Accueil / ACTUALITES / Accusé Ibrahima Ndiaye à la barre : «Je regardais des vidéos de combattants sénégalais qui étaient en Lybie»

Accusé Ibrahima Ndiaye à la barre : «Je regardais des vidéos de combattants sénégalais qui étaient en Lybie»

Les accusés Ibrahima Ndiaye et Pape Kibili Coulibaly, élève en classe de terminal au lycée moderne de Dakar au moment de son arrestation, ont été entendus hier par les juges. Comme certains de leurs prédécesseurs, ils ont contesté certaines mentions faites dans les procès-verbaux. Malgré cela, ils ont fait des révélations sur les faits de terrorisme pour lesquels ils ont été arrêtés.

L’accusé Ibrahima Ndiaye a fait face, hier, aux juges de la chambre criminelle de Dakar. Né en 1978, il est marié à deux épouses et père de 8 enfants. Maçon au Lac Rose depuis 2009, il a comparu à la barre pour répondre des délits d’actes de terrorisme par association de malfaiteurs, actes de terrorisme par menace ou complot visant à troubler l’ordre public, blanchiment de capitaux, financement du terrorisme et apologie du terrorisme. Interrogé sur les faits, il les a tous niés. Revenant sur son arrestation, il a déclaré avoir été arrêté au moment où il devait raconter la dame Arame. « On m’a conduit à la Brigade cellule anti-terroriste de la Mauritanie. Mais, ceux qui m’ont arrêté, je crois que ce sont des terroristes. Ils m’avaient ligoté avant de m’abandonner dans une étroite cellule durant toute la journée », a-t-il dit. En effet, une perquisition a été faite chez lui et les éléments de la police mauritanienne n’ont rien trouvé à part, dit-il, quelques livres coraniques. Malgré cela, il a été détenu pendant un mois. « Ils m’ont fait savoir qu’ils ont arrêté Mohammed Ndiaye qui avait par devers lui 400 mille francs Cfa. Ils ont également dit que ce dernier leur a dit que la moitié de l’argent m’appartenait. Parce que j’avais un plan de voyage avec Mohammed Ndiaye », a-t-il déclaré. Sur une question de savoir est-ce qu’il connait Mohammed Ndiaye, l’accusé a répondu par l’affirmative, arguant qu’ils se sont connus depuis 2014. « Je n’étais pas au courant de son voyage au Nigéria, c’est un ami qui m’en a informé. Cet ami m’avait révélé que Mouhamed Ndiaye était dans le fief de Boko Haram. Je dois avouer que j’étais étonné d’apprendre de telles informations sur Mohammed Ndiaye. Et pour en avoir le cœur net, j’ai fixé un rendez-vous avec lui », a-t-il soutenu. Avant de poursuivre : « quand on s’est vu, je lui ai demandé s’il avait voyagé dans un pays autre que la Mauritanie. Il m’a dit qu’il avait fait le Nigéria. Je lui ai dit que j’ai eu les rumeurs selon lesquelles il était dans le fief de Boko Haram et il m’a répondu par la négative, en me disant qu’il était au Nigéria pour poursuivre ses études ».

«On regardait les vidéos des djihadistes»

Par ailleurs, il a confié aux juges que le jour du baptême de son fils, Mohammed Ndiaye lui a montré des vidéos de combattants sénégalais qui étaient en Lybie. « Ils étaient encagoulés et tenaient des armes à la main. J’ai reconnu deux d’entre eux, à savoir Moustapha Diop et Aboubacry Gueye (disparu) », a dit Ibrahima Ndiaye. « Vous n’aviez pas d’autres choses à faire que de visualiser des vidéos de combattants djihadistes le jour du baptême de votre fils ?», s’est interrogé le juge. Ibrahima Ndiaye de répondre : « c’était juste une vidéo ». Devant le tribunal, hier, il a aussi révélé que le sieur Mohammed Ndiaye lui avait dit qu’il allait retourner en Lybie. Ainsi, le juge lui rappelle-t-il : « Mohammed Ndiaye a été entendu, mais il a dit qu’il n’avait plus l’intention d’y retourner ». Ibrahima Ndiaye : « Il m’a dit qu’il voulait quitter le Sénégal sinon il serait arrêté. Je lui ai demandé de rester parce que le Sénégal est un pays démocratique et on n’arrête pas quelqu’un sans motif valable. Pour ma part, je n’avais pas l’intention d’aller en Libye ou au Nigéria ». Le juge lui rappelle les déclarations de Mouhamed Ndiaye qui disait : « J’ai connu Ibrahima Ndiaye en Mauritanie. Il a pu parler, via l’application télégramme, avec un combattant sénégalais en Lybie, en l’occurrence Moustapha Diop. Ibrahima Ndiaye se préparait à se rendre en Lybie, mais ce voyage n’a pas eu lieu parce que je ne lui ai pas remis les 200 mille francs Cfa pour financer son voyage ». Cependant, il a nié avoir tenu ces propos avant de dire : « je n’ai jamais dit que le djihad était impératif pour tout musulman. Je n’ai jamais eu l’intention de faire le djihad. Nous sommes dans un pays de démocratie. Chaque personne a le droit de pratiquer sa religion comme elle le sent. A un moment donné, j’avais même cru que Mohammed Ndiaye avait perdu sa tête. Je me demandais vraiment s’il jouissait de toutes ses facultés mentales. C’est la raison pour laquelle je le raisonnais pour qu’il ne retourne pas en Lybie ».

