Hissène Habré, escorté par des militaires après avoir été entendu par un juge, le 2 juillet 2013 à Dakar.AFP PHOTO / STRINGER
Hissène Habré, escorté par des militaires après avoir été entendu par un juge, le 2 juillet 2013 à Dakar.AFP PHOTO / STRINGER

Alanaf Ali Saleh, victime dans l’affaire Hissein Habré- «Mes deux enfants ont été tués par balle par les agents de la Dds»

 

 Le procès de Hissein Habré a été marqué, hier, par l’audition de 3 témoins. Premier témoin à être entendu, Alanaf Ali Saleh a renseigné qu’il a été détenu pendant 9 mois 20 jours, ses deux enfants tués et ses 43 millions emportés par les agents de la Dds.

C’est toujours l’audition des témoins à la barre des Chambres africaines extraordinaires. Alanaf Ali Saleh, témoin et par ailleurs victime dans le procès de Hissein Habré a fait face, hier matin, aux juges de ladite juridiction. C’est pour revenir sur les faits dont il serait victime. Agé de 65 ans lors de son arrestation, Alanaf Ali Saleh a passé 9 mois 20 jours en prison. A la barre, le témoin est revenu longuement sur les raisons de son arrestation. Les faits se sont déroulés à N’Djamena au sein même de son domicile. « Je rentrais du Nigeria avec la somme de 43 millions de francs Cfa qui provenaient du commerce de mon bétail. Au Tchad, j’ai passé par la douane. Après vérification, les douaniers ont su que j’avais 43 millions mais ils m’ont laissé partir », a déclaré Alanaf Ali Saleh. Avant de poursuivre : « arrivé à la maison, mes voisins m’ont informé que j’ai été poursuivi par deux véhicules de marque Toyota et Land Rover. Ce jour-là vers les coups de 1 heure du matin, j’ai entendu des personnes qui toquaient à la porte de ma maison. Comme j’ai refusé d’ouvrir, ils ont mis un de leurs véhicules en position de marche en arrière avant de défoncer le portail ».

A l’en croire, ces militaires, au nombre de 7, voulaient tout simplement récupérer sa fortune. « Lorsqu’ils ont voulu prendre les 43 millions, j’ai mis ma main sur le sac qui contenait l’argent et les militaires nous ont tiré dessus. C’est sur ces entrefaites que mes deux enfants en l’occurrence Fatimé et Issa ont été atteints mortellement. Quant à moi, j’ai reçu des balles au niveau de l’avant-bras droit », a encore dit le témoin.

« J’ai perdu mes dents à cause des supplices »

Face aux juges des Chambres africaines extraordinaires, hier, Alanaf Ali Saleh a soutenu qu’il ne pouvait pas aller à l’hôpital parce que non seulement il n’y avait pas de moyen de transport mais aussi, il ne pouvait pas se déplacer à cause de ses deux enfants qui étaient morts. Sur une question de savoir pourquoi il n’a pas alerté ses voisins, le témoin explique: « j’attendais qu’il fasse jour pour que je puisse alerter mes voisins. Car, les gens avaient peur de sortir à l’époque lorsqu’ils entendaient des tirs ». En attendant qu’il fasse jour pour qu’il puisse enterrer ses morts, le témoin a été arrêté vers les coups de 4 heures du matin par les agents de la Dds. « J’ai été détenu pendant 9 mois et 20 jours. Les militaires m’avaient promis de me rembourser mon argent une fois l’enquête bouclée. Pour moi, la seule raison de mon arrestation c’était l’argent que je détenais », a-t-il déclaré. Il faut dire que le témoin a profité de son passage devant les juges pour revenir sur les conditions de sa détention.

« Dans ma cellule, il y avait des vieux souffrants avec des jambes fracturées. J’ai perdu mes dents à cause des supplices dues à la mauvaise alimentation parce qu’on nous donnait du riz sec », a dit le témoin selon qui, Hissein Habré est le principal responsable de ce qui lui est arrivé. Toutefois, renseigne-t-il, c’est en décembre 1990 qu’il a été libéré c’est-à-dire lors de l’accession du président Idriss Deby Itno au pouvoir. En définitive, il  est  devant les Chambres pour réclamer ses 43 millions mais aussi, pour que justice soit faite concernant ses deux enfants qui ont été tués.

« On mangeait des boulettes avec de la sauce fade sans condiments »

A sa suite, Jean Noyama Kouvounsona a été auditionné par les juges. A l’entame de son audition, le témoin a dit être très choqué et sidéré par rapport à certaines injures qui sont passés dans la presse locale et réseaux sociaux le traitant de victimes fabriquées. « Je ne suis pas un témoin fabriqué. Je suis détenteur d’un certificat de mise en liberté », a dit le témoin qui sera très vite recadré par le président Kam. « C’est au niveau de l’audience qu’on va jauger votre crédibilité. La vérité c’est devant la barre donc on ne va pas faire de débats inutiles », a indiqué le président des Chambres africaines extraordinaires. Ainsi, le témoin peut-il commencer sa déposition.

Agent de Santé de son état,  Jean Noyama Kouvounsona a été arrêté le 11 mai 1989 à N’Djamena au bureau de son chef de service par El Djonto. « J’ai été gardé à l’entrée de la Dds dans une petite cellule. J’ai passé là-bas une nuit avant d’être sorti par El Djonto qui m’a confié à trois personnes. Ces dernières m’ont attaché les mains et les pieds par derrière, on m’a mis un tuyau avant d’ouvrir le robinet à flop », a-t-il soutenu. Expliquant les raisons de son arrestation, il dira que les agents de la Dds le soupçonnaient d’être un agent de la Libye au Tchad.

Abordant les conditions de détention au Camp des Martyrs, le témoin déclare : « On ouvrait les cellules deux fois par jour. C’est pour recueillir nos déchets mais aussi pour nous donner des boulettes avec de la sauce fade sans condiments ». Selon toujours le témoin, pour dormir à l’intérieur des cellules, ils se rangeaient comme des sardines dans une boite. Pour qu’un détenu bouge, il faudrait que les 5 autres se réveillent. Face aux juges, le témoin a martelé que les séquelles de la perte de son bras droit, la baisse de sa vision, la baisse de sa puissance sexuelle, etc.

Pour terminer, la Chambre a entendu le dernier témoin de la journée. Il s’agit de Mandjere Antoinette. Cette dernière a révélé que son frère, commissaire sous le règne de Habré, a été arrêté et exécuté le 10 septembre 1984 lors des événements appelés « septembre noir ». Allant s’enquérir de la situation de son frère, Mandjere Antoinette a soutenu qu’elle a été arrêtée et torturée. S’agissant des membres de sa famille qui seraient tués par le régime de Habré, le témoin a soutenu qu’on leur interdisait de récupérer leur cadavre. « Les agents de la Dds nous interdisaient d’enterrer nos morts. On laisse les cadavres pourrir et les vautours prenaient les yeux », a-t-elle indiqué. A l’en croire, elle a perdu tous ses biens ainsi que les membres de sa famille.

Cheikh Moussa SARR

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