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Affaire Imam Ndao et Cie Le renvoi au 14 février, la forte mobilisation des barbus

L’affaire Imam Alioune Badara Ndao et Cie a été évoquée, hier, par le Président de la chambre criminelle spéciale avant d’être renvoyée jusqu’au 14 février prochain. En effet, les avocats commis d’office par la chambre ont demandé et obtenu le renvoi pour, disent-ils, étudier le dossier et défendre correctement leurs clients. Selon les robes noires, les charges qui pèsent sur eux sont lourdes.

Imam Ndao et ses co-accusés sont poursuivis pour association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste et blanchiment de capitaux dans le cadre d’activités terroristes en bandes organisées contre tous, acte de terrorisme par menace ou complot, d’apologie du terrorisme et de financement du terrorisme en bande. « Le dossier qui est devant nous n’est pas celui qui est à la disposition des avocats. Il nous faut un procès juste et équitable pour pouvoir défendre nos clients dans la clarté. Sachez que dans ce dossier, il y a des pages blanches. On exige que le parquet nous livre l’ensemble du dossier pour nous permettre d’être équidistants », a déclaré Me Dieng à l’ouverture du procès. Un autre avocat de la défense a embouché la même trompette, arguant qu’il est parti voir le parquet pour se munir de l’ordonnance de renvoi, mais on lui a refusé d’accéder à ce dossier sous prétexte que seuls les avocats commis d’office ont le droit de recevoir le dossier. En tout état de cause, le Président de la chambre, Lamotte, a rassuré tout le monde. Selon lui, toutes les conditions seront prises pour l’équité du procès. Me Assane Dioma, lui, a déploré le non respect des dispositions du code de procédure pénale. « Vous avez suivi les péripéties, l’isolement. Nous avons au niveau des organisations de défense des droits de l’homme dénoncé l’isolement, notamment d’Imam Ndao, qui a été enfermé dans des conditions draconiennes, dans des conditions inhumaines. Ce qui n’est pas conforme aux conventions internationales ratifiées par le Sénégal », a-t-il dit. Avant de poursuivre : « je pense que les conditions n’ont jamais été les meilleures. C’est à la limite de la stigmatisation.

Les barbus assiègent le tribunal

Il est important de dire que ces personnes bénéficient de la présomption d’innocence. Quel que soit le reproche qu’on puisse faire à une personne, cette personne a la présomption d’innocence et on ne peut pas, sous le prétexte sécuritaire ou de délit ou de crime spécial comme le terrorisme, porter atteinte à des droits fondamentaux. C’est pourquoi au début nous avons dénoncé et, hier, nous arrivons au procès et la détention est au moins derrière nous. Maintenant, il s’agit de faire en sorte que ces personnes puissent bénéficier d’un procès juste et équitable, qu’on les écoute et qu’il n’y ait pas de préjugés. Et que ces personnes ne soient pas jugées à l’avance. Sous le regard de la presse, de l’opinion publique, de toute la population, qu’on leur permet de s’exprimer, la vérité va jaillir ». Finalement, le dossier est renvoyé au 14 février prochain pour permettre aux avocats aux d’étudier le dossier. Il faut dire que les inconditionnels de l’Imam se sont déplacés en masse pour venir lui apporter leur soutien. Mais certains n’ont pu accéder à l’intérieur de la salle 4 du palais de justice qui était pleine à craquer. D’autres, par contre, ont été retenus devant le tribunal par les forces de l’ordre qui avaient déployé plusieurs éléments, dont des gendarmes et des policiers, pour assurer la sécurité. Les limiers ont pris toutes les dispositions nécessaires pour filtrer les entrées. Mais lors du renvoi de l’audience, une foule s’est ruée vers l’Imam pour l’acclamer. Les gendarmes qui étaient dans la salle n’étaient pas assez nombreux pour les repousser. Ils ont dû appeler du renfort pour que le principal accusé puisse regagner le box. Une fois à l’intérieur du box, Imam Alioune Ndao a levé ses bras pour saluer et remercier ses souteneurs composés pour la plupart de barbus.  Ses souteneurs scandaient : « Allahu Akbar…. Allahu Akbar… Allahu Akbar… ».

Cheikh Moussa SARR

REACTIONS…REACTIONS…REACTIONS…

Me Assane Dioma Ndiaye : « il faut que jurisprudence se fasse »

« Vous avez vu l’atmosphère dans laquelle le procès s’est tenu hier. Mais, nous espérons que force restera à la loi. Et surtout que la balance ne flanchera que pour de la vérité. L’enjeu est grand aujourd’hui. Je pense que nous avons la chance d’avoir un tribunal très serein, avec le président Lamotte qui prend en charge cette affaire. Nous pensons également que le procureur saura faire la part des choses entre le terrorisme et l’Islam. De toute façon, en tant qu’avocats, nous sommes là pour jouer les garde-fous pour qu’il n’y ait pas d’amalgame. Le terrorisme n’a rien à voir avec l’Islam. Le fait de réciter le Coran ou de tenir des slogans conformes à l’Islam ne peut pas être considéré comme apologie au terrorisme. Je pense que ce sont des risques énormes mais, comme je dis, il faut que jurisprudence se fasse et que cette jurisprudence soit très prudente et qu’elle ne puisse pas porter atteinte ni aux libertés individuelles mais également aux principes religieux tels que nous les pratiquons et qui n’ont à rien à voir avec la violence. Je pense que si nous arrivons à tenir ce procès dans des conditions de sérénité et que la vérité puisse être le crédo de la justice, je pense qu’il n’y a pas de dérapage énorme à craindre (…). On n’a pas le droit à l’erreur et cette jurisprudence va faire tache d’huile. On n’a pas besoin de savoir ce que c’est l’apologie au terrorisme, qu’est-ce que c’est l’acte de terrorisme et le fait de réciter le Coran ou de lancer un slogan conforme à l’Islam est un acte de terrorisme ? Aujourd’hui, les juges et le ministère public ont une très grande responsabilité et nous veillerons à ce que notre pays ne puisse pas basculer dans un sens qui ne sera pas conforme aux intérêts ni de la population ni des religieux ».

Me Moustapha Dieng : « la moitié du dossier est illisible »

Nous sommes des avocats et le président du tribunal a décidé souverainement d’un report au 14 février pour permettre aux parties de prendre connaissance du dossier. Nous avons soulevé également un véritable problème. C’est que nous avons reçu le dossier des accusés, hier, en fin d’après-midi. Un dossier extrêmement volumineux qui pose problème. Parce que la moitié du dossier est illisible. Il s’y ajoute que le dossier qui nous a été communiqué est véritablement petit par rapport au dossier détenu par le parquet. Nous avons demandé et obtenu du président qu’à l’audience de renvoi, le même dossier que détient le ministère public soit communiqué à l’ensemble des avocats commis d’office. C’est la règle et c’est ce que disent le code de procédure pénale et les conventions de droits de l’homme ratifiées par le Sénégal. Il faut que jurisprudence se fasse et qu’à l’audience du 14 février, l’Imam et l’ensemble des accusés soient défendus de la meilleure des manières, conformément aux dispositions du droit en vigueur dans notre pays.

Cheikh Moussa SARR

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