«Je lui ai demandé comment il a fait pour rejoindre Boko Haram»

Toutefois, le juge a rappelé à l’accusé Ibrahima Ndiaye ses propos tenus devant le juge d’instruction où il disait : « ma deuxième rencontre avec Mouhamed Ndiaye a eu lieu à la maison de ma deuxième épouse en 2016. C’est moi qui l’en avais informé au téléphone et il a fait acte de présence. J’en ai profité pour lui demander les questions qui m’intéressaient. On a abordé le problème de Boko Haram. C’est ainsi qu’il m’a montré des images de combattants. Je lui ai demandé comment il a fait pour rejoindre Boko Haram, il m’a dit avec la somme de 200 mille francs Cfa. On a parlé d’autres points sur le djihadisme, mais je les ai oubliés ». Il nié avoir tenu ces arguments. Devant le magistrat instructeur, il avait également soutenu : « je connais Imam Ndao. J’ai une fois été chez lui. Je n’ai jamais entendu parler d’Abdourahmane Mendy et je ne le connais pas. Je connais Matar Diokhané et j’ai une fois été chez lui dans la banlieue dakaroise, vers petit Mbao ou Keur Massar. J’étais avec Moussa Mbaye ». A la barre, il a aussi nié avoir fait de telles déclarations. Toutefois, il a reconnu avoir assisté aux réunions que les frères organisaient au Lac Rose. Mais, dit-il, on y avait jamais évoqué les évènements de Diourbel. Pourtant, l’accusé a dit : « mes amis qui sont partis ne sont plus revenus. Il s’agit de Lamine Ndiaye, Sidy Sarr et Adama Bodian. Selon les rumeurs, ils étaient partis faire le djihad. Mais, je ne peux pas confirmer de telles allégations parce que je n’ai jamais eu de leurs nouvelles depuis qu’ils sont partis ». S’agissant de Moussa Mbaye, l’accusé a soutenu qu’il s’est radicalisé après les évènements de Diourbel. Ces évènements remontent à 2011. A l’époque, des individus avaient mis le feu à la mosquée d’Imam Abdou Karim Ndour. Des tapis ont été brulés, le micro emporté. Des fidèles mourides reprochaient à l’Imam Ndour d’avoir tenu des propos discourtois à l’endroit de la confrérie mouride lors de ses prêches. La mosquée a finalement été fermée par le préfet de Diourbel. « Au départ, Moussa Mbaye était contre toute idée de djihad mais, avec les évènements de Diourbel, il s’est radicalisé et incitait les gens à intégrer les rangs des djihadistes pour mieux se former. Malheureusement, il est parti et n’est jamais revenu. Les Sénégalais qui se trouvent dans les rangs des combattants étaient frustrés de ce qui était arrivé à Imam Ndour qui a été attaqué par des talibés mourides sans motif. La position de Moussa Mbaye était d’inciter les frères sunnites pour riposter », avait dit le mis en cause devant les enquêteurs avant de se contredire, hier, devant les juges.

Le procureur : «Vous avez adopté la stratégie de la dénégation»

