Confidences

Adja Déthié Pène, épouse du guide des «Thiantacones» – « Ma mère a demandé pardon et a accordé son pardon à Cheikh Béthio avant sa mort »

  • Date: 22 décembre 2015

L’OBS – Septième épouse de Cheikh Béthio Thioune, Adja Déthié Pène est aujourd’hui une femme comblée, disciple en lévitation, au pinacle de son nouveau statut de Cheikh dont vient de l’honorer son époux et guide spirituel. Dans cet entretien via mails, Cheikh Adja Saliou parle aussi de ses meurtrissures de simple humain qui a souffert dans sa chair, de la double disparition de sa mère et de son frère. La femme de Cheikh Béthio est également nostalgique de l’affection de son pater, qui a pris ses distances avec elle depuis qu’elle a épousé, contre son gré, le guide des «Thiantacones». Un entretien aux allures de confession intime qui peut parfois surprendre ou faire pleurer, comme dans le passage où en fille en proie au regret, elle lance un appel pathétique à son père. Exclusif !

 Madame Thioune Adja Déthié Pène, vous venez d’être élevée au grade de Cheikh par votre époux et guide religieux, Cheikh Béthio Thioune. Comment avez-vous accueilli cette consécration?

«Dieuredieufeuty Serigne Saliou Mbacké. Cheikh Béthio Thioune Diaamou Serigne Saliou yal nafi yague te wer.» Je vous remercie de m’avoir ouvert les colonnes de votre journal. Je rends grâce à Serigne Saliou d’avoir guidé mes pas et fait de moi un disciple de Cheikh Béthio Thioune qui en est aujourd’hui, l’incarnation vivante. Serigne Touba l’a écrit dans «khaatimatoul mounaadiaati» : « Les prémices de la mort ne se dirigeront jamais vers moi (lam tanhounii moukhadamaatoul mawti). » Il a aussi dit que c’est Serigne Saliou qui parachèvera son œuvre. Ce dernier l’a montré, en élevant Cheikh Béthio au grade de Cheikh. Son unique Cheikh d’ailleurs. Ce dernier n’a pas manqué de le montrer, dès son accession au khalifat. J’ai l’intention de revivifier la voie mouride. Pour en revenir à votre question, je ne peux que rendre grâce a Serigne Béthio qui a fait de moi un Cheikh. Il m’a dit : « Quiconque vient faire son diebelou (acte d’allégeance), accepte-le. » Je suis un guide spirituel. Mais un guide est différent d’un chef religieux. Un chef religieux ne peut pas guider une âme vers Dieu. Il enseigne le Coran et les préceptes de l’Islam, recommande le bien, tout en interdisant le mal. C’est tout le contraire d’un guide (maître spirituel), dont le rôle est de purifier l’âme du disciple pour qu’il accède à la proximité divine. Serigne Touba l’a dit : « Amma Acheikhoul mourabbi, yourabbii arrouha wa yarkhaa illa laahi, falaa boudda an takoona min ahlil dianati. » Et la vocation d’un Cheikhou mourabbi est de purifier l’âme afin de la faire accéder à la proximité divine. Cette âme, dit-il, ira forcément au paradis.

Cheikh Béthio vous a-t-il expliqué pourquoi il vous a élevée à ce grade de Cheikh?

Non, il ne m’a pas donné d’explications. On ne peut pas définir d’emblée une feuille de route, parce que personne ne peut connaître toutes les attributions d’un Cheikh. Serigne Saliou l’a même fait savoir à Cheikh Béthio. Il lui a dit : «Defouloo maay def, wakhouloo maay wakh, bakane nekoussi, adouna nekoussi lepp Serigne Touba la». (Tout ce que tu fais, c’est moi qui le fais, tout ce que tu dis, c’est moi qui le dis. Il n’y a rien de futile ou de mondain dans ce que tu fais). » Donc il a fait de moi une Cheikh et m’a dit que quiconque vient faire son acte allégeance, accepte-le.

Votre élévation, en tant que femme, au grade de Cheikh, n’est-ce pas une première dans l’histoire du Mouridisme ?

Il y a beaucoup de spéculation sur le nombre de Cheikh de par Serigne Touba. Des chiffres sont avancés ça et là, mais on n’a jamais entendu qu’une femme a été élevée au grade de Cheikh par Serigne Touba. Mais il a dit que son pouvoir et ses capacités s’accroissent avec le temps. Il (Serigne Touba) est intemporel. Je vois cette consécration comme émanant directement de Serigne Touba, car il est le seul qui peut donner ce titre à un disciple.

Beaucoup de gens soutiennent qu’un Cheikh n’a nullement le pouvoir d’investir un nouveau Cheikh qui, plus est, est une femme. Quel est votre avis là-dessus?

Vous avez bien dit un Cheikh. Mais Cheikh Béthio c’est Serigne Saliou. Son statut dépasse celui d’un simple Cheikh. Serigne Saliou lui a dit : «Ce que j’ai mis en toi, seul Allah soubhaanahou wa tahaala le connaît.» Cheikh Béthio est comme je l’ai dit tantôt, l’incarnation vivante de Serigne Saliou. Donc, tout ce que Serigne Saliou peut, il le peut. Personnellement, je viens de recevoir le titre et tous ceux qui veulent faire leur acte d’allégeance à Cheikh Béthio, peuvent venir vers moi.

Comment comptez-vous vivre votre nouveau statut de Cheikh?

Comme tout Cheikh de Serigne Touba. Je continuerai à lui rendre grâce et de prier pour ne jamais oublier que c’est lui qui a fait de moi un Cheikh.

Est-ce que votre nouveau statut de Cheikh ne risque pas de gêner los relations avec vos coépouses?

