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Accords de partenariat économique la faillite des politiques africaines

Le diner-débat organisé mardi dernier à Dakar par l’Amicale des Commissaires aux enquêtes économiques(Acee) sur les « Enjeux de développement dans le partenariat UE/ACP », a tenu ses promesses en termes de contributions pertinentes. Il a surtout permis de lever à nouveau le voile sur la faillite des dirigeants africains dans la prise en compte très tôt des enjeux qui sont agités aujourd’hui.

Source : Sudonline
Dans le débat sur les enjeux des Accords de partenariat économique(Ape), « le silence des Commissaires sénégalais aux enquêtes économiques serait même coupable ». C’est pourquoi, selon Madame Tall Mame Boury, qui s’exprimait ainsi dans son propos liminaire, l’Acee s’évertue ainsi, à travers la rencontre qui, le temps d’un dîner organisé mardi dernier à Dakar, a mobilisé des experts et autres membres du gouvernement, sous la présidence de Habib Sy, ministre des Infrastructures et des télécommunications, à contribuer à la réflexion sur le sujet et à recueillir les différentes contributions.

Le débat, « majeur » selon Abdourahim Agne, ministre de l’Aménagement du territoire et du Commerce, s’est en fait enrichi des éclairages pertinents relatifs à l’historique et au processus des négociations UE/ACP, apportés par les différents experts. Il s’est aussi enrichi de témoignages notamment celle de Madame Aminata Sall, ancien directeur du Commerce intérieur, qui a mis le doigt sur la responsabilité des hommes politiques voire les dirigeants africains dans les atermoiements qui ont longuement fragilisé la partie africaine au cours des différentes phases des négociations avec l’Union européenne.

Atermoiements coupables

Durant le processus de négociations qu’elle a suivi de 1986 à 1996, Madame Sall se dit « scandalisée » de voir que les Etats africains « ne faisaient pas ce qu’ils devaient. »

Des fonctionnaires envoyés et livrés à eux-mêmes au niveau des négociations. Pire, il fallait se battre pour obtenir des autorités sénégalaises notamment qu’elles envoient suffisamment soit au moins dix personnes dans ces négociations alors qu’en face, il y avait une batterie d’experts européens rompus à la tâche. Pire encore, à un moment donné de ces négociations, « l’Etat du Sénégal a purement et simplement retiré les experts qui étaient en négociations », révèle Madame Sall.

En somme, jusqu’à un passé récent, cette bataille des négociations étaient laissée entre les seules mains des fonctionnaires, si l’on en croît l’intervenante. Au-delà des Etats concernés, c’est l’absence de professionnalisme au niveau de la Cedeao, entité régionale chargée de chapeauter les négociations pour le compte des Etats membres, que Mme Sall a encore fustigée. « Face aux experts de la Cedeao, il y avait des experts européens extrêmement spécialisés chacun dans un domaine », renseigne Mme Sall.

Aussi, dans la perspective d’une relance des négociations, un renforcement des capacités des négociateurs africains est-il « absolument » indispensable pour prétendre peser sur ces négociations et prendre en charge les priorités africaines. Cependant, « le développement est endogène il n’est pas exogène. Il ne faut pas qu’on se leurre », martèle encore Mme Aminata Sall. Selon elle, des politiques de développement dûment mises en œuvre sont un préalable à tout accord. Le constat est que même un schéma de libéralisation en Afrique n’est pas mis en place. « Il est temps », dixit Mme Aminata Sall.

Auparavant, Fara Samb, expert sénégalais en négociations internationales, a fait le linkage entre les négociations dans le cadre du cycle Doha avec l’Omc et celles relatives aux accords de partenariat économique. Dans ce contexte, il met en exergue le fait que « nous en sommes au 8ème round des négociations de l’Omc depuis la création du Gatt en 1947 et il a fallu 50 ans pour arriver à ce niveau-là et ces négociations sont toujours en cours, pourquoi alors imposer aux pays africains de le faire en 7 ans ? ».

Quant à l’argument qui met en avant le statut de Pma(Pays les moins avancés) dont est l’objet le Sénégal et qui le fait bénéficier ainsi de l’initiative européenne « Tout sauf les armes » et qui fait croire qu’il n’y a pas péril en la demeure sur les Ape, il convient, selon M. Samb de rester plutôt « vigilant ». Ce devoir de vigilance, dit-il, se fonde sur le fait que ladite Initiative « Tout sauf les armes » n’est qu’ « une offre contractuelle » et que par conséquent, l’Ue peut à tout moment retirer cette offre. Celle-ci ne repose donc sur aucun élément consolidé aux plans juridique et multilatéral.


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