Le deuxième accusé qui a été auditionné, hier, est le sieur Pape Kibili Coulibaly. Né le 13 septembre 1993, il était élève en classe de terminale à la série S2 au lycée Sergent Malamine Camara ex Lymodak, au moment de son arrestation. Il est poursuivi pour actes de terrorisme par menace ou complot visant à troubler à l’ordre public, actes de terrorisme par association de malfaiteurs en relation avec une entreprise de terrorisme, financement du terrorisme, blanchiment de capitaux dans le cadre de terrorisme en bande organisée et apologie du terrorisme. A la barre, il a nié les faits. Sur les circonstances de son arrestation, il a soutenu qu’il a été arrêté à trois semaines des examens du baccalauréat. Il a aussi fait les concours d’entrée de la police et de l’Esp, mais en vain. A la barre, hier, il se demande pourquoi il a été interpellé. C’est ainsi que le juge lui a posé la question de savoir est-ce qu’il connaissait l’accusé Lamine Coulibaly (ce dernier a déjà été entendu, avant-hier et avait reconnu avoir été dans le fief de Boko Haram) ? « Il est mon cousin, mais nous n’avons pas de rapports particuliers. Il a logé chez nous pour poursuivre ses études à Dakar », a-t-il répondu. Pour Cheikh Abdallah Coulibaly, il a indiqué que c’est son grand frère et il était allé étudier en Turquie. Le juge de relancer : «ton frère ne serait pas au Nigéria dans les rangs de Boko Haram ?». « Jusqu’aux dernières nouvelles, il était en Turquie », a-t-il rétorqué. Devant les enquêteurs, le mis en cause a soutenu avoir été endoctriné par son frère Abdallah Coulibaly qui l’a incité à faire le Djihad. Ce qu’il a contesté devant le tribunal, mais le juge Samba Kane de révéler que l’exploitation du téléphone de l’accusé a permis de découvrir une application qui empêche le retraçage des appels émis et reçus. « Ce n’est pas moi qui l’y ai installé », rétorqué l’accusé. Le juge : « Est-ce que votre frère Abdallah Coulibaly a eu à utiliser ce téléphone ». L’accusé : « Oui, mais je ne sais pas si c’est lui qui a installé ce dispositif ». Invité à poser des questions à l’accusé, le procureur a fait une observation. « Vous avez adopté la stratégie de la dénégation. Lorsque c’est bon, vous dites que ce sont vos propos, lorsque ce n’est pas bon : vous dites que ce ne sont pas vos propos ».

«Ces personnes me poussaient à faire l’hégire afin de vivre la charia plus intensément»

Après cette parenthèse, il a demandé à l’accusé s’il connaissait Ibrahima Ba. « On s’est connu à la mosquée. Je ne connais pas ses activités. Je connais aussi Abdou Lahad Diop. Je ne sais pas où est ce qu’il se trouve présentement », a-t-il dit. Le procureur a demandé à l’accusé s’il connaissait le djihad. « Je n’ai même le temps de visiter les sites faisant l’apologie du djihad », a-t-il dit. Alors qu’à l’enquête, il disait ceci : « c’est juste par curiosité que je visitais ces sites. Je voulais en savoir plus pour ma culture générale. En cette période où c’est l’actualité, je voulais juste en savoir les causes ». Le procureur de rappeler que l’accusé aurait aussi déclaré : « Moustapha Faye et Ibrahima Ba me faisaient visualiser des images qui montraient la souffrance des musulmans et, à mes heures libres, je visitais les sites. Ces personnes me poussaient à faire l’hégire afin de vivre la charia plus intensément. Je n’ai pas adhéré à leurs idées pour plusieurs raisons. Les imams du Sénégal condamnaient le djihad. En plus, j’avais de l’amour pour mes parents, je ne pouvais pas les laisser ici ». L’accusé a reconnu avoir tenu lesdits propos. Par ailleurs, la perquisition faite chez lui a permis de retrouver des documents intitulés : « Colère des Esprits, Terre Sainte, Persécution de la Syrie, un agenda où on a mentionné des cotisations pour l’organisation des Iftars ». Selon l’accusé, ces documents pourraient appartenir à son frère Abdallah Coulibaly. « On ne m’a montré aucun document, je n’ai jamais vu un document qui parle de la Syrie. On ne m’a jamais confié un document qui parle de djihad. La chambre qui a été perquisitionnée ne m’appartient pas tout seul, je la partageais avec des frères, des cousins entre autres. Je n’ai jamais vu les documents auxquels les enquêteurs font référence », a-t-il dit. Toutefois, l’accusé a dit qu’il n’écoute pas les prêches qui font la propagande djihadiste. « Je n’ai jamais quitté aussi le Sénégal. Je n’ai jamais été au courant du voyage de mon cousin Lamine Coulibaly au Nigéria. C’est après notre arrestation que j’ai su qu’il a été au Nigéria», a-t-il dit. L’audience a été suspendue et elle reprend ce matin.

Cheikh Moussa SARR

À voir aussi

Un kankourang se fait prendre par la Police !

Une scène insolite qui s’est déroulé il y a quelques jours et la vidéo est …

Sexe contre notes: Serigne Mbaye Thiam répond à Human Rights Watch

La réplique n’a pas tardé. Aussitôt après la sortie du rapport de Human Rights Watch …