30 octobre, 2014
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ALIOUNE BADARA MBAYE DIT DOUDOU SECK : «C’est comme si l’on m’avait jeté un sort, mais Dieu ne ferme jamais les yeux»

ALIOUNE BADARA MBAYE DIT DOUDOU SECK : «C’est comme si l’on m’avait jeté un sort, mais Dieu ne ferme jamais les yeux»

Sa vie a été tumultueuse et a alimenté tous les supputations qui lui ont fait une réputation pas des meilleures. La vie de Doudou Seck Yaye Katy que nous avons retrouvé dans son domicile au quartier Etoile de Pikine, c’est tout un programme et le récit qu’il en fait, chargé d’anecdotes et de détails croustillants renseigne sur la dimension de ce grand parolier qui traine sa forte corpulence dans les arènes lors des combats de lutte. Chanteur hors pair dont les envolées font courir les amateurs de lutte, Alioune Badara Mbaye pour l’état civil revient sur riche carrière, sa vie qui ne ressemble pas à un long fleuve tranquille, ses déboires avec la justice. Entretien avec un homme qui n’a pas peur de ses idées encore moins de cracher ses vérités sur certaines injustices.

Au fait on te connaît bien comme étant chanteur, mais aussi grand épicurien. Mais qui est vraiment Doudou Seck et qu’est-ce qui se cache derrière l’homme ?

Je m’appelle Alioune Badara Mbaye dit Doudou Seck né le 4 octobre 1954 à Dakar, fils de Ndèye Katy Seck et d’Ibrahima Mbaye.J’ai fait mes études primaires à l’école Bassam-Goumba de Grand-Dakar du Ci (cours d’initiation) au Cp (cours préparatoire), avant que l’on me confie à mon oncle El Hadji Charles Seck à Ténéfoul. J’y étais de 1961 à 1963 avant de rejoindre mon père à Ziguinchor, jusqu’en 1967. Après, je suis revenu sur mes premiers pas à Bassam-Goumba. Par la suite, nous avions été transférés à l’école de la Rue 10 et je fais partie de cette première promotion qui a été transférée dans cet établissement scolaire. À l’époque, après chaque fin d’année scolaire, le défunt président Léopold Sédar Senghor conviait les meilleurs élèves à la Résidence de Médine, familièrement appelée «Keur Mamadou Dia» où il y avait deux lions. Les vernaculaires ou cancres ne s’y rendaient jamais, c’étaient les meilleurs élèves qui y étaient invités. C’est à cette époque que j’ai commencé à chanter.

Donc subitement, vous avez abandonné les études pour la chanson et qui vous a tendu le micro pour la première fois ?

Non j’ai continué mes études. Mais c’est El Hadj Mada Seck qui m’a tendu la perche la première fois. Il m’a fait chanter la tomate «Arigoni» qui faisait la promotion de son produit aux arènes Manga Diouf à la Place Thiéma de Kaolack. Il y avait tous les grands chanteurs : Samba Diabaré Samb, Abdoulaye Nar Samb, Aly Batta Mboup, Mor Dior Seck, Amadou Ndiaye Samb, Adja Mbana Diop, Yandé Codou Sène, Fatou Socé, Anta Dieng, Seybassi Dieng et Sacou Dieng. À cette époque, les grands tambours-majors étaient Allé Guèye Seck, Papa Massaër Mbaye, Yeumb Goor et Abdallah à Kaolack. Je me rappelle aussi Yaye Marie Fall, Diama Diop de Dagana, Diabou Seck, Ndèye Faly Dieng, Yaye Coumba Fall Léonie. Lorsque nous avons pris le train, nous étions logés à Kaolack. Et moi, au départ, j’étais parti pour jouer de la batterie avec Thio Mbaye, mais pas pour chanter. Mais, comme durant le trajet, je chantonnais dans le train Dakar-Kaolack, le vieux Mada Seck qui m’avait observé me nota sur une feuille toutes les composantes de la Société de Tomate Arigoni. Lorsque j’ai chanté, le grand boss de la société qui était un blanc a dit qu’il n’était plus question que les ténors chantent. En ces temps-là, Amadou Cissé Dia était le président de l’Assemblée régionale de Kaolack dont le siège abrite aujourd’hui le Tribunal de Kaolack. C’est ainsi que j’ai gagné le prix. De retour à Dakar, Alioune Camara qui était le président du Consortium me convoqua pour que je me présente avec mes parents. Je suis parti rapporter la nouvelle à ma grand-mère Fatou Mbaye, qui m’a éduquée. Mais elle pensait que je racontais des balivernes et elle m’a même rabroué. Je suis reparti chez Alioune Camara pour lui donner la version de ma grand-mère, ce dernier me demanda de convaincre ma grand-mère à venir. Comme j’en avais marre, je suis parti le dire à Mame Less Thioune qui est venu récupérer le prix qui était accompagné d’une forte somme d’argent.

