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Affaire Imam Ndao et cie Passe d’armes entre le Procureur et Me Fall, les dénégations des présumés djihadistes

Avant la suspension du procès de l’Imam Ndao et Cie, hier, jusqu’à lundi, d’autres accusés ont été entendus. Si les uns reconnaissent avoir été au Nigeria, les autres sont restés au Sénégal. A la barre de la chambre criminelle, ils sont revenus sur l’objet de leur présence à la barre de la chambre criminelle spéciale.

L’audition des accusés s’est poursuivie, hier, à la barre de la chambre criminelle spéciale. Et c’est Ibrahima Mballo qui a ouvert le bal. Né en 1992 à Vélingara, il est célibataire sans enfant. Il faut dire qu’après l’obtention de son baccalauréat Série S2, Ibrahima Mballo s’est inscrit à l’école polytechnique de Thiès pour une formation en génie civil, construction de bâtiments. Cependant, il n’a pas pu continuer ses études faute de moyens. C’est ainsi qu’il s’est lancé dans le commerce,  mais ça ne marchait pas trop. Ainsi a-t-il abandonné son commerce pour chercher un autre boulot. Sur une question du juge de savoir est-ce qu’il connaissait l’accusé Omar Yaffa qui, on le rappelle, a comparu avant-hier, Mballo a répondu par l’affirmative. « Nous étions dans la même classe, du CI au CM2. En plus, nous habitions le même quartier. Cependant, je l’avais perdu de vue depuis très longtemps et quand je l’ai rencontré, Omar m’a dit qu’il s’apprêtait à se rendre au Nigéria parce qu’on lui avait dit qu’il y avait du travail là-bas. Comme j’étais à la recherche d’un boulot, j’avais décidé de voyager avec lui », a-t-il dit. A l’en croire, il voulait aussi poursuivre ses études au Nigéria. « Omar Yaffa et moi nous sommes rendus chez Ibrahima Ba qui nous a remis, à chacun, 150 mille francs CFA pour financer notre voyage. Je ne connaissais pas Ibrahima Ba. Je pense qu’il nous avait remis l’argent pour nous aider ». Selon lui, arrivés à Diffa (Frontière entre le Niger et le Nigéria), Mouhamed Ndiaye a appelé ses contacts qui sont venus les prendre à bord de deux motos. Ils ont été conduits à Abadam où ils avaient fait deux mois avant d’être transférés à Fatkhoul Moubine. « C’est un Nigérian nommé Abu Amir qui nous avait accueillis. Nous étions partis à Fatkhoul Moubine parce qu’on nous disait que c’était la grande ville et il était facile d’y trouver du travail », a-t-il soutenu.

«J’avais senti une ambiance de conflit »

Face au juge, le mis en cause a martelé qu’on leur avait fait quitter Fatkhoul Moubine parce qu’il y avait des bombardements. « On nous a emmenés à Sambissa. J’étais avec Omar Yaffa, Ibrahima Diallo, Cheikh Ibrahima Ba. A Sambissa, on a été reçus par un Camerounais et un Nigérian. J’avais senti une ambiance de conflit. J’entendais des bruits de guerre, mais je n’ai pas participé aux combats contre l’armée nigériane. Je n’ai pas appris le maniement des armes ni à faire des explosifs. Je faisais du sport naturellement », a-t-il déclaré. Par ailleurs, il a informé qu’il n’a pas rencontré le chef de Boko Haram, mais Omar Yaffa lui a dit qu’il l’avait rencontré. « Je ne l’ai pas rencontré parce que j’étais malade, je ne sortais pas. Je ne savais pas ce qu’il se passait dehors. Je souffrais de maux de ventre et j’avais souvent la diarrhée. Cependant à Andak, nous étions au daara de Matar Diokhané. Il était le seul Sénégalais dans ce daara. Il y avait des femmes y compris la femme de Matar Diokhané. Parmi les Sénégalais, il y avait Moustapha Faye, Moussa Aw, Ibrahima Diallo, Cheikh Ibrahima Ba. C’est de là que nous sommes retournés vers le Sénégal. On avait formé trois groupes. Je faisais partie du groupe de Moussa Aw. Et Matar Diokhané avait remis une somme à ce dernier, mais j’ignore le montant. L’argent était en nairas ». Sur le chemin du retour, à Zender (Niger), ils avaient fait le change. « On a été arrêtés pour détention de faux billets et conduits à la police où on a été en régime de garde à vue pendant trois jours. Ensuite, on nous avait présentés au procureur qui, après interrogatoire, nous a placés sous mandat de dépôt à la prison de Zender. Nous avons joint Matar Diokhané pour lui dire qu’on a été arrêtés. Il avait promis de joindre le procureur pour négocier notre libération, mais nous ne l’avons jamais revu. Au Niger, nous avons subi des conditions carcérales très difficiles », a-t-il encore dit.