Ce sont des talibés (disciples) qui ne croient qu’au Cheikh. Elles l’ont accepté (mon nouveau statut). La preuve, elles étaient toutes là mercredi dernier, quand j’organisais mon «Thiant». Notre vie de coépouses est avant tout une vie de talibés. Je les remercie toutes du soutien qu’elles m’ont toujours apporté et je prie pour qu’elles vivent encore longtemps auprès de notre vénéré Cheikh et époux.

Vous avez perdu récemment deux membres de votre famille. Ça a dû être très difficile à vivre?

Très dur à vivre. Je suis un humain. C’est très difficile de perdre un proche, de surcroît un parent. Mais la spiritualité nous permet de supporter les malheurs. J’ai compris qu’on naît, grandit et meurt. Je suis «Thiantacone» et j’ai fait mien ce propos de Serigne Touba : « Dieu, quand tu me donnes, je rends grâce, et quand tu me prives, je l’accepte et je rends encore grâce. »

Comment avez-vous vécu le soutien de Cheikh Béthio dans ces moments de profonde tristesse?

Le Cheikh me fut d’un grand soutien. Lors du décès de ma mère, il se trouvait à Bordeaux. Il a été au courant de la nouvelle bien avant moi, mais il a laissé à ma famille le soin de m’en informer. C’est mon frère qui m’a téléphonée pour m’apprendre la triste nouvelle. Aussitôt après, le Cheikh a rallié Dakar pour l’organisation des funérailles chez moi. Il n’a ménagé aucun effort pour que tout se passe le plus normalement possible. Je rends encore grâce à Dieu, parce qu’avant sa mort, ma mère l’a appelé au téléphone pour lui demander pardon et en même temps, lui accorder son pardon. Pour le décès de mon frère, mon mari et moi étions les premiers sur les lieux de l’accident et à l’hôpital.

Ces moments ont donc rapproché le Cheikh et votre famille

Bien sûr ! Une grande partie de ma famille est venue au dernier Magal de Touba et beaucoup d’entre eux étaient chez moi, à Dianatoul mahwa (Touba). Lors des funérailles de mon frère, ils étaient là. Quant à mon papa, je garde espoir de le retrouver un jour. Espoir de le voir un jour, accepter mon sort de femme de Cheikh Béthio Thioune. Serigne Saliou Serigne Touba m’a tout donné, mais j’ai besoin de l’amour paternel.

A vous entendre, votre papa vous manque beaucoup?

Evidemment. C’est un bon père, qui m’a donné une très bonne éducation, ainsi qu’à tous ses enfants. J’ai une grande estime pour mon père et je souhaite qu’il profite du statut de Cheikh de sa fille (Cheikh Adja Saliou). J’ai espoir qu’il acceptera mon sort et profitera de mon statut de Cheikh. Je suis sûr que le jour où il comprendra, il s’en réjouira. Si je suis aujourd’hui consacrée Cheikh, c’est tout à son honneur. Mon mariage, qui est à l’origine de cette incompréhension, est un décret divin, comme tous les mariages d’ailleurs. Qu’il en soit surpris, je suis d’accord. Mais c’est un décret divin. J’en profite pour lui demander pardon, lui présenter mes excuses. Je l’aime et je sais que lui aussi m’aime beaucoup. Je suis sa fille et il est mon père. Je lui passe le bonjour, ainsi qu’à mes frères et sœurs. Je lui demande d’accepter ce que Serigne Touba, en qui nous croyons tous, a fait en moi.

En tant qu’épouse du Cheikh, comment vivez-vous les sorties de son ex-femme, Maïmouna Sao?

Nous ne nous sommes pas retrouvées à la maison, mais qui connaît le Cheikh, sait qu’il est accusé à tort. Il s’occupe bien, très bien même, de ses épouses, de ses enfants, de ses talibés et même des inconnus.

Les accusations sont quand même graves?

Je ne m’avancerai pas trop sur cette question, de peur d’alimenter une polémique stérile. Je dirai juste ceci : c’est un principe chez moi de ne garder que le meilleur de toutes les personnes que j’ai connues, de près ou de loin. Et de ce point de vue, elle restera pour moi et pour tous les «Thiantacones» que nous sommes, une « sokhna (femme) » qui a eu à partager la vie de notre Cheikh et qui est la mère d’un de ses enfants. Pour cette raison, nous ne pouvons que lui vouer respect et considération. Ce qui est arrivé est à mettre sur le compte du destin.

Par rapport à votre nouveau statut, quel appel lancez-vous aux «Thiantacones» ?

Les «Thiantacones», je les exhorte à continuer d’œuvrer dans la voie de Serigne Touba par le moyen du «Thiant» qui, selon Serigne Saliou, est la meilleure forme d’adoration, qu’Allah préfère à toutes les autres. Je leur rappelle aussi cette recommandation du saint homme (Serigne Saliou) de faire de Cheikh Béthio notre préoccupation. Au-delà des «Thiantacones», j’appelle tout le monde (mourides, tidianes, khadres, layenes, Niassènes et même les chrétiens) à venir profiter des grâces dont Serigne Saliou nous gratifie, via Cheikh Béthio. Il a dit de Cheikh Béthio que quiconque le voit ira au paradis, quiconque le connaît ira au paradis. D’aucuns diront que c’est très facile, mais c’est la miséricorde divine qui est ainsi faite. C’est une grâce. Qui n’a entendu parler de la Khassida de Serigne Touba « Minal hakhi »; qui n’a entendu parler des gens de la caverne avec leur chien… Je profite aussi de cette interview pour inviter tout le monde à venir célébrer le Maouloud (nuit du Prophète (Psl)) à mon domicile à Touba Khelcom (Zac Mbao, Dakar). Il y aura des «berndé» (repas copieux), comme nous l’a enseigné notre vénéré Cheikh.

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