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Alune WADE, auteur compositeur : Un destin réglé comme un papier à musique

Après sept ans de compagnonnage avec Ismaël Lô, Alune Wade entame une carrière solo. Avec son premier album intitulé Mboolo, il a montré un goût éclectique pour la musique. Le jeune homme a de qui tenir : il est le fils du Colonel Fallou Wade, l’ancien patron des musiciens en kaki.

Source Walf fadjri

Il discute calmement, assis dans un des fauteuils qui meublent l’immense salon de la maison paternelle, à la Cité Soprim. A ses côtés, comme pour le soutenir, il y a maman, les sœurs et la tante-conseillère en com. Il baisse timidement les yeux, comme pour éviter de croiser le regard de ses interlocutrices. Il est habillé décontracté. Son jean bleu, délavé et déchiré lui donne les allures d’un bad boy. Le soleil d’été est haut depuis belle lurette, mais il vient seulement de s’arracher du lit, sous prétexte qu’il a donné un spectacle la veille, jusque tard dans la soirée. Son nouveau rôle de chef d’orchestre le place désormais au-devant de la scène et il doit l’assumer.

Alune Wade a une ascendance qui pèse lourd sur ses frêles épaules. Il est le fils du plus musicien des militaires sénégalais : le Colonel à la retraite Fallou Wade, ancien patron de l’Orchestre national et de la fanfare kaki. Le fils veut se faire des galons à lui dans la musique. A 29 ans, Alune Wade entame une carrière solo après sept ans de compagnonnage avec Ismaël Lô De l’ambition, il en a. Son style, il veut l’imposer. Pour ça, il a mis sur pied une bande aux origines variées. Basé en France, le groupe,est composé de musiciens français, sénégalais, mauricien, guadeloupéen, américain. Cette diversité explique le choix très ouvert des instruments : le traditionnel tient fièrement sa place à côté du moderne. Les sons de la kora, des percussions, se mêlent harmonieusement aux notes de guitare et aux turbulences du tama (tambourin d’aisselle). Pas étonnant alors que la bande surfe sur un registre musical très coloré, passant allègrement de la salsa à l’afro, sans ignorer le reggae, encore moins le mbalax. Et le tout se joue sur un fond musical très jazzy. C’est ce cocktail que l’on retrouve du reste dans le premier album de Wade fils intitulé sommairement Mboolo. Sorti en France il y a un peu plus d’un an, il a été présenté au pays l’été denier avec à l’appui un concert réussi à l’Institut français. Avisé, et sûr de son talent, celui que l’on surnomme ‘Marcus’ pour sa passion pour la guitare basse, a entièrement produit son opus. Avec ses ‘propres épargnes’, sans attendre l’onction d’un producteur.

L’album a été titré à seulement 500 exemplaires. Car, pour un début, le jeune homme se veut réaliste. ‘C’est une musique qui ne marche pas comme les autres genres. Et puis, on n’est plus à l’époque où l’on écoute Mory Kanté et autres. Je me suis dit qu’il ne fallait donc pas rêver. J’ai juste produit le minimum : 500 copies, dont 200 pour la presse et 300 pour la vente’, explique-t-il.

Son jeu à la guitare est influencé par ses idoles de jeunesse : Bob Sène, ancien virtuose du Super Diamono et Habib Faye, star du Super Etoile. Alune a très tôt jeté son dévolu sur cet instrument à cordes devenu son jouet favori. Il aurait pu faire un excellent pianiste pour avoir suivi assidûment des cours à domicile dès l’âge de 8 ans. A la maison, on ne badinait pas avec les cours. ‘Une fois, il m’est arrivé de sécher la classe de solfège, j’avais 9 ou 10 ans, se souvient-il. J’en avais assez et je voulais jouer au foot comme tous les garçons de mon âge. Mes sœurs m’ont balancé, ce jour-là, mon père m’a bien tapé. Car, pour lui, je n’avais pas le choix, je devais faire de la musique’. Il n’est pas né pour simplement jouer, mais pour bien jouer. ‘Marcus’ a incarné le rêve paternel, mais il tient à faire la différence entre son avantage de naissance et ses compétences acquises à la tâche : ‘De toutes les façons, j’allais être musicien. Il y a des gens qui n’ont pas eu un père musicien, mais qui ont réussi dans la musique.’

Précoce, à seulement 18 ans, il intègre le groupe d’Ismaël Lô. Ce qui lui permet de beaucoup voyager et découvrir le monde. Comme il avait déjà les idées bien en place, il profite des tournées aux quatre coins du monde pour remplir son carnet d’adresses. ‘Le fait d’avoir côtoyé Ismaël Lô a été d’un grand apport, reconnaît-il. J’ai noué des contacts avec les maisons de disques. Il m’arrivait de faire du nom d’Iso ma carte de visite, car c’est un nom qui ouvre bien des portes’. Il avoue, sans vouloir revenir sur les détails de son départ, que ce ne fut pas facile pour lui de quitter son ex-mentor.

Mais, ‘quand on fait de la musique, on ne peut pas rester dans un coin. Il y a beaucoup de choses à apprendre dans la musique, comme dans la vie’, philosophe-t-il.

Non content de gratter sa guitare avec brio, il chante et donne ses raisons : ‘Personnellement, j’avais des choses à dire et il fallait que je les sorte.’ Nouveau lead vocal, Alune Wade, timide dans la vie devient bavard une fois sur scène et touche presque à tout pour assurer la qualité de ses spectacles : ‘On me reproche de beaucoup parler. Si tu es à la fois instrumentiste et chanteur, tu as beaucoup de choses à faire : arranger les morceaux, composer, compter les mesures. Je suis obligé de me retourner souvent pour faire des signes à mes musiciens.’

Dans ses textes, il ne rate jamais l’occasion de glorifier l’œuvre du fondateur du mouridisme, Cheikh Ahmadou Bamba, son guide spirituel. ‘On a le devoir de lui rendre hommage, prêche-t-il. C’est une référence, non seulement pour son pouvoir mystique, mais aussi pour son message pacifique’. L’esprit de talibé (disciple) qu’il cultive, en dehors et sur la scène, lui sera sans doute utile pour se faire un (pré)nom dans la musique sénégalaise.


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