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Afrique- Les enjeux de la tournée de Recep Tayyip Erdogan

Après Alger et Nouakchott, le président turc, Recep Tayyip Erdogan, est à Dakar dans le cadre de sa tournée africaine, prévue du 26 février au 2 mars. Focus sur les enjeux de cette tournée africaine.

Il s’est rendu dans plus de 30 pays d’Afrique, d’abord en tant que Premier ministre (2005-2014), puis en tant que Président de la République. Cette fois, Recep Tayyip Erdogan a choisi quatre pays du continent : l’Algérie, le Sénégal, la Mauritanie et le Mali pour sa première grande tournée diplomatique de l’année 2018. Il connaît déjà bien l’Algérie, principal partenaire commercial de la Turquie en Afrique, et entretient de cordiales relations avec Abdelaziz Bouteflika qu’il avait reçu à Ankara en 2005 avant de se rendre lui-même à Alger à trois reprises (en 2006, 2013 et 2014). En 2013, une tournée l’avait mené au Sénégal, où les entreprises turques Summa et Limak se sont illustrées en achevant le chantier de l’Aéroport international Blaise-Diagne (AIBD), inauguré en décembre, et en construisant le Centre international de conférences Abdou-Diouf (Cicad) et l’hôtel Radisson de Diamniadio. Ainsi que le Palais des sports « Dakar Arena » (qui doit être livré en juillet 2018).

Premier déplacement à Bamako et à Nouakchott

En revanche, son déplacement à Bamako et à Nouakchott est une première pour un chef d’État turc, même si l’un de ses proches conseillers rappelle que le Mali est « un pays à majorité musulmane » et que les relations avec la Mauritanie « remontent à l’empire ottoman ». Une présence ottomane ancienne, que les Turcs brandissent, tel un sésame, pour justifier leur intérêt pour l’Afrique. Ainsi, en 2005, Erdogan avait symboliquement choisi l’Éthiopie pour sa première visite sur le continent : dès 1910, les Ottomans avaient envoyé un consul général à Harar. Dans la même veine, en décembre 2017, il a obtenu du président soudanais Omar el-Béchir, son « frère », qu’il lui prête l’île de Suakin. Il s’engage à y reconstruire monuments et infrastructures afin que cet ancien point de passage des pèlerins se rendant à La Mecque retrouve une vocation touristique. Enfin, la TIKA (équivalent turc de l’Agence française de développement) finance la rénovation de bâtiments datant de l’époque des sultans, comme la mosquée Ketchaoua d’Alger, que le président Erdogan devait inaugurer, mais que seule Emine, son épouse, a finalement visité, ce mardi 27 février.

L’Afrique est devenue un eldorado pour les entrepreneurs turcs

Certes, dès 1998, un ancien ministre des Affaires étrangères, le libéral Ismail Cem, avait fait adopter un « pacte d’action pour l’Afrique ». Mais celui-ci n’avait pu être mis en œuvre en raison de la grave crise économique qui s’était abattue sur la Turquie. C’est donc véritablement depuis l’arrivée au pouvoir de l’AKP (le parti islamo-conservateur d’Erdogan) et l’ascension concomitante d’une bourgeoisie anatolienne pieuse et dynamique en affaires que l’Afrique est devenue un eldorado pour les entrepreneurs turcs.

Multiplication des échanges commerciaux avec l’Afrique

Le point de départ fut l’année 2005, déclarée « année de l’Afrique », au cours de laquelle Erdogan fit sa première tournée (Éthiopie, Afrique du Sud, Maroc, Tunisie). Peu après, la Turquie devenait un « partenaire stratégique » de l’UA et acquérait le statut de membre non régional de la Banque africaine de développement (BAD). Deux sommets Turquie-Afrique ont été organisés, l’un à Istanbul en 2008, l’autre à Malabo en 2014. Puis les forums d’affaires se sont multipliés. Résultat, les échanges commerciaux avec l’Afrique sont passés de 3 milliards de dollars au début des années 2000 à quelque 20 milliards aujourd’hui. Cette stratégie s’appuie sur trois axes : le déploiement d’ambassades sur le continent (elles sont 41, alors qu’elles n’étaient que neuf en 2003) ; l’ouverture de lignes de la Turkish Airlines, qui dessert une cinquantaine de villes africaines ; et l’action de l’agence TIKA, qui finance de nombreux projets dans les domaines du bâtiment, de la santé, de l’agriculture, etc.

Quant à la rhétorique, le président turc se montre prompt à fustiger le passé colonial de la France, l’indifférence du monde face à la famine qui frappe le continent ou les intérêts bassement mercantiles de ses concurrents, auxquels il oppose sa philosophie : une relation qui se veut « gagnant-gagnant », fraternelle et égalitaire.

Ce jeudi 1er mars, Recep Tayyip Erdogan devrait prendre part, avec son homologue sénégalais Macky Sall, à un Forum sénégalo-turc au Cicad de Diamniadio, près de Dakar. Avec en tête le même objectif : fournir des débouchés à des entreprises turques de plus en plus tournées vers l’exportation.

Zachari Badji avec Jeune Afrique

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