Et qu’est ce que vous avez fait avec cet argent et c’était combien ?

C’était beaucoup d’argent. Et vous savez ce que Mame Less Thioune a fait. Il m’a payé deux ensembles à la Citec et c’est avec le reste de cet argent qu’il a épousé Ndèye Mbaye Djinma-Djinma à Hlm Fass et je le répète encore.

Mais El Hadj Mada a aussi fait votre promotion à la Rts avec son émission Pencum Sénégal, mais vous avez aussi fait du chemin en étant très jeune ?

C’est vrai, c’était, je crois, en 1968 et je me rappelle, on avait organisé cette émission au Camp Dial Diop, en compagnie de Doudou Diop Goumba et Adama Diakhaté Yéri. Aussitôt, les soldats nous ont fait savoir qu’il y avait un grand chanteur dans l’armée. Et c’était Ndiaga Mbaye. El Hadj Mada Seck l’a aussitôt interpellé pour qu’il vienne faire un duo avec moi. Car à l’époque, j’avais une petite expérience pour avoir sillonné de nombreuses localités du Sénégal. Habib Thiam et sa s?ur Rose Thiam ont été les premiers à m’emmener à Dagana où j’ai dormi sur le lit de Yaye Mbaye, la mère d’Adja Mbana. C’était une parenthèse, avant de revenir sur ma première rencontre avec Ndiaga Mbaye. Lorsque ce dernier est venu me faire les ch?urs, j’ai chanté «Socé Demba Madjiguéne Thiéyacine Demba Mar Ngalbou Massamba Ndiaye», une chanson qui était destinée à Ndèye Mbaye Djinma-Djinma. En 1969, je me suis encore retrouvé avec Ndiaga Mbaye. C’est Ousseynou Clédor Diagne et Modou Diop Clarisse qui m’avaient engagé à Mbacké pour que j’anime une soirée en compagnie de Penda Madame, Birame Ndiaye et Mangoné Ndiaye, accompagnés de Bathie Ndiaye Taïba et Bara Mbaye Massar. Lorsque la voiture est venue me prendre chez Doudou Ndiaye Rose, on a fait un détour à la Rts où j’ai retrouvé Ndiaga Mbaye en train d’enregistrer. Je l’ai accompagné dans plusieurs morceaux avant de reprendre la route. Par la suite, j’ai fait du chemin avant de faire la connaissance de Thione Seck, lors de la nuit du Jaraaf qui coïncidait avec la fusion du Foyer et des Espoirs de Dakar, au stade fédéral devenu Iba Mar Diop.

Donc vous avez fait du chemin avec Thione Seck aussi ?

Lorsque j’ai chanté avec Thione cette nuit, j’ai amassé beaucoup d’argent que j’ai distribué à Samba Diabaré Samb, Samba Diop Lélé, Mor Dior Seck et autres. Thione Seck s’est subitement fâché avant de me demander les raisons. Mais je lui ai fait comprendre que c’était des personnes âgées et qu’il fallait au moins les honorer. Je me rappelle, cette nuit, j’avais chanté Ndèye Diop Bercy et Ndèye Diop Sanou, en présence de Yaye Arame Diène, Kadio Demé, Ndew Niang, Seynabou Guèye Ndatté, Siga Diakhaté, Siga Sèye Coulibaly, Madeleine Ngom, Mame Yacine Diagne. Mais je me rappelle la première altercation que j’ai eue avec Thione, c’était aux arènes sénégalaises. Ces temps-là, les aveugles Doudou Diop Ousmane Sow Ndaraw pratiquaient la lutte et jouaient aussi au football. Quand ils luttaient, ils tapaient des mains pour se situer et lorsqu’ils jouaient au foot, ils attachaient une cloche au ballon.

Vous aviez été au Théâtre national Daniel Sorano, mais vous n’y aviez pas duré. Etait-ce à cause de vos frasques ou d’un sort qu’on vous a jeté ?