Lors de son interrogatoire, on lui a rappelé les propos qu’il avait tenus, quand il disait : « il y avait des difficultés de deux ordres. D’abord des problèmes entre les Sénégalais, mais aussi il y avait des problèmes entre les Sénégalais et Boko Haram. Le problème entre les Sénégalais et Boko Haram a été accentué par le manque de culture de la majorité de nos frères de Boko Haram. Le problème entre les Sénégalais, était que les uns pensaient qu’il fallait rester et combattre contre tous ceux qui sont contre la charia (l’Etat nigérian, l’école occidentale), et les autres pensaient qu’il fallait rentrer au Sénégal car ils n’étaient pas d’accord sur le principe d’interdire l’école occidentale à tout le monde ». A la barre, hier, il a nié avoir tenu de telles déclarations devant les enquêteurs. Ibrahima Mballo aurait aussi dit devant le juge d’instruction : « nous avions tous les quatre reçu de l’argent qui avait été remis à Moussa Aw. Certains de ces billets étaient faux. Par conséquent, ils ne nous servaient en rien. Ceux qui en étaient vrais, nous servaient de pécules en prison ». Il a contesté aussi être l’auteur de ces déclarations et soutenu au tribunal : « je n’ai jamais dit que Matar Diokhané était une personne influente à Boko Haram. Ce sont les gendarmes qui ont interprété mes propos. J’ai juste dit que Matar Diokhané nous a aidés à rentrer au Sénégal ».

 

Passe d’armes entre le procureur et Me Ousseynou Fall

A sa suite, Mor Mbaye Dème a été entendu. Né en 1981 à Thiaroye sur mer, il est menuisier coffreur. Marié et père de trois enfants, il n’a pas fait le service militaire. Il a nié les faits d’actes de terrorisme par association de malfaiteurs, financement du terrorisme, apologie au financement auxquels il est poursuivi. « J’ai été arrêté en même temps que Mouhamed Ndiaye. Nous logions dans la même maison. Je vivais au premier et lui, il habitait au rez-de-chaussée. Quand les policiers sont venus l’arrêter, je suis sorti pour m’enquérir de la situation. C’est ainsi qu’on m’a embarqué en même temps que lui. On vivait en paix, Mais nous n’avions aucune relation particulière. On ne se fréquentait pas, chacun menait sa vie de son côté. Il avait mon numéro de téléphone et, quand il ne rentrait pas à la maison, il m’appelait pour m’en informer ». Lors de son audition, il y a eu une passe d’armes entre le maître des poursuites et l’un des avocats de l’accusé, en l’occurrence Me Ousseynou Fall. Alors que le maitre des poursuites était en train de poser des questions, l’avocat, sans avoir la parole, est intervenu pour le couper. Ce qui n’a pas plu au procureur qui est sorti de ses gonds pour remettre l’avocat à sa place. « Restez tranquille. Ne m’énerve pas. Restez tranquille et attendez votre tour. Ce n’est pas à vous de me dire comment je dois poser mes questions. A chaque fois, c’est comme ça. Personne n’a peur de vous. Vous perturbez toutes les audiences du tribunal, mais je ne vous le permets pas. Avec moi, ça ne passe pas. Taisez-vous », a dit le parquetier. L’avocat de répondre : « Je ne me tais pas. Je défends mon client ». Toutefois, le juge Samba Kane est intervenu pour tenter de les calmer, en vain. L’audience a été suspendue. Le procureur Aly Ciré Ndiaye était tellement fâché qu’il a quitté la salle d’audience sans prendre ses bagages. A la reprise de l’audience, le juge a eu à faire certaines précisions. Le Juge Samba Kane de déclarer : « la police de l’audience appartient au président de la chambre. Elle n’appartient ni au procureur ni aux avocats. Il n’est permis à quiconque de prendre la parole sans y être autorisé par la chambre ». Me Ousseynou Fall s’excuse d’avoir coupé le propos. Son excuse est acceptée par le juge Samba Kane et l’audience a pu se poursuivre. Le procureur a la parole pour poser des questions à l’accusé Mor Mbaye Dème.

 

« La question du terrorisme m’a intéressé comme toutes les autres questions m’ont intéressé »

Pour terminer, l’accusé Mamadou Moustapha Mbaye a été entendu. Né en 1988 à Dakar. Marié, il est père de trois enfants et étudiant en arabe. Il vivait à Genève avec sa mère où il fréquentait la mosquée dudit pays. Il voulait aller étudier en Arabie Saoudite, mais il n’y arrivait pas. C’est ainsi qu’il a décidé d’aller étudier le Coran en Mauritanie. « Mon père se trouve aux Etats Unis (Atlanta). Depuis que j’ai été arrêté, je n’ai plus les nouvelles de mes parents. Je n’ai pas parlé à ma mère encore moins à mon père. On ne me permet pas de les joindre. Le directeur du camp pénal m’a dit que je n’avais pas le droit de parler avec eux ». Est-il djihadiste ? Il a soutenu que son djihad, c’est sa femme et ses enfants. « J’ai tous mes papiers, j’ai envie de retourner en Suisse. Je ne suis pas versé dans la science, je suis bavard. Je suis curieux et je me renseigne sur ma religion. Quand il y a un problème dans le monde, j’essaye de comprendre ce qui se passe. La question du terrorisme m’a intéressé comme toutes les autres questions m’ont intéressé. Sur la forme, je comprends l’envie de vouloir mettre la charia, parce que nous sommes des musulmans ». Personnellement, dit-il, il n’a envie de tuer personne. Il préfère convaincre par la parole plutôt que par les poings.

Cheikh Moussa SARR

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