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Agriculture dans la petite Côte : Des melons en or contre l’émigration

(Syfia Sénégal) Gagner autant qu’un fonctionnaire, c’est le pari des jeunes agriculteurs de Kirène non loin de Dakar qui sont en passe de prouver que cultiver melons, haricots, tomates… peut rapporter gros et limiter l’émigration.

Source : Walf Fadjri
Automobilistes et passants du carrefour Liberté 6, un quartier huppé de Dakar, regrettent déjà la saison des melons qui, d’avril à juin, leur a permis de se régaler à bon prix de ces fruits juteux. Aliou Sène et ses trois camarades du village de Kirène, un village à 50 km à l’est de Dakar, sont venus à plusieurs reprises y écouler leur production. A 350 fCfa le kilo (0,53 €), les melons ont connu un franc succès, car d’habitude ils se vendent entre 800 et 1 000 fCfa le kilo (1,20 et 1,50 €). ‘S’il y a la qualité, rien à dire !’, se réjouit un client parti avec 4 kg de melons. ‘En avril, témoigne Aliou Sène, on vendait jusqu’à 800 000 fCfa (1 219 €) par jour. On a noué beaucoup de contacts, surtout avec des gens de l’aéroport’.

Kirène ! Le nom évoque au Sénégal une marque d’eau minérale et l’usine des Ciments du Sahel, les deux entreprises de la localité. Mais les jeunes, membres du Regroupement de producteurs maraîchers de Kirène (Rpmk) n’en ont cure : eux veulent réussir dans l’horticulture !

Depuis deux ans, 40 Groupements d’intérêt économique (Gie), qui sont autant d’exploitations agricoles familiales, exploitent 40 ha, des périmètres abandonnés par les différentes entreprises agroalimentaires (Bud-Sénégal, Senprim, Séproma) qui s’y sont succédé. L’occasion pour les villageois, leurs anciens ouvriers agricoles, de prendre la relève.

Ils bénéficient de l’encadrement du Programme de modernisation et d’intensification agricole (Pmia) qui a réhabilité les pistes de production ainsi que l’un des forages. S’y ajoutent des crédits estimés à plus de 150 millions de fCfa (230 000 €), ainsi qu’un fonds de roulement de 23 millions de fCfa (35 000 €) pour cette année. ‘Il y a un transfert de connaissances du Pmia vers le village. Les jeunes vont être privilégiés avec un défi de rentabilité afin qu’ils arrivent à gagner plus qu’un fonctionnaire ou un banquier. Ils n’ont donc pas droit à l’erreur !’, commente, Alioune Fall, le directeur du Pmia, présent tous les samedis à Kirène, pour suivre le groupement.

Les agriculteurs seniors apportent leur savoir-faire et prodiguent leurs conseils à leurs fils ou neveux, tous issus du village, la plupart d’un bon niveau scolaire, et soumis aux règles du Comité de discipline du Rpmk. ‘Attention, il ne faut pas blesser le goutte à goutte’, criait, à notre arrivée, Mar Sène, un ancien de Bud, responsable des opérations culturales dans le Rpmk. L’avertissement visait un jeune en train de sarcler. Dans le Rpmk, chacun est spécialisé, dans l’irrigation, les traitements, etc. ‘Les jeunes y occupent des responsabilités comme Aliou chargé de la commercialisation’, souligne le président, Mamadou Ciss.

À Kirène, tout le monde reconnaît que la campagne a été bonne. Meilleure que l’an dernier où seulement 200 t de haricots avaient été exportées. Kirène cette année a exporté 500 t de melons par le biais d’une entreprise espagnole et en a vendu près de 300 t localement. ‘Des contrats ont été signés avec cette société agroalimentaire qui a financé notre pré-campagne pour un montant de deux millions de Fcfa’, affirme Assane Ciss du Gie Bololiguëy.

‘Le projet marche bien, il accroît nos revenus’, affirme Assane Faye, chef de groupe dans un Gie où chacun engrange près d’un demi-million (760 €) par saison. Des résultats qui ont fait de Kirène, en 2006, un pôle d’excellence du plan Reva (Retour vers l’agriculture) lancé un an auparavant par le gouvernement sénégalais pour freiner la vague d’émigration clandestine. ‘Reva ou pas, les fils de Kirène ne rêveront jamais d’émigrer en Europe parce que le maraîchage résout beaucoup de nos problèmes’, s’exclame le vieux Mamadou.

Cependant, tout n’est pas facile pour ces jeunes, car l’argent n’arrive pas toujours à temps. ‘Pendant six mois, on serre la ceinture’, se plaint Aliou Ciss du Gie Takku Liguëy. Pour Assane Faye, son collègue, il faudrait vite trouver des solutions. Il y a aussi le manque d’eau qui nuit aux 130 femmes qui ont créé leur Gie. ‘On aimerait avoir un second forage pour augmenter la production’, insiste Mme Ndèye Diarra Diouf.

D’autres déplorent l’absence de concertation entre eux et les seniors, ainsi que le manque d’informations sur la gestion du Rpmk. ‘En dépit des bons résultats du projet, cette façon de faire risque de décourager ceux restés à Dakar qui voudraient revenir au village’, avertit Assane Ciss.

Pour autant, la motivation est là et les jeunes s’activent à repiquer piments, tomates et poivrons. Récolte prévue dans deux mois.


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