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AFFAIRE DU POLICIER CORROMPU Le tribunal appelé à juger un « système »

Tout indique que le policier Alassane Diallo va être condamné aujourd’hui. Les faits qui sont graves et concordants, les preuves accablantes et irréfutables militent contre toute forme d’indulgence d’autant plus que le maître des poursuites, le Procureur a requis un an dont 4 fermes.

Sa « complice » Ndèye Sokhna Guèye pourrait, elle aussi être condamnée, même si le tribunal pourrait être plus indulgent en son encontre. Et pour cause !

Les délits de corruption active (celui qui sollicite l’argent) et de corruption passive (celui qui remet l’argent) sont punis de la même façon par la loi qui ne tolère aucune de ces formes de déviation. On ne reproche pas à Ndèye Sokhna Guèye le fait d’avoir filmé les faits mais celui d’avoir accepté les propositions du policier au point de marchander la somme. Se faisant, elle a été auteur de corruption passive. La loi ne l’épargne pas même si une bonne partie de l’opinion estime qu’on devrait plutôt la féliciter pour avoir aidé à démasquer les agissements de cet homme de loi.

Ce qui se passe, c’est que le tribunal est appelé moins à juger un homme qu’à juger un « système ». Les pratiques de prévarication de nombre d’hommes de loi sur les routes se font au su et au vu de tout le monde. C’est un secret de polichinelle. Il n’y a pas un seul sénégalais qui n’en soit pas conscient. Ce qui se passe, c’est qu’on est tous hypocrites. On feint de ne pas savoir.
Qu’ils soient gendarmes ou policiers, ils sont nombreux à institutionnaliser cette pratique au point, pour certains, de la considérer comme « normale ». Dans de nombreuses localités du pays que nous connaissons tous, les chauffeurs surtout de taxis-clandos versent des sommes forfaitaires par jour. Une forme de taxe qui a les allures d’une cotisation journalière. Ces hommes de loi, gendarmes ou policiers s’y adonnent au nez et à la barbe de leurs supérieurs qui ne peuvent pas ignorer ces pratiques.
Dans ces conditions, comment, en bonne conscience, on peut se permettre de condamner Alassane Diallo comme s’il était le seul ? Cela pose problème car il sera l’agneau de sacrifice. Car, nous savons tous que c’est une pratique courante, presqu’acceptée.

Par ricochet, tous les chauffeurs qui s’y adonnent sont aussi comme Ndèye Sokhna Guèye. Ils savent que si jamais ils résistaient aux sollicitations de l’agent verbalisateur, ils devront subir les rigueurs de la loi selon un rapport dont ils ne peuvent pas contrôler le contenu. Dans ces conditions, il est même douteux qu’on puisse parler de corruption passive. Les contrevenants à la législation routière ont, en général, peu le choix. Il faut donner.

C’est dire que dans la dynamique de la lutte contre la corruption et délits assimilés, une réflexion en haut lieu ne saurait manquer pour imaginer une parade contre un délit dont les auteurs sont ceux là qui devraient faire respecter la loi.

Certes, il est impensable que les forces de l’ordre ne soient pas déployés sur la route pour éviter l’anarchie de chauffeurs peu disciplinés, mais il est tout aussi inacceptable de laisser perdurer une pratique aussi dévastatrice au sein de corps si névralgiques dans le fonctionnement de notre jeune démocratie.

On peut imaginer de les priver du droit de récolter l’argent des contraventions comme cela se fait dans de nombreux pays. Les forces de l’ordre ne doivent pas toucher à l’argent. Le trésor public est là pour l’encaisser.

En même temps, il faudra penser à relever leurs traitements salariaux et peut être à leur allouer un certain pourcentage sur l’argent des contraventions comme cela semble être le cas au niveau de la Douane.

Mais, en tout état de cause, la police de la police doit être renforcée et équipée au point d’être assez dissuasive.

Mais tout cela ne saurait prospérer que s’il y a une réelle volonté de combattre le phénomène que semble partager toutes les polices de tous les pays du tiers-monde.

Assane Samb

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