye Chauffeur de Taxi, écrite par Ibrahima Mbengue ancien directeur de la Radio et El Hadj Abdoulaye Seck et diffusée en 1964 par la chaîne nationale de Radio Sénégal et Dieyna Rongoulaane. La formation musicale qu’il avait ainsi mise en place connut son apogée en 1966.

‘Avec le Festival mondial des arts nègres que le Sénégal devait organiser, le maire de Dakar à l’époque Assane Seck avait demandé à plusieurs orchestres de Dakar de produire un titre qui devrait servir de générique à la manifestation. Mis à compétition, mon titre, Talène Lamp yè Ndeyssane sera finalement retenu par la commission. Le tube connaîtra par la suite un franc succès. C’est ainsi qu’avec de grands noms de la musique sénégalaise comme Ablaye Mboup, Mada Thiam et Assane Ndiaye, entre autres, nous avions été amenés à animer la première édition du Festival mondial des arts nègres’, rappelle le doyen Ndiaye qui ajoute : ‘et pour cela, je remercie encore le bon Dieu surtout en ce moment où on prépare la troisième édition de ce festival qui devrait être décentralisé au niveau des régions de Dakar, Thiès, Saint-Louis et Ziguinchor. La seconde édition s’était tenue au Nigéria.’

A son arrivée comme peintre cartonnier dans la capitale du Rail, où il sera affecté la même année (1966), à la Manufacture de Thiès – qui venait juste d’être inaugurée par les présidents Léopold Sédar Senghor du Sénégal et Modibo Keïta du Mali – l’artiste intègrera le Cayor Rythme de Thiès que dirigeait cet autre grand artiste qu’est Kounta Mame Cheikh. Une formation qui changera par la suite de nom pour devenir le Royal Band de Thiès. Quatre années après, Ablaye Ndiaye ‘Thiossane Club’ retournera à Dakar pour travailler au sein de l’Institut nationale des arts du Sénégal aux côtés de Mort Dior Seck et d’Ousmane Touré de l’orchestre Touré Kunda. Il y restera jusqu’en 1980, année qui marque son retour dans la Cité du rail avant d’être rappelé à Dakar où le directeur du Conservatoire de l’école des arts l’avait sollicité comme chanteur traditionnel au niveau de l’Orchestre national.

Aujourd’hui, les 70 ans révolus, l’artiste vit encore son art. L’amour de sa jeunesse est encore aussi vivace que jamais en lui et, il continue à manier le pinceau dans son atelier qu’il a installé chez lui au quartier Médina Fall où il vit avec son épouse et ses neufs enfants, dont un garçon. Cette vie artistique bien remplie le fait-il vivre aujourd’hui qu’il croule sous le poids des ans ? Ablaye Ndiaye qui, en dehors de sa vie musicale, a pris part à 17 expositions d’art à travers le monde en sa qualité de peintre plasticien, dira tout simplement que ‘chaque homme a son propre destin’. Aussi, note notre interlocuteur, ‘il y a des artistes qui ont des milliards et il y en a d’autres qui n’en ont pas mais qui vivent néanmoins décemment. Moi je fais partie de ceux-là. Toujours est-il que je préfère de loin l’inspiration aux milliards. Il est certes bon d’être riche, mais il est difficile d’allier les deux, l’inspiration pure et la richesse. En fait, je ne me plains pas.’

Non seulement Ablaye Ndiaye ne se plaint pas, mais son âge n’a en rien entamé son désir de toujours servir cet art qu’il porte dans son cœur. L’homme est chaque jour présent au Musée de Thiès en compagnie de la jeune génération d’artistes thièssois, qui lui voue respect et admiration. Aussi, quand nous franchissions pour la seconde fois la porte du Musée après avoir pris congé de lui, une idée nouvelle se fit jour en nous : nous n’étions pas en train de franchir la porte du musée mais plutôt celle de la structure qui abrite le musée, car en réalité le musée c’est bien cet homme, adossé au mur et à la chevelure blanchie sous le harnois, Ablaye Ndiaye ‘Thiossane Club’.


À voir aussi

Vidéo – Trucs et Astuces: Décoration mini corbeille pour bijoux

Trucs et Astuces: Décoration mini corbeille pour bijoux

Le Fouladou, capitale de l’artisanat le 23 juin

 Kolda va abriter la journée de l’artisanat ce samedi 23 juin. L’évènement qui regroupe 300 …