Oui j’étais au Théâtre national Daniel Sorano et je faisais partie des meilleurs chanteurs. Mais subitement, j’ai abandonné mon poste à Sorano et je ne voulais même plus y mettre les pieds et c’était aussi valable à la radio nationale. Je commençais à prendre de l’alcool, à avoir de mauvaises fréquentations. Et c’est comme si l’on m’avait jeté un sort. Mais, comme le Bon Dieu ne ferme jamais les yeux… À l’époque, il y avait Laye Mboup, Ndiaye Samb et les autres. Car je fais partie des pionniers de Sorano et je me rappelle l’époque où Maurice Sonar Senghor a détourné l’argent avant de disparaître dans la nature pour de bon.

Mais vous avez connu aussi d’autres groupes musicaux, sans grand succès, on dirait ?

Ah non, là, je ne suis pas d’accord. Partout où je suis passé, j’y ai laissé mon empreinte. Peut-être, à l’époque, la musique n’était pas ce qu’elle est aujourd’hui. Je suis passé par Rio Ochestra à Fass avec Blain Mbaye, Abdoulaye Mboup de Poste. Ensuite, je jouais au Miami et à Baobab. Thione, c’est moi qui l’ai introduit au Baobab Gouye Gui chez Adrien Senghor, et non Laye Mboup comme certains le croient. J’ai encadré de nombreux musiciens, comme Thione, Mor Dior Seck, Papa Djiby Bâ, Doudou Sow, Mbissane, Ass Seck de Kaolack, l’oncle de Papa Ndiaye Thiopet qui était un batteur. Youssou Ndour l’a confirmé lors du drapeau Bercy. Mais parmi eux, certains sont reconnaissants, alors que d’autres sont ingrats. C’est dommage qu’il soit parti, mais un garçon comme Ndongo Lô était très reconnaissant et il aidait beaucoup de personnes. Je vais vous faire une confidence. Ces cahiers que vous apercevez là sont des chansons que j’écris pour les musiciens. De grandes stars passent souvent pour prendre des cours, mais par respect pour ce qu’elles font, je préfère ne pas dévoiler les noms. Je ne suis pas un chanteur, je suis un parolier comme Thione qui parle des préoccupations de la société. En plus il chante sur le Coran et la Bible.

Mais où avez-vous appris le Coran ? Je vois que vous avez des livres de Coran, la Bible et la Thora. C’est pour meubler votre salon ?

Non ! Loin de là. J’ai appris et terminé le Coran.Je lis aussi la Bible que m’avait offerte feu Abbé Diamacoune Senghor, en prison, en 1984, et d’autres choses, en présence d’Ankiline Diabone, Siaka, Nkrumah Sané, Victor et autres. C’est Serigne Dia de Taïba Grand-Dakar qui m’a transmis les versets et sourates du Coran. On étudiait à la mosquée et j’ai terminé le Coran une fois avant de partir.

Donc votre apparence peut tromper ?

J’ai continué à apprendre le soufisme aussi à Dahra et à Banjul, chez mon père. Le Coran, on ne l’hérite pas, il faut l’apprendre pour le connaître. Maintenant, les gens sont libres de dire ou de jeter l’anathème. Quel que soit ton nom de famille, si tu n’apprends pas le Coran, tu ne pourras jamais devenir Khalifa. Le bon Dieu recommande à tout musulman d’apprendre le Coran, c’est une prescription. Même le prophète Mohamed a été contraint à étudier le Coran. Et pourtant, Dieu aurait pu lui donner ce savoir. D’ailleurs, je vois une publicité dans «Le Pop» où quelqu’un est capable de vous apprendre le Coran en trois heures. Je pense que c’est une aubaine et aujourd’hui, tous les pères de famille devaient emmener leurs enfants vers ce monsieur.

Vous me parlez de Dieu, est-ce que réellement vous connaissez Dieu vous qui êtes un grand offenseur ?

Le fait de dormir et se réveiller vous permet de connaître Dieu. Il est vrai que je suis un grand offenseur, mais je sais comment demander grâce au bon Dieu. Entre Dieu et moi, personne ne peut interférer. Je n’ai qu’un seul marabout, c’est ma mère et personne d’autre, bien qu’elle ne soit plus de ce monde.

Mais il y a un paradoxe lorsque vous dites que vous n’avez pas de marabout, alors que dans le salon, on voit les effigies des marabouts mourides, tidianes, niassènes, khadres et autres ?

Ce sont des références pour ma famille. Il y a la famille d’El Hadj Malick, de Serigne Touba et Cheikhal Islam. Je veux éduquer mes enfants, selon les recommandations de l’Islam.

Vous aviez un certain penchant pour l’ancien Khalife général des Tidianes, feu Abdoul Aziz Sy «Dabakh» ?

C’est ma seule référence au Sénégal, le médiateur de l’Afrique et du Sénégal. Et depuis sa disparition, je n’ai vu aucun guide ou chef religieux dire la vérité au gouvernement et à la justice. Il était le seul à le faire et il a laissé ce grand vide, je le dis et j’en assume la pleine responsabilité. Il faut avoir le courage de dire la vérité, car la vie est trop éphémère. Aujourd’hui, les gens doivent avoir d’autres préoccupations

Mais quand on revisite le répertoire musical de Doudou Seck et Papa Djiby Bâ, on a des regrets à voir aujourd’hui que vous avez perdu beaucoup de temps et passé à côté d’une très grande carrière.

C’est la volonté divine et le monde évolue. Je te donne un exemple, Balla Gaye 2, ce qu’il a eu aujourd’hui dans la lutte, son père qui a été meilleur que lui ne l’a pas eu. Donc vous voyez la vie de l’individu ne dépend pas seulement de lui, mais de la volonté divine.

Mais souvent, vous avez un accoutrement bizarre. Vous portez, par exemple, deux grands boubous, un gilet, des bottes, un casque Edgan ?

Je l’ai copié du grand Serigne de Dakar Doudou Moussé, le père d’Abdoulaye Diop Makhtar qui était un grand sapeur. Et c’était très beau à voir, surtout aux environs de 17 heures où il avait l’habitude de se promener sur le balcon de sa maison.

Mais Doudou Seck, il paraît que vous étiez le protégé du président Léopold Sédar Senghor car sa femme Collette vous aimait.

Exact ! À l’époque je faisais tout ce que bon me semblait, en plus je pesais plus de 100 kilogrammes. Le président Senghor m’adorait et il a été le premier à me donner le nom de l’enfant à la voix d’or. Le président Senghor avait trois artistes au Sénégal, Moi, Ibou Diouf, dessinateur et Mbaye Diop, peintre. Nous étions les trois protégés de la République et la première Dame nous aimait tellement. Je vais vous faire une révélation. Il arrivait que le président Senghor me prenne nuitamment aux alentours de la Cathédrale avec sa 2CV afin qu’on se rende chez sa s?ur, à Thiès, où il avait l’habitude de faire ses bains. Et cela à plusieurs reprises.

Mais Doudou Yaye Katy, vous aviez connu une vie très tumultueuse avec votre emprisonnement. Est-ce que vous pouvez revenir sur les circonstances de votre incarcération ?

La faute au jeune frère de mon ex-épouse, Ameth Thioune. C’était le 23 avril 1989, coïncidant avec les événements de la Mauritanie. Il était venu chez moi et nous a trouvé endormis, ma femme et moi. Il était en train de déconner et j’ai dit à mon ex-femme Ndickou que j’allais dormir chez l’inspecteur Abdoul Aziz Thioune Lam qui avait un débit de boissons. Nous sommes par la suite restés, Ameth et moi, en train de consommer jusqu’à midi ou treize heures. Nous avions alors entendu des lacrymogènes et renseignements pris, on nous a informés qu’il y avait un conflit entre le Sénégal et la Mauritanie. C’est par la suite qu’Ameth est parti avec des gosses pour casser certaines boutiques. Il a été tabassé par des Guinéens. Quand on m’en a informé, j’ai rappliqué dare-dare pour essayer de régler l’affaire. Et sur le coup, un Guinéen «Soussou» m’a assommé avec une grosse pierre. À sa suite, il y a une bagarre générale et Ameth a poignardé le gars à la cuisse. Et l’on nous a par la suite tous acheminés à l’hôpital Le Dantec. Il y avait la grève et j’ai dit au médecin que j’allais me rendre à la clinique Hubert pour prendre des soins auprès de Soumaré. Malheureusement, il était absent. J’ai pris un taxi pour emmener à Fann Ameth qui était dans un piteux état. Pendant ce temps, le Guinéen était laissé en rade dans un lit à l’hôpital et il finira par succomber à ses blessures. À Fann, c’est Diadji Seck et Alioune Guèye qui nous ont acheminés aux urgences pour nous soigner. Trois mois plus tard, de retour d’une tournée à Diourbel, mon beau-père Doudou Thioune est allé dire à la Police, où il avait un frère commissaire du nom de Sadanké Thioune, que j’avais tué un individu. Les policiers sont venus me chercher sans motif, je me suis battu avec eux et l’on m’a écroué sans pour autant que je sache les raisons. Et le lendemain, un inspecteur est venu m’auditionner sur les raisons de la bagarre. Et sur ces instants, mon beau-père Doudou Thioune, accompagné de son fils Ameth, est revenu à la police pour témoigner que j’avais tué le Guinéen. Je me suis chamaillé avec les flics qui m’ont déféré avant un retour de parquet pendant une semaine avant que l’on me mette en prison. J’ai fait 2290 jours à la maison d’arrêt et de correction de Rebeuss.

Ce sont ces raisons qui vous ont poussé à divorcer avec votre première femme Ndickou ?

Non, pas du tout ! Durant mon incarcération, Ndickou Thioune venait souvent en prison. Mais, au fil du temps, elle avait arrêté de venir me voir. En dehors de tout cela, on l’avait aussi interpellée et déférée en prison où elle m’a trouvée en août 1989 avec une autre chanteuse qu’elle accompagnait. À sa sortie, elle venait me voir pendant trois ans. Et subitement, elle est restée une année sans me rendre visite et un bon jour, le juge Diallo me convoque, elle, son frère Ameth et son père Doudou Thioune. Lorsque j’ai vu Ndickou portant une robe camisole, j’ai aussitôt senti et compris beaucoup de choses et je me suis tu. Après l’enquête, le juge est revenu sur l’affaire du Guinéen. Et entre-temps, Doudou Thioune avait dit à Ameth de soutenir que j’étais le commanditaire. Mais c’est par la suite qu’il s’est rétracté devant le juge pour dire que c’était son père qui lui avait demandé de dire ces contrevérités. Le juge a même failli leur délivrer un mandat dépôt avant de laisser tomber. Car à cette époque, certains ne voulaient pas que je sorte de prison car je dérangeais. Et un beau matin, Doudou Ndiaye Mbengue est venu me rendre visite en prison pour me dire «Grand, j’ai un ami Libasse Mboup qui dit qu’à sa sortie de prison tu vas le tuer car il a enceinté ta femme Ndickou». Mais je lui ai fait comprendre que je n’avais rien à foutre car j’ai beaucoup de respect pour lui et non pas pour la femme. Quelques mois après, on m’annonce que Doudou Thioune voulait donner en mariage Ndickou à Libasse Mboup, alors que ma femme était dans les liens du mariage. Mon beau-père m’envoie en prison pour des calomnies et m’arrache ma femme. C’est la raison pour laquelle j’ai répudié Ndickou Thioune. Gaston Mbengue, Petit Mbaye et même Serigne Fallou Mbacké transitaire m’ont proposé monts et merveilles pour que je la reprenne, mais j’ai opposé un niet catégorique, car plus question de vivre avec elle.

Vous avez aussi renié votre fils Khadim. Vous êtes très difficile à vivre, on dirait.

Dans ma vie, j’ai toujours eu des principes et j’y tiens jusqu’à la fin de mes jours. Un fils qui n’écoute jamais les conseils de son père, il est banni. Heureusement que j’ai d’autres fils. Je ne peux comprendre que mon fils demande la main d’une fille sans mon aval, sans que je sois au courant. Une mère de famille ne peut pas aller demander la main d’une fille pour son fils. Ces affaires de griots ne marchent pas chez moi.

Mais vous êtes bel et bien griot non ?

Je suis griot, mais très digne. Un bon fils doit venir dire à son père son intention de se marier. Et il revient au père de voir si le choix est très judicieux avant qu’il ne s’engage. Je ne suis pas d’accord que les femmes lui trouvent une femme pour récupérer des «ndawtal». C’est trop facile. Un homme doit apprendre à se prendre en charge et c’est très important pour l’avenir.

Mais en plus de votre femme actuelle, il paraît que vous avez une autre épouse qui est gambienne et qui vit en Norvège. Est-ce vrai ?

Exact ! Mais lorsque je suis allé la voir, elle a voulu me retenir là-bas, mais je lui ai fait savoir qu’il n’est pas question que je reste hors du Sénégal où j’ai laissé ma petite famille et je tiens à leur éducation. On s’appelle mutuellement et un de mes fils porte le nom de Mohamed Sadiya qui est le nom de ma femme qui vit en Norvège.

Vous êtes aussi une personnalité du monde de la lutte pour vos chansons et l’on reconnaît votre attachement à Fass ?

Depuis quelque temps, j’ai pris du recul, car il n’est plus question que je vienne chanter pour le plaisir d’un promoteur. Je me suis absenté sur les deux journées de Gaston et de Luc qui n’ont pas fait appel à mes services, mais j’ai été présent au jubilé de Tapha Guèye. Je crois en mes capacités et à mes compétences. La lutte est en train de dévier à cause des play-back, «Taasu» et «Taatu-Laobé». Ces choses banales sont en train de dénaturer ce sport. Il m’arrivait souvent d’accompagner Mbaye Guèye et si je voyais qu’il n’a aucune chance de gagner le combat, je créais une histoire ou je provoquais le corps arbitral pour que le combat se termine en queue-de-poisson. A l’époque, il y avait le colonel Mbaye Guèye du Gmi et l’on me libérait dés l’arrivée au Camp Mangin ou même bien avant.

Il arrive qu’on vous voie un peu à l’écart lors des journées de lutte. Est-ce pour frimer ou se faire reconnaître ?

Quand je me mets souvent à l’écart, c’est pour ne pas gêner le chanteur qui est engagé pour la manifestation. Et très souvent, ce sont les gens qui me demandent de prendre le micro. Et pourtant, après le combat, le promoteur ne se soucie même pas de moi. Il préfère donner de l’argent à d’autres et nous dire de passer à la maison ou au bureau.

Parfois, on a comme l’impression que certains chanteurs et les micros centraux comme Hypo et Ibou Ndiaye vous craignent.

Non, pas du tout. Quand la chanson est «dégammée», je ne peux plus me retenir. Hypo et Ibou Ndiaye, je les faisais entrer au stade. Et lorsqu’ils ont eu des problèmes avec Gaston, c’est moi qui les ai réconciliés. Mais je ne peux concevoir qu’on retienne le micro sans le donner aux chanteurs. Je n’ai pas le temps.

Souvent, je vous entends dire que vous étiez parti chez vous à Banjul. Vous êtes Gambien ?

Oui, je suis Gambien…

Mais Gambien ou Sénégalais ?

Je suis Sénégambien. Mon père m’a déclaré en Gambie et au Sénégal. Et il n’y a rien de spécial. Souvent, tu vois un Guinéen de souche disposer aussi de la nationalité sénégalaise. En plus, n’oubliez pas qu’en Gambie, tous les gens sont des «Saloum-Saloum».

Vous étiez très attaché aux Gamous religieux khadriya au temps de votre splendeur ?

Ma préférence dans ce monde, c’est le prophète Mohamed (Psl). Moustapha Mbaye est un grand chanteur et c’est moi qui lui ai appris les premiers rudiments de la chanson, mais il lui reste beaucoup à apprendre. Et j’ai pris du recul car dans les veillées religieuses, les gens chantent les louanges des hautes autorités et des personnes nanties alors qu’on doit y chanter le Prophète et les recommandations de Dieu. Je suis un peu dégoûté de l’attitude des chanteurs religieux. Je vais vous raconter une chose. Vous savez qu’au sein de ma famille, tous mes enfants ont le prénom de Mohamed : Mohamed Sadiya le nom de ma seconde épouse en Norvège, Mohamed Babacar et Mohamed Khadija qui est à Ponty.

Vous avez vécu en prison avec Abdoulaye Wade, l’actuel président, Samuel Sarr, Landing Savané et autres. Mais j’ai comme l’impression qu’ils vous ont laissée en rade. Vous n’avez pas de maison et vous ne vivez pas vraiment comme on aurait pu le penser ?

Wade est le meilleur président qu’a jamais connu le Sénégal. Je vous dis que je ne suis ni un quémandeur, encore moins un larbin. Nous avons été ensemble en prison et il s’est battu pour être élu démocratiquement et c’est mon père, je lui dois beaucoup de respect. Samuel Sarr, c’est un ami. Mais je veux aussi féliciter Idrissa Seck qui a fait de Thiès une vitrine. Et si tous avaient pensé bâtir chacun sa région, le pays se serait développé le plus rapidement possible. Les nouveaux responsables ne pensent qu’à détourner l’argent public pour construire des maisons aux Almadies ou à Nord Ford. Ces gens doivent être audités et il est du devoir de la justice de savoir la provenance de leur richesse rapide. Aujourd’hui, si je veux voir Wade, je sais par quels canaux il faut passer. J’ai discuté avec le Premier ministre Souleymane Ndéné qui m’a demandé de venir le voir, mais je ne veux importuner personne, car je ne veux pas déranger et le moment venu, je pourrais le voir.

Entretien réalisé par Mbaye Jacques DIOP